Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, entouré de son conseiller Michael Needham et de l'ambassadeur américain au Liban Michel Issa, le 14 avril 2026. Photo REUTERS/Kevin Lamarque
Les responsables politiques et figures partisanes continuent de camper sur leurs positions à la suite de la réunion organisée mardi à Washington, en préparation de négociations directes entre le Liban et Israël, et des responsables de différents bords de l'échiquier politique n'ont pas manqué de commenter cet entretien à Washington. Si en effet, dans le camp du président de la République et des partis anti-Hezbollah, le soutien semble unanime à l'initiative diplomatique lancée par Joseph Aoun, le tandem chiite enchaîne les critiques acerbes d'un pouvoir qui « continue de faire des concessions » à Israël.
« L'important, c'est la médiation américaine », pour Joumblatt
Parmi les réactions, celle du leader druze Walid Joumblatt qui a affirmé à L'Orient-Le Jour ne pas être « nécessairement optimiste ». « Il faut voir ce que les États-Unis pourront obtenir en termes de garanties et quelle sera la feuille de route du Liban. Bien entendu, celui-ci doit commencer par réclamer un cessez-le-feu », a-t-il ajouté, estimant qu’il faudrait « reprendre à partir des résultats du cessez-le-feu de 2024, lorsqu’Israël occupait encore cinq points au Sud ». En 2024, après 13 mois de guerre et une vaste offensive israélienne, l'Etat hébreu avait continué d'occuper plusieurs collines du Liban-Sud, malgré un retrait total des troupes israéliennes prévu par l'accord de trêve du 27 novembre. Le Liban s'engageait, lui, à désarmer le Hezbollah. Ce dernier n'avait pas mené d'attaques pendant toute la période suivant le cessez-le-feu, tandis que l'armée libanaise avait annoncé avoir démantelé une partie de son arsenal dans le Sud, d'où le parti-milice tire ses roquettes depuis la reprise des combats. Malgré la trêve, l'armée israélienne a multiplié ses frappes à un rythme quasi-quotidien au Liban-Sud, la Békaa et occasionnellement la banlieue sud de Beyrouth. Pour l’ancien chef du Parti socialiste progressiste, « ce qui est important, c’est que les négociations se déroulent aux États-Unis avec une médiation américaine ».
« La rupture d'un long cycle de conflit »
Dans un entretien au quotidien koweïtien al-Anbaa, le patriarche maronite Béchara Raï a déclaré « soutenir la négociation et appeler fermement à un arrêt immédiat de la guerre en cours ». « Les guerres ont prouvé leur inutilité », a-t-il insisté, en demandant au Hezbollah, qu'il n'a pas nommé, de « sortir le pays de la guerre ».
« Pour la première fois, l’État libanais a démontré sa souveraineté en matière de politique extérieure, auparavant confisquée par l’axe pro-iranien », se félicite par ailleurs Razi el-Hajj, député des Forces libanaises. Selon lui, cette démarche « est une étape fondamentale pour la récupération de l’État de sa souveraineté et de son prestige ». « Le Liban montre qu’il n’est pas du tout avec l’option incarnée par le Hezbollah et ses alliés », ajoute-t-il. A travers les négociations directes, « l’État a réussi à épargner les infrastructures publiques des frappes israéliennes, en plus d’avoir démontré sa détermination à mettre en œuvre sa décision de désarmer le Hezbollah », estime le député. « Si les négociations se poursuivent de manière sérieuse de part et d’autre, l’espoir est de parvenir à consacrer l’accord d’armistice de 1949 et la délimitation de la frontière, de sorte à fermer la voie à toute ambition territoriale israélienne au Liban », conclut M. el-Hajj.
En visite au palais de Baabda mercredi, le député de Jbeil Simon Abi Ramia a, lui, réaffirmé son « soutien absolu à Joseph Aoun et au gouvernement pour garantir la paix et la stabilité ». Espérant des « résultats concrets », il a appelé à donner la priorité à « un cessez-le-feu et à la fin des destructions ». Le député du Kesrouan Nehmat Frem, qui a également rencontré le chef de l'Etat, a dit appuyer son initiative. « Les circonstances sont difficiles, mais les négociations nous donnent de l'espoir », a-t-il dit. « Nous saluons la rencontre d’hier entre le Liban et Israël à Washington, premier pas vers la rupture d'un long cycle de conflit. Nous espérons que ce processus se poursuivra par étapes équilibrées et graduelles, renforçant la stabilité grâce à l’arrêt de l’escalade, au renforcement du rôle et de l’autorité de l’État, et au monopole des armes par l’État, menant au retrait israélien et à la reconstruction du Sud », a réagi pour sa part le député de Beyrouth Fouad Makhzoumi sur la plateforme X.
We welcome yesterday’s meeting between Lebanon and Israel in Washington as a first step toward breaking a long cycle of conflict. We hope this path advances through balanced, gradual steps that strengthen stability—by de-escalation, reinforcing state authority, ensuring that arms…
— Fouad Makhzoumi (@fmakhzoumi) April 15, 2026
Le Hezbollah appelle les autorités à « revoir leur stratégie »
Le tandem chiite a, de son côté, critiqué les négociations à Washington. Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a estimé, lors d'une conférence de presse au Parlement, que « le pouvoir à Beyrouth est incompétent et privilégie les intérêts individuels, voire sectaires, à ceux de la nation ». Selon lui, les autorités « continuent de faire des concessions à l'ennemi et se sont engagées sur une mauvaise voie, qui creuse le fossé entre les Libanais ». « Les autorités libanaises doivent revoir leur stratégie et revenir vers leur peuple », soulignant que « c'est ce même pouvoir qui a retiré l'armée du sud, la laissant à la merci de l'occupation et lui donnant carte blanche », en allusion à la décision des autorités de « redéployer » ailleurs la majorité des forces armées qui se trouvaient dans les villages encore habités du Sud.
Lundi soir et à la veille des négociations de Washington, le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, avait appelé à l'annulation des discussions directes avec Israël, dénonçant « une soumission et une capitulation ». Il avait également dénoncé une « série de concessions gratuites », estimant que les autorités libanaises ne disposent d'aucune carte entre leurs mains pour négocier.
Dans une déclaration à L’OLJ mercredi, Hassan Kabalan, membre du bureau politique au sein du mouvement Amal, a pour sa part regretté que « le Liban ait renoncé à ses engagements en faveur de la résolution 1701 et à l’action diplomatique pour contraindre Israël à un cessez-le-feu ». « Les négociations de mardi sont un pas dans l’inconnu, sans aucune garantie. Les Israéliens ont clairement dit qu’ils voulaient un accord de paix arraché sous le feu. Le président du Parlement, Nabih Berry, avait anticipé tout cela. Il disait que les négociations ne parviendraient à rien de plus qu’une photo officielle », a déclaré ce responsable.
Pour M. Kabalan, Israël cherche « tout simplement à saboter la relation entre le Liban et l’Iran, qui n’a d’ailleurs jamais dit qu’il voulait négocier à la place du Liban, mais qu’il souhaitait simplement obtenir un cessez-le-feu ». « L’histoire se répète et Israël va utiliser les mêmes manœuvres que celles employées lors de l’accord du 17 mai 1983 », a-t-il conclu, en référence à un accord négocié sous la présidence d’Amine Gemayel entre Beyrouth et Tel-Aviv prévoyant alors le retrait des troupes israéliennes du territoire libanais, en proie à la guerre civile. Les Israéliens avaient ajouté, à la dernière minute, des clauses perçues comme rédhibitoires à cet accord. Le mouvement Amal et le Parti socialiste progressiste avaient ensuite mené un coup de force, le 6 février 1984, provoquant l’annulation de l’accord.



Le Hezbollah est soumis à l’Iran qui va à miettes, pauvre Liban . Une autre nouvelle à la TV française une femme chiite a dit , le Liban nous appartient…
01 h 04, le 16 avril 2026