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Pas seuls

Chère lectrice, cher lecteur,

Je l’avais vue sans vraiment la chercher. Elle est apparue comme ça, un jour, il y a plusieurs années. Sur un mur, le long de la route du fleuve, en allant vers le port de Beyrouth. Comme une phrase posée là, sans prévenir. Ou peut-être comme une balise.
Courage is contagious. Le courage est contagieux.
À l’époque, elle m’avait fait sourire. Aujourd’hui, on ne sourit plus beaucoup. Mais elle me revient en pleine figure. Parce qu’au 18e jour de la guerre, quelque chose serre la gorge et ne lâche pas. Après la colère. Après l’angoisse. Une fatigue qui s’épaissit. Un profond sentiment de tristesse.

Un violoncelle dans la banlieue sud. Mahdi el-Sahili, assis sur les gravats. Pourquoi jouer ici ? Pour qui ? On ne sait pas. Lui non plus, peut-être. Mais il joue. Et dans ce geste, quelque chose tient encore.
1975 revient. Encore. Pas comme un souvenir. Comme une présence. On pensait avoir tourné la page. Elle colle aux doigts. Génération perdue, écrit Georges Boustani. Et puis une autre. Et puis encore une. Comme si le temps ne faisait que tourner en rond.

Et puis cette nuit de micro ouvert et de poésie à Mar Mikhaël. Des gens s’assoient. Parlent. Écoutent. Lisent. Rien d’héroïque. Juste une manière de rester ensemble. De ne pas se dissoudre complètement.

Pendant ce temps, ailleurs, Farah Pahlavi rappelle que rien ne tombe vraiment. Que tout dure. Même ce qui nous broie.
Alors il reste ça : des gestes épars. Des tentatives. Et cette phrase qui revient, obstinée. Le courage est contagieux.
Peut-être que c’est vrai. Pas en grand. Pas en slogans. Mais dans ces transmissions minuscules. Un regard. Une note. Une voix. À travers la solidarité, à travers les gestes culturels, on se tient comme on peut. Les uns grâce aux autres.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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