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Bulles sur Beyrouth

Chère lectrice, cher lecteur,

Il y a quelque chose de profondément ironique dans ces deux bandes dessinées qui viennent de paraître presque en même temps. L’une s’intitule « Tout mais pas Beyrouth », l’autre commence par une question banale : « Et toi, comment ça va ? ». Deux phrases que l’on pourrait entendre dans n’importe quelle conversation. Deux phrases qui, au Liban, deviennent presque des manifestes.

Dans « Tout mais pas Beyrouth », Mathieu Diez raconte son arrivée dans la capitale en 2021 avec sa famille, au moment où le pays s’enfonce dans une crise économique sans précédent, un an après l’explosion du port. Très vite, la ville les rattrape : pénuries, tirs à Tayyouneh, chaos politique… et pourtant, au fil des pages, c’est l’attachement qui gagne. Le Liban devient un étrange « rêve éveillé » où la normalité se fabrique malgré tout.
Le titre de l’album vient d’une phrase inquiète – presque un réflexe pavlovien – : « tout, mais pas Beyrouth ». Et pourtant, ceux qui y passent un peu de temps repartent souvent contaminés par quelque chose d’indéfinissable : une manière de tenir debout quand tout part en vrille.

De l’autre côté, « Et toi, comment ça va ? » de Michèle Standjofski et Charles Berberian prend la forme d’une correspondance dessinée entre Beyrouth et Paris. Deux amis s’écrivent, dessinent, commentent l’actualité et la violence du monde. Le livre est né dans le tumulte de l’époque : une BD « comme un cri politique », un dialogue graphique pour tenter de donner du sens à ce qui n’en a plus beaucoup.
La question du titre – comment ça va ? – est presque absurde. Au Liban, on la pose par réflexe, comme un tic social. Mais derrière ces trois mots se cache une vérité embarrassante : on ne sait plus trop comment répondre. Et c’est peut-être cela qui relie ces deux livres.
Dans l’un, un expatrié découvre qu’on peut aimer Beyrouth malgré tout.
Dans l’autre, deux artistes constatent qu’on ne sait plus très bien comment dire ce qui nous arrive. Mais si, au fond, ces deux BD racontaient la même chose ?

Qu’on la quitte, qu’on y arrive par hasard ou qu’on tente simplement d’y tenir debout, Beyrouth finit toujours par s’inviter dans l’histoire. Comme un personnage capricieux, parfois épuisant, souvent bouleversant. Et là, il devient terriblement difficile de tourner la page.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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