Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du Guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée pour l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. Photo par ATTA KENARE / AFP
Quasiment privé d'internet comme la plupart des Iraniens depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, Amir-Hassan, un employé informatique de 39 ans, a enfin pu se reconnecter, mais seulement à travers un service privilégié et payant qui est loin de faire l'unanimité.
Des millions d'habitants de l'Iran se sont retrouvés isolés numériquement du reste du monde à partir du 28 février, quand les Etats-Unis et Israël ont attaqué le pays. La coupure décidée par les autorités a eu de graves conséquences pour des secteurs économiques qui dépendaient d'une connexion, comme les hautes technologies et le commerce en ligne.
Amir-Hassan n'a pas hésité lorsqu'il a reçu un message lui proposant de souscrire à un nouveau service, réservé à certains professionnels et entreprises, appelé « Pro Internet ».
« J'en avais vraiment besoin. Il fallait que j'accède à internet pour m'assurer des revenus réguliers », explique-t-il à l'AFP, en précisant qu'il avait acquitté l'équivalent de 9,4 euros pour un forfait initial de 50 gigaoctets.
Le 5 avril, l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks avait annoncé que la coupure avait battu les records de durée pour un pays tout entier.
L'intranet local, soumis à de fortes restrictions, a néanmoins continué de fonctionner, permettant de se connecter à des sites nationaux, à des services bancaires ou à des applications approuvées par l'Etat.
L'accès au réseau avait déjà été fortement restreint au plus fort des manifestations antigouvernementales de janvier.
- « Citoyen de troisième classe » -
Le nouveau système d'accès conditionnel fait des mécontents.
« Ce modèle établissant des catégories et des classements pour l'internet en Iran n'est pas bon », estime Amir-Hassan : « il s'agit de toute évidence d'une façon de gagner de l'argent » pour l'Etat.
Avec sa connexion, le trentenaire a pu accéder aux messageries WhatsApp et Telegram, mais pas à d'autres plateformes comme Instagram, X et YouTube, de longue date inaccessibles en Iran sans réseau privé virtuel (VPN) pour contourner les blocages.
Certains abonnés se voient reprocher de jouer le jeu d'un gouvernement qui « propose (ce service) de façon injustifiée », remarque Amir-Hassan.
Et des professionnels qui pourraient prétendre à un tel accès ne se le sont pas vu proposer, tel Behrouz Mahmoudi-Bakhtiari, un professeur de linguistique à l'université de Téhéran, qui dit ne pouvoir accéder à internet que depuis son lieu de travail.
« Dès qu'on sort de l'université, on redevient un citoyen de troisième classe, on n'a plus accès à internet », se plaint-il, alors que certains de ses collègues ont reçu le sésame.
- « Un peu de liberté » -
Le journal réformateur Shargh et d'autres médias ont critiqué un « internet en tranches », qui signifie « la transformation d'internet (...) en privilège ».
La situation reviendra à la normale « une fois que l'ombre de la guerre aura disparu », a assuré la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, en faisant peser la responsabilité sur les menaces des « ennemis » américains et israéliens sur la sécurité du pays.
Ces dernières années, les Iraniens ont pris l'habitude de recourir à des VPN pour accéder aux grandes plateformes de réseaux sociaux. Mais en pleine crise économique, avec une forte inflation, payer pour « Pro Internet » représente une charge supplémentaire non négligeable.
« Les quantités de données proposées pour le prix ne valent pas le coup », estime Mehdi, un graphiste de 34 ans, qui a tout de même investi dans le service pour son travail, mais reconnaît que « tout le monde ne peut pas se le permettre ».
Kaveh, un artiste de 38 ans, n'a pas souscrit à « Pro Internet » bien qu'il en ait eu la possibilité. Le dispositif représente « un peu de liberté, accordée à certains d'entre nous comme une faveur, pour dix fois plus cher que normalement », juge-t-il.

