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Nos lecteurs ont la parole

Blaguons un peu...

Alors que je me baladais à Hamra, j’ai remarqué une affiche promotionnelle qui affirmait faire 30 % de réduction aux déplacés. Je l’ai prise en photo et envoyée à mes amis, mettant en valeur l’aspect marketing du commerçant qui cherchait à profiter par n’importe quel moyen de la détresse des femmes, puisqu’il s’agissait d’un institut de beauté.

Certains ont cru – à juste titre – que c’était une bonne blague. D’autres ont élevé la voix contre moi, me tançant ouvertement de mon manque de civisme face aux malheurs des autres, réprimande d’autant plus sévère que je ne dois en aucun cas faire circuler des blagues et autres vidéos humoristiques en temps de guerre !

Ah ! Ah ! Ah !

Il est interdit de rire en temps de guerre. Nos visages doivent être blafards. L’angoisse doit continuellement transparaître sur nos visages. Nous devons nous terrer dans nos caves et oublier de vivre en regardant constamment le ciel de peur qu’un missile ait une vague envie de se détourner de sa trajectoire et venir se coller dans notre immeuble.

Il est impératif, en ces temps, de regarder tout le temps, d’enregistrer ou à défaut de les remettre en podcast des images anxiogènes et de crier « Haro aux perturbateurs ! ». Surtout quand on vit dans des quartiers relativement sécurisés et qu’Israël ne risque pas de s’intéresser à nos petites angoisses à moins qu’un milicien n’ait eu la malheureuse idée de venir s’installer dans un immeuble près de chez nous, ce qui, le cas échéant, est une probabilité dans quasiment tous les quartiers.

Donc, pour revenir à nos moutons, il est interdit de se détendre en temps de guerre. Il faut rester sous ses couvertures, le cellulaire entre nos mains, attendant avec une malsaine impatience les dernières nouvelles d’un front qui est relativement loin de notre lieu d’habitation où, ironie du sort, la vie continue normalement, dans une certaine quiétude. Les esprits certes sont pris par les événements, mais même dans le désarroi le plus total, certains restaurants continuent à ouvrir, zone dangereuse ou pas, et pire, leur clientèle continue à affluer au moment de l’iftar. Comble du comble, j’ai surpris un coiffeur en train de faire un spot publicitaire pour son salon comme si de rien n’était avec un mannequin tout sourire. Le lendemain de l’attaque de l’hôtel Ramada, le coiffeur de l’établissement avait rouvert ses portes.

Les gens ne comprennent pas que créer une ambiance de crise ne mène à rien. De mon bureau, les employés voient les missiles tomber sur la banlieue tous les jours. À défaut d’aller filmer le missile ou la fumée qui s’évapore, certains, par la force de l’habitude, ne se déplacent plus. Ils trouvent, à la limite, le schéma lassant et très peu continuent à donner de l’importance au bruit (sauf quand il a une certaine importance).

La vie continue. Les débats sont houleux. Les prix de l’essence, du gaz, des produits ménagers, bref les ennuis de la vie quotidienne reprennent petit à petit le dessus. Car, finalement, c’est ce qui compte. Alors pourquoi ne pas continuer à envoyer des blagues pour dégager un rictus de bonne humeur à toutes les têtes bien pensantes adeptes du politiquement correct ? Je pourrais, comme tout le monde, envoyer des vidéos des bombardements et des photos trash en écrasant une larme et en poussant des cris d’horreur. Sauf que je n’en reçois pas… Je dois être dans les mauvais groupes de diffusion, et tant mieux !

Je crois que les problèmes du quotidien surplombent largement cette guerre. Finalement, que voyons-nous ? La hausse des prix avec des salaires au ras des pâquerettes, des marges commerciales terrifiantes et un consommateur qui descend de gamme, des personnes blessées et abandonnées à leur sort et des conséquences effroyables pour l’avenir.

Pour le moment, jouer les moralisateurs pour quelques blagues envoyées dans l’espoir d’arracher un sourire et de relativiser la situation n’est pas non plus une solution. Chacun a sa propre idée de la guerre. J’ai décidé de ne pas avoir peur et de continuer ma vie. Vous avez décidé d’augmenter le climat anxiogène du pays par vos angoisses incessantes qui ne font qu’envenimer les choses. Chacun est libre !

Qu’on me traite de fou ou d’écervelé car je ne vois pas ce qui se passe alors que la trame se joue à moins de dix kilomètres de chez moi est aller trop loin dans certaines analyses loufoques, et complètement déplacé. Je force l’admiration pour d’autres avec ma façon de vivre ou de voir les choses. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela. Il faut se calmer. Nous ne pouvons rien faire. Ou juste prier…

Donc, autant rire encore puisque c’est ce qu’il nous reste. Pas de la situation dont certains comiques français ont fait un sketch (très réussi !) mais de nous-mêmes, car nous ne réalisons pas l’essentiel, blague mise à part : nous avons encore nos maisons, nos familles et nous mangeons à notre faim. Et ça, chers lecteurs, ça vaut tous les bombardements du monde.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Alors que je me baladais à Hamra, j’ai remarqué une affiche promotionnelle qui affirmait faire 30 % de réduction aux déplacés. Je l’ai prise en photo et envoyée à mes amis, mettant en valeur l’aspect marketing du commerçant qui cherchait à profiter par n’importe quel moyen de la détresse des femmes, puisqu’il s’agissait d’un institut de beauté.Certains ont cru – à juste titre – que c’était une bonne blague. D’autres ont élevé la voix contre moi, me tançant ouvertement de mon manque de civisme face aux malheurs des autres, réprimande d’autant plus sévère que je ne dois en aucun cas faire circuler des blagues et autres vidéos humoristiques en temps de guerre !Ah ! Ah ! Ah !Il est interdit de rire en temps de guerre. Nos visages doivent être blafards. L’angoisse doit continuellement...
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