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Lifestyle - Cinéma

« Une bataille après l’autre » triomphe aux Oscars devant « Sinners »

Le thriller loufoque sur les dérives extrémistes des États-Unis a triomphé aux Oscars dimanche avec six trophées, dont celui du meilleur film, et ainsi remporté son duel face à « Sinners », honoré par quatre prix.

« Une bataille après l’autre » triomphe aux Oscars devant « Sinners »

Michael B. Jordan, lauréat de l’Oscar du meilleur acteur pour « Sinners », lors de la soirée des Oscars organisée par Vanity Fair à Los Angeles, le 15 mars 2026. Photo Jean-Baptiste Lacroix/AFP

La plongée démoniaque de Ryan Coogler dans le blues des Afro-Américains partait avec un record historique de 16 nominations, mais le film de Paul Thomas Anderson, plébiscité pour son intrigue dans l’air du temps, s’est révélé inarrêtable.
Il dresse le portrait d’une Amérique irréconciliable, déchirée entre l’héritage politique du « Black Power » et du Ku Klux Klan, où tout se résout par les armes.
« J’ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde, mais aussi pour les encourager à devenir la génération qui, je l’espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence », a expliqué Paul Thomas Anderson, également récompensé par l’Oscar du meilleur réalisateur.

Le réalisateur américain Ryan Coogler, lauréat de l’Oscar du meilleur scénario original pour « Sinners », en mode selfie. Photo Angela Weiss/AFP
Le réalisateur américain Ryan Coogler, lauréat de l’Oscar du meilleur scénario original pour « Sinners », en mode selfie. Photo Angela Weiss/AFP


« Vous faites travailler dur un homme pour un de ces prix », a plaisanté le cinéaste de 55 ans, qui n’avait jamais gagné malgré ses multiples nominations – notamment pour Magnolia, There Will Be Blood et Licorice Pizza.
Parmi sa moisson, Une bataille après l’autre repart notamment avec l’Oscar de la meilleure directrice de casting, nouvelle catégorie introduite cette année, et celui du meilleur second rôle masculin pour Sean Penn.
Fidèle à sa réputation de rebelle d’Hollywood, l’Américain de 65 ans n’était pas présent pour accepter son troisième Oscar. Le comédien incarne le méchant caricatural du film, un militaire suprémaciste blanc ultrarigide qui ne recule devant rien pour traquer un ex-révolutionnaire d’extrême gauche maladroit incarné par Leonardo DiCaprio et sa fille métisse (Chase Infiniti).

Michael B. Jordan, meilleur acteur
Ode à l’identité noire où la mélancolie du blues conjure des vampires suceurs de culture pour raconter les blessures de la ségrégation, Sinners repart notamment avec l’Oscar du meilleur scénario original et celui du meilleur acteur pour Michael B. Jordan.
L’acteur, brillant dans un double rôle de jumeaux mafieux se rebellant contre les démons et le racisme, entre ainsi dans le cercle très fermé des comédiens noirs à avoir remporté le prix ultime.
« Je suis ici grâce aux gens qui m’ont précédé, Sidney Poitier, Denzel Washington, Halle Berry, Jamie Foxx, Forest Whitaker, Will Smith », a remercié l’Américain de 39 ans.
Il devance Timothée Chalamet, longtemps favori pour son incarnation d’un joueur de ping-pong à l’ambition insatiable dans Marty Supreme, mais qui s’est effondré et a fini par servir de « running gag » de la soirée.
Le maître de cérémonie Conan O’Brien l’a taquiné en présentant un tambour modelé sur son postérieur, clin d’œil à la fessée qu’il reçoit dans le film.
Il a également imaginé des « craintes quant à d’éventuelles attaques émanant à la fois du monde de l’opéra et de celui du ballet ». Une référence aux récents propos polémiques de l’acteur franco-américain sur ces arts attirant moins les foules que le cinéma.
Comme prévu, l’actrice irlandaise Jessie Buckley a remporté l’Oscar de la meilleure actrice, pour sa prestation magistrale dans Hamnet, tragédie inspirée par la vie de William Shakespeare. Elle y incarne Agnes, l’épouse du dramaturge anglais, dévastée par la mort de leur fils.
Amy Madigan a elle été élue meilleur second rôle féminin, pour sa terrifiante sorcière du film d’horreur Évanouis.

L'actrice irlandaise Jessie Buckley, Oscar de la meilleure actrice pour « Hamnet ».  Photo  Jean-Baptiste Lacroix/AFP
L'actrice irlandaise Jessie Buckley, Oscar de la meilleure actrice pour « Hamnet ». Photo Jean-Baptiste Lacroix/AFP



« Frankenstein » primé pour son esthétique
Cette 98e cérémonie se déroulant en pleine guerre au Moyen-Orient, déclenchée par Donald Trump, a adopté un ton plutôt consensuel avec peu d’allusions politiques, hormis le « non à la guerre, libérez la Palestine » lancé par Javier Bardem sur scène et l’Oscar du meilleur documentaire, remis à Mr. Nobody against Putin.
La soirée a aussi été marquée par le sacre technique du Frankenstein de Guillermo del Toro, récompensé par trois Oscars pour ses costumes, son maquillage et sa conception visuelle.
Dans la catégorie très relevée du meilleur film international, c’est le film norvégien Valeur sentimentale, émouvante chronique des retrouvailles crispées entre un père cinéaste revenant de nulle part et ses deux filles ayant appris à vivre sans lui, qui l’a emporté.
Le long-métrage de Joachim Trier a notamment battu la Palme d’or cannoise, Un simple accident, du dissident iranien Jafar Panahi, qui représentait la France.
Les dessins animés français Arco et Amélie et la métaphysique des tubes n’ont également rien pu faire face au phénomène Netflix KPop Demon Hunters, récompensé par l’Oscar du meilleur film d’animation.
Mais le cinéma hexagonal pourra se consoler avec l’Oscar du meilleur court-métrage, décerné à la production française Deux personnes échangeant de la salive. Elle partage ce prix ex aequo avec The Singers – un fait rarissime qui n’est arrivé que sept fois en quasiment un siècle. L’acteur et humoriste Kumail Nanjiani, qui remettait ce prix, s’est amusé de « l’ironie que l’Oscar du court-métrage prenne deux fois plus de temps ».
Barbra Streisand, pour Funny Girl, et Katharine Hepburn, pour Le Lion en hiver, s’étaient partagé le prix de la meilleure actrice en 1969. La dernière égalité remontait à 2013, avec Skyfall et Zero Dark Thirty dans la catégorie meilleur montage sonore.

Hommage aux absents

La cérémonie a honoré les figures du cinéma disparues récemment, dont l’acteur et réalisateur Robert Redford, « cow-boy intellectuel qui a tracé sa propre voie », selon Barbra Streisand, son amie depuis Nos plus belles années (1973).
Tué avec son épouse Michelle en décembre, le réalisateur Rob Reiner laisse en héritage des films qui « dureront des générations, parce qu’ils parlaient de ce qui nous fait rire et pleurer, et de ce à quoi nous aspirons à être », a dit Billy Crystal, héros de sa comédie romantique Quand Harry rencontre Sally (1989). Le fils du couple a plaidé non coupable de ces meurtres. Rachel McAdams, qui incarnait la fille de Diane Keaton dans Esprit de famille en 2005, a salué « une légende qui ne se terminera jamais ». Contrairement à Claudia Cardinale, l’actrice et icône française Brigitte Bardot, disparue en décembre 2025, sera la grande « oubliée » de cette 98e cérémonie.

La plongée démoniaque de Ryan Coogler dans le blues des Afro-Américains partait avec un record historique de 16 nominations, mais le film de Paul Thomas Anderson, plébiscité pour son intrigue dans l’air du temps, s’est révélé inarrêtable. Il dresse le portrait d’une Amérique irréconciliable, déchirée entre l’héritage politique du « Black Power » et du Ku Klux Klan, où tout se résout par les armes. « J’ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde, mais aussi pour les encourager à devenir la génération qui, je l’espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence », a expliqué Paul Thomas Anderson, également récompensé par l’Oscar du meilleur réalisateur.Le réalisateur américain Ryan Coogler, lauréat de l’Oscar du...
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