Des hommes se tiennent à l’arrière d’un pick-up alors qu’ils évacuent la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 18 mars 2026. Photo Kawnat Haju/AFP
Mardi soir, à 23 heures, un ordre d’évacuation de l’armée israélienne sème la panique dans la ville côtière de Tyr, au Liban-Sud. Dès le lendemain matin, cette agglomération densément peuplée s’est vidée. Mais tout le monde n’est pas parti. « Je reste », martèle Abbas Abou Khalil, la quarantaine, alors qu’il déambule le long de la corniche de sa ville natale, mercredi. « S’ils émettent 1 000 avertissements, je partirai pas. Personne ne peut me contraindre à le faire. » Autour de lui, le bord de mer est plus calme qu’à l’accoutumée. « Il y a quelques jeunes qui donnent à manger aux oiseaux ici », décrit-il, à l’autre bout du fil. Mais ils ne sont qu’une minorité. Pour Abbas, partir n’est pas une option. « Je suis resté en 2006 et en 2024. Pourquoi partirais-je maintenant ? » demande-t-il, en évoquant les précédentes guerres avec Israël.

Panique généralisée
Le 2 mars, le Liban a été entraîné dans le conflit régional qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran, lorsque le Hezbollah a lancé des roquettes sur Israël après l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Israël a riposté par des frappes aériennes massives à travers le Liban et des opérations terrestres dans le Sud du pays. Selon le ministère libanais de la Santé, au moins 957 personnes ont été tuées entre le 2 et le 18 mars, alors que 2 391 autres ont été blessées. Depuis le début de cette guerre, Tyr a été lourdement bombardée à plusieurs reprises. Environ 11 000 personnes déplacées d’autres régions du Sud avaient trouvé refuge dans la ville et ses environs. Elles sont désormais à nouveau en danger et doivent partir.
Mardi soir, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a appelé les habitants de plusieurs quartiers de Tyr et ses alentours à évacuer immédiatement la région et à se rendre au nord du fleuve Litani. « Votre présence à proximité d’éléments, d’installations ou de moyens militaires du Hezbollah met votre vie en danger, prévenait-il. Tout bâtiment utilisé par le Hezbollah à des fins militaires peut être pris pour cible. »
En quelques heures, le chaos s’est installé. Bilal Qachmar, coordinateur médias de l’unité de gestion des catastrophes de l’union des municipalités de Tyr, évoquait mardi à l’AFP une ville « envahie par la peur : embouteillages monstres, panique généralisée, et même des tirs en l’air comme avertissement ». De nombreuses familles se sont précipitées pour partir.
« J’ai cru que j’allais faire une fausse couche »
Mercredi, quelques heures après avoir averti qu’elle ciblerait les ponts franchissant le Litani, l’armée israélienne en a frappé trois. Tel-Aviv a également réitéré son appel à tous les habitants du sud du Liban à fuir « vers la zone au nord du fleuve Zahrani », qui coule encore plus au nord que le Litani, et à « s’abstenir de tout déplacement vers le sud ». Une escalade qui intervient au lendemain du lancement des opérations « Khaybar 1 » par le Hezbollah contre Israël.
Fatima Dandach, 30 ans et enceinte de sept mois de son premier enfant, avait décidé de rester chez elle sur le littoral de Tyr avec ses beaux-parents, après avoir « déjà goûté à l’amertume du déplacement » par le passé. Alors que son mari est à Kinshasa, en République démocratique du Congo, fuir Tyr lui semblait impensable. Mais les événements de mardi soir ont bouleversé ses plans. « J’ai vraiment cru que j’allais faire une fausse couche à cause de la peur. J’ai pris le sac pour bébé que je prévoyais d’emmener à la maternité et je suis montée dans ma voiture. » Il lui aura fallu quatre heures pour sortir de sa ville. « Tout le monde était stressé, les enfants pleuraient, les parents étaient paniqués, quelle journée... » Ses beaux-parents, eux, ont choisi de rester.
Tout comme Hussein, employé à la municipalité de Beyrouth. « Je veux rester à Tyr avec des collègues pour aider à protéger la ville contre les pilleurs durant les bombardements. Les voleurs peuvent sévir n’importe quand, et notre travail est plus important que jamais », dit-il.
« Je dois retourner aider ma ville comme je peux »
Craignant pour la sécurité de sa mère et ses deux jeunes frères, Issam et Ala’, Hussein les a conduits à Mansouriyé, en banlieue de Beyrouth, où sa famille a réussi à louer un appartement. Après y avoir passé la nuit, il prévoit de rentrer à Tyr jeudi matin. « Je dois retourner aider ma ville comme je peux. Je ne sers à rien ici », se lamente-t-il.
Pour certains, ce déplacement forcé n’est pas le premier qu’ils subissent. Nihal Rahmé avait déjà fui sa ville natale de Chaqra, dans le caza de Bint Jbeil, aux premières heures du 2 mars, pour trouver refuge à Tyr chez sa sœur, consciente que cette ville pouvait elle aussi être visée. Vivre près du site archéologique de Tyr lui donnait un sentiment relatif de sécurité, malgré une frappe aérienne israélienne qui a frôlé le site archéologique historique de la ville le 6 mars. Mais mardi soir, sa sœur, son beau-frère et elle se sont entassés dans la voiture de leur voisin qui fuyait avec sa femme : cap sur le Akkar, au Liban-Nord. « On avait entendu qu’une école publique nouvellement ouverte dans la région accueillait les déplacés. Nous voilà ici, maintenant. »



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Je suis pleine de compassion pour ces pauvres gens qui doivent quitter leur ville, leurs maisons et la vie qu’ils s’y sont faites tout en n'étant pas pro Hizbollah. C’est le microcosme du Liban, pris entre deux criminels, Israel qui nous bombarde et le Hizbollah qui nous a entraine encore une fois dans une guerre qui n’est pas la notre! Et notre gouvernement, qu’a-t-il fait???
20 h 39, le 19 mars 2026