Un portrait de Youssef Hachem circulant sur les groupes proches du Hezbollah.
Responsable du dossier irakien au sein du Hezbollah, commandant du Front Sud, sanctionné par le Trésor américain, combattant de la bataille de Deir ez-Zor en Syrie : les informations ne manquent pas sur Youssef Ismaïl Hachem, le haut gradé du Hezbollah tué dans les frappes israéliennes sur Jnah, qui ont réveillé tout Beyrouth dans la nuit de mardi à mercredi, bien que le parti chiite garde le silence à ce sujet.
Éliminé dans des frappes de la marine alors qu'il se trouvait en réunion avec d'autres responsables du parti chiite « dans une tente », selon des sources de l'AFP, il est le responsable de plus haut rang tué par Israël depuis la reprise du conflit le 2 mars.
Que sait-on sur Youssef Hachem ?
Successeur de Ali Karaki sur le « Front Sud »
Après le bombardement nocturne sur Jnah, un quartier du sud de Beyrouth, l'armée israélienne a revendiqué quelques heures plus tard l'élimination du « commandant du front Sud du Hezbollah ». Le front Sud est considéré comme « l’unité du Hezbollah chargée de mener des opérations contre Israël et de combattre les forces israéliennes dans le sud du Liban », selon un communiqué publié par le porte-parole arabophone de l'armée Avichay Adraee. Dans ce contexte, Youssef Hachem « supervisait le tir de roquettes et de drones vers le territoire israélien et dirigeait les efforts de reconstruction » des capacités du Hezbollah, a-t-il ajouté. Youssef Hachem aurait, selon le texte « plus de 40 ans d’expérience » dans les rangs du parti, notamment à la tête des différentes unités régionales du Sud (les unités Nasr, Aziz et Badr) et aurait « pris la tête du front Sud après la mort de Ali Karaki », tué dans les attaques sur la banlieue sud de Beyrouth le 27 septembre 2024 qui ont également tué le secrétaire général Hassan Nasrallah après avoir échappé à un bombardement trois jours plus tôt.
Selon les informations de notre correspondant dans le Sud Mountasser Abdallah, Youssef Hachem était originaire de Marouaniyé, un village du caza de Saïda.
Responsable du dossier irakien et sanctionné par le Trésor US
Youssef Hachem aurait donc pris ses fonctions de commandant du Front Sud dans le cadre de la restructuration des postes au sein du parti chiite après l'offensive de 2024, qui avait frappé coup sur coup des hauts responsables militaires et mis à terre la pyramide décisionnelle au sein du mouvement. Il aurait dans ce cadre cumulé ce poste de commandant du front Sud avec celui de responsable militaire pour l'Irak, où de nombreuses milices pro-iraniennes opèrent sous la houlette de l'Iran, à l'instar du Hezbollah.
Une photo, que L'OLJ n'a pas pu immédiatement vérifier, le montre en présence d'Abou Mahdi al-Mouhandis, ancien chef du Hachd el-Chaabi, regroupement de groupes irakiens pro-Iran, assassiné à Bagdad en janvier 2020 dans une frappe américaine qui a également éliminé l'ex-chef de la Force al-Qods des gardiens de la révolution iranienne, Kassem Soleimani.
C'est d'ailleurs en sa qualité de chargé du dossier irakien qu'en novembre 2018, l’OFAC, l'office du Trésor américain imposant des sanctions financières, avait sanctionné Youssef Hachem en le décrivant comme un responsable affilié au parti chiite qui « dirige l’ensemble des activités opérationnelles liées au Hezbollah en Irak », « protège les intérêts du Hezbollah en Irak » et « gère les relations du Hezbollah avec des groupes armés confessionnels en Irak », y compris la coordination du déploiement de combattants vers la Syrie. L’OFAC, comme les annonces faites de sa mort sur des groupes locaux proches du parti, lui attribuent également les alias « Hajj Sadek » et « Sayyed Sadek ».
Conseil du Jihad et bataille de Deir ez-Zor
Sur ces groupes et sur les réseaux sociaux, des utilisateurs partisans du Hezbollah ont salué la mémoire de Youssef Hachem en le qualifiant de « grand commandant jihadiste », un rang réservé à l’élite des dirigeants du Conseil du jihad, ce qui implique qu’il était membre de la plus haute instance militaire de la milice, qui est responsable des principales décisions stratégiques, militaires et sécuritaires.
Le site Janoubiya, de l'opposant chiite Ali el-Amine, le présente comme l'« un des planificateurs et exécutants de la prise de la ville de Deir ez-Zor en septembre 2017 », qui aurait participé à la conduite de combats majeurs contre l’organisation État islamique dans la région de la Badiya syrienne. Dans un extrait diffusé par la chaîne al-Mayadeen, datant de 2017, il apparaît à l'aéroport de Deir ez-Zor affirmant que le Hezbollah « fait partie de l’axe Iran-Irak-Syrie-Palestine ».
Le silence du Hezbollah
Jusqu'à présent, le Hezbollah n'a publié aucune annonce officielle de la mort de Youssef Hachem ni, comme il le faisait lorsque ses cadres étaient éliminés en 2024, de biographie succincte. Le bureau de presse du parti n'a pas donné suite aux demandes d'information de L'Orient-Le Jour, une politique de sourdine sur les morts au sein du groupe observée par le parti depuis début mars.
Outre Youssef Hachem, les frappes sur Jnah, qui ont fait sept morts et 26 blessés, ont également tué, selon un message de condoléances circulant sur des groupes pro-Hezbollah, un autre milicien, Mohammad Baqer Baha' Naboulsi, fils du journaliste Baha' Naboulsi, petit-fils de l'uléma Afif Naboulsi, une autorité religieuse chiite décédée en 2023. Il était également le neveu de Mohmammad Afif Naboulsi, ancien responsable du bureau de presse du parti chiite, éliminé dans une frappe israélienne en novembre 2024. Le texte de condoléances précise que ses funérailles seront célébrées dans la journée à Saïda. On ignore pour le moment quel poste Mohammad Naboulsi occupait au sein du mouvement.
Lundi, l'armée israélienne avait annoncé avoir éliminé dans une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth Hamza Ibrahim Rkein, présenté comme le vice-commandant de l’« Unité 1800 », chargée de la « coordination entre le Hezbollah et des organisations palestiniennes au Moyen-Orient », notamment « au Liban, à Gaza, en Syrie et en Cisjordanie ». Originaire de Chehabiyé dans le caza de Tyr, Ibrahim Rkein, connu sous le nom de guerre « Hajj Hamza », aurait « supervisé le transfert de combattants issus de ces organisations afin de participer aux combats contre les forces israéliennes opérant au Liban-Sud », selon l'armée.


Qui il est? Un vendu comme tant d’autres dans notre pays, qui était fier de son grade auto attribué pour faire joli. Il est mort sans médailles ni étoiles avec la honte qu’il mérite.
13 h 19, le 03 avril 2026