Au hasard des sites d’information, de plus en plus de voix s’élèvent, depuis les États-Unis, pour dire leur crainte d’une fin de guerre rien moins que nucléaire. Le souvenir d’Hiroshima et Nagasaki n’est pas loin. Il avait suffi de deux bombes. Little Boy, uranium. Fat man, plutonium. Des villes entièrement détruites, des dizaines de milliers de morts et la capitulation du Japon qui était sans doute sur le point de capituler de toute façon. Les experts sont persuadés que si cela devait avoir lieu, c’est Netanyahu et non Donald Trump qui passerait à l’acte et ciblerait ainsi l’Iran. Parce que c’est le gouvernement israélien qui est le plus sûr de son fait dans cette tragédie, appuyé sur ses théories messianiques. D’un autre côté, la base évangéliste de Trump rêve pour sa part d’un Armageddon, une fin du monde qui opposerait le bien et le mal en mettant fin à ce monde et à ses civilisations, instaurant sur ses cendres le jugement dernier, laissant place au retour triomphant du Christ et à l’avènement d’une humanité purifiée. Comment s’opposer à de telles convictions quand, appuyées sur des milliards de dollars, elles s’offrent des gouvernements et des Parlements entiers, sans compter les présidents à leur solde ? Les religions nous tueront, ce n’est pas une figure de style.
Il y a quelques jours, les États-Unis ont bombardé des sites de stockage de pétrole à Téhéran. Une pluie acide s’en est suivie. En plus des tapis de bombes qui ont arrêté toute vie dans la capitale iranienne, de nombreux habitants ont souffert de difficultés respiratoires. En cette saison où le froid décline et où l’on se prépare à célébrer, avec Norouz, l’arrivée du printemps, une neige inattendue est venue capturer les particules toxiques, recouvrir l’insoutenable vision de la ville détruite. Pour avoir vécu plus souvent qu’à leur tour la détresse des guerres, les Libanais savent le genre de pensée magique que peut provoquer un simple phénomène météorologique. La neige a redonné espoir aux Téhéranais. Une intervention divine était donc possible ! Tristesse de la joie que provoque ce miracle dérisoire. Tristesse de s’accrocher ainsi, littéralement, comme on dit chez nous, aux « cordes du vent ». Mais quel autre choix ont-ils ? Au prétexte de soumettre le régime iranien, deux bannières étoilées, l’une formant une constellation de cinquante étincelles, l’autre se contentant d’une seule, appelée « Bouclier de David » et pointant vers tous les azimuts, écrasent son peuple – près de cent millions d’habitants – d’une débauche de missiles. Comme si ce régime était plus soucieux des souffrances de son peuple que de sa propre survie…
Comment ne pas penser à l’un des moments artistiques les plus bouleversants de ces dernières années : Patti Smith chantant à la cérémonie d’ouverture du prix Nobel 2016 le troublant poème de Bob Dylan : A Hard Rain’s A-Gonna fall. « Où étais-tu, mon enfant aux yeux bleus ? J’ai trébuché sur le flanc de douze montagnes brumeuses. J’ai marché et rampé sur six routes sinueuses. J’ai traversé sept forêts tristes. Longé une douzaine d’océans morts. J’ai parcouru dix mille miles au fond d’un cimetière. Et c’est une dure, c’est une dure. Et c’est une dure pluie qui va tomber. » Cette pluie dure reflétait sans doute le traumatisme de toute la génération des années 1960, en pleine crise des missiles de Cuba, terrifiée à la perspective d’une pluie radioactive après une guerre nucléaire. Mais les poètes sont visionnaires, et Bob Dylan mettait en garde contre le chaos grandissant, les injustices et les violences qui mènent l’humanité entière à la catastrophe. Les larmes de Patti Smith ce jour-là étaient bien solitaires. Sa voix avait tremblé, son émotion l’avait submergée, mais peu l’avaient compris : plus que chanter, elle donnait l’alarme.
Plus près de nous, une de ces innombrables vidéos tournées au sud du Liban après un bombardement. Cri déchirant d’une femme tandis que la caméra effleure une clôture rose derrière laquelle une maison est quasi à genoux – vraiment la posture d’une orante. La femme maudit « Hassan », et ce nom propre devient dans ce contexte métonymie. L’ancien chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, créateur de l’illusion de l’invincibilité chiite, est désormais ce magicien d’Oz que ne tenait que par ses discours. Son nom englobe le malheur de sa communauté. Cette femme a perdu sa maison. La clôture rose témoigne de l’amour qu’elle portait à ces murs. On voit sans les voir les pots de fer dans lesquels elle cultivait son thym et son basilic, ses roses et son jasmin. On sent, malgré l’âcre odeur de poudre, le savon avec lequel elle astiquait son sol et lavait sa vaisselle. Une maison, dans ce Sud meurtri, c’est pour une femme la seule raison de vivre, une raison sociale, une seconde peau, le dernier refuge de la dignité. Sans sa maison, elle est destinée à l’errance, et les pluies dures la prendront la première. Oui, A Hard Rain’s A-Gonna fall.
Il a neigé sur Téhéran
OLJ / Par Fifi ABOU DIB, le 12 mars 2026 à 00h00


Tous ceux qui ont, soit détruit, soit participé à la destruction de notre pays sont en train de subir la foudre divine. Ce pays pacifique qui s’est toujours distingué par son amour des autres, son hospitalité et la générosité de son peuple a été massacré par une partie de ses enfants qui n’ont jamais voulu entendre les recommendations de leurs compatriotes qui voulaient les sauver des griffes de leurs barbares qui ont réussi par les mensonges et la ruse à les sacrifier avec leur accord en leur promettant des chimères uniquement pour s’enrichir et étendre leur dictature dans toute la région.
17 h 42, le 12 mars 2026