J’ai vu Do You Love Me de Lana Daher au cinéma Metropolis et j’en suis sortie un peu sonnée. Pas comme après un film intelligent, ni un ovni qu’on admire à distance. Plutôt comme après quelque chose qui s’infiltre, lentement, et ne vous quitte plus. C’est vertigineux de penser que tout cela naît de 20 000 archives et de 106 scènes de films libanais réalisés durant les 70 dernières années. Des images qu’on reconnaît parfois, d’autres moins. Mais ici, dans ce contexte, elles changent de nature. Elles cessent d’être des traces. Elles deviennent une matière vivante. Elles deviennent nous. C’est le film de nos vies qui défile, de manière chaotique, sans repère chronologique, avec ses hauts et ses bas, sa beauté et ses horreurs. Et aujourd’hui, avec ce qui se passe - les bombardements, les avions, les invasions israéliennes, les déplacés, les bains de sang - le film résonne autrement. Plus durement. Il renvoie à une évidence qu’on repousse : on a passé une vie entière à vivre la guerre. Comme un Sisyphe qui remonte sans fin une pierre qu’on lui arrache aussitôt des mains. Mais au milieu de ce flux, quelque chose résiste. Un fil ténu, presque invisible, mais qui tient. Qui nous unit. Une terre, une mémoire, une histoire en commun. C’est là que le superbe film de Lana Daher dépasse la sidération. Il devient nécessaire. On comprend alors que Do You Love Me n’est pas une question intime. C’est une interpellation presque candide qui nous regarde. À la fin de la projection, Lana Daher a lancé : « C’est peut-être le Liban qui nous demande Do you love me ». Depuis, la question reste là. Elle ne me lâche pas. Je connais la réponse. Elle ressemble à celle de beaucoup. Oui. Malgré tout…
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