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Négociation fantôme et réelles inconnues

Depuis le temps, il devrait s’être habitué à ce genre de douche yankeaise ; le monde n’en reste pas moins scotché aux incessants revirements, corrections de tir et autres sautes d’humeur de l’homme le plus puissant de la Terre, le plus volatil aussi. Le frénétique yo-yo auquel se livrent les prix des carburants sur les marchés boursiers n’est pas seul à en témoigner.

Tout développement susceptible de mettre fin à une guerre aussi meurtrière que dévastatrice ne peut évidemment qu’être le bienvenu … pourvu seulement qu’on ne se rabatte pas sur quelque demi-solution permettant aux belligérants d’arrêter les frais. De la soudaine négociation en cours entre Washington et Téhéran on ne sait avec exactitude que ce que Donald Trump veut bien divulguer. L’homme se dit heureux d’avoir pour vis-à-vis un haut personnage solide et respecté, et se montre confiant quant à la possibilité d’un accord. À cette fin, il décrète un gel de cinq jours des frappes sur les installations énergétiques de la République islamique. C’est par la bande seulement que l’on apprend qu’en prélude à une rencontre au Pakistan, ses lieutenants Witkoff et Kushner dialoguent avec le président du Parlement iranien, Ghalibaf : lequel pourtant s’est gagné une réputation de faucon, et s’empresse d’ailleurs de tout nier. À peine raccroché le téléphone avec le chef de la Maison-Blanche, Benjamin Netanyahu semble tout juste prendre acte des vœux américains et annonce qu’Israël, pour sa part, continuera de frapper en Iran et au Liban pour préserver ses intérêts vitaux.

Alors rien qu’un mirage, cette négociation fantôme en attendant l’arrivée sur place d’un contingent de troupes de choc US ? Flagrant conflit d’intérêts entre Washington et Tel-Aviv ou simple partage des rôles ? Et nos intérêts à nous, sont-ils à tout le moins pris en compte dans le bazar envisagé ? Le nucléaire iranien, les stocks de missiles et le transit par le détroit d’Ormuz ont beau affoler la planète, c’est immuablement la question du Hezbollah qui s’affiche en tête des préoccupations libanaises. Or si Israël continue de s’acharner nuit et jour contre la milice alors que Beyrouth ne demande qu’à négocier, ce n’est certes pas pour nous faire des cadeaux.

L’État hébreu œuvre ainsi à balayer toute menace à ses portes et à étendre sa zone tampon jusqu’au fleuve Litani : objectifs désormais définis de la plus explicite des manières par ses ministres de la Défense et des A.E. Dès lors va se trouver confinée, dans un espace encore plus exigu, l’improbable cohabitation de la milice pro-iranienne et de l’État qui a entrepris de la désarmer. Cette bombe à retardement n’est pas la seule, au demeurant. Lentement mais sûrement le Liban-Sud a été systématiquement dévasté mais surtout dépeuplé, avec plus d’un million de citoyens contraints de refluer sur la capitale et dont le retour à leurs foyers est problématique.

Cette population massivement chiite, le Hezbollah en a longtemps fait des sacs de sable humains, entreposant armes et munitions sous les habitations et écoles et l’exposant aux coups de l’ennemi. En glissant ses propres activistes (et même des gardiens de la révolution iraniens!) dans le flot de l’exode, il a fait de ces déplacés des pestiférés, même si devaient en rougir d’embarras ou de honte les belles traditions libanaises d’hospitalité et d’entraide dans le malheur. Significatives à cet égard sont les frappes aériennes qui ont poursuivi les intrus jusque dans leurs refuges en divers points du territoire. Encore plus éloquentes sont les vives objections politiques et populaires qu’ont suscitées les projets de centres d’hébergement aux entrées névralgiques de Beyrouth, ainsi que la consigne de verrouillage observée par de nombreux conseils municipaux de province.

En invalidant l’accréditation du nouvel ambassadeur d’Iran, déclaré indésirable à Beyrouth, l’État a certes administré au régime de Téhéran un camouflet des plus mérités et fourni un gage de bonne foi et de détermination au plan de sa crédibilité internationale. Non moins convaincante serait cependant l’ouverture d’une enquête officielle sur les passeports délivrés à des dizaines de conseillers militaires iraniens par la Sûreté générale, du temps où elle était contrôlée par le Hezbollah. Par-dessus tout, justice et intérêt bien compris commandent aux élites nationales, comme aux dirigeants, d’œuvrer à réunir le peuple sous l’ombrelle de l’État.

Israël a beau détruire les ponts sur le Litani, c’est encore des ponts qu’il faut construire entre Libanais, commentait l’autre jour Nabih Berry. Le leader chiite d’Amal, par ailleurs président perpétuel de l’Assemblée, ne croyait pas si bien dire : c’est bien lui qui tient la clé d’un digne retour de sa communauté sous l’aile bienveillante et protectrice de l’État. Encore faut-il qu’il se décide à s’en servir…

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Depuis le temps, il devrait s’être habitué à ce genre de douche yankeaise ; le monde n’en reste pas moins scotché aux incessants revirements, corrections de tir et autres sautes d’humeur de l’homme le plus puissant de la Terre, le plus volatil aussi. Le frénétique yo-yo auquel se livrent les prix des carburants sur les marchés boursiers n’est pas seul à en témoigner. Tout développement susceptible de mettre fin à une guerre aussi meurtrière que dévastatrice ne peut évidemment qu’être le bienvenu … pourvu seulement qu’on ne se rabatte pas sur quelque demi-solution permettant aux belligérants d’arrêter les frais. De la soudaine négociation en cours entre Washington et Téhéran on ne sait avec exactitude que ce que Donald Trump veut bien divulguer. L’homme se dit heureux d’avoir pour vis-à-vis un...