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L’art face à l’imprévisible

Chère lectrice, cher lecteur,

Il y a des semaines où la vie culturelle suit son cours presque tranquillement : une exposition qui s’annonce, un festival qui ouvre ses portes, un spectacle qui se joue comme prévu. Et puis il y a celles où l’histoire s’invite sans prévenir et vient bousculer ce fragile calendrier.
Ces derniers jours ont ce parfum-là.

À Téhéran, le palais de Golestan endommagé par des frappes rappelle brutalement combien le patrimoine reste vulnérable lorsque la guerre s’approche trop près. Les images qui circulent montrent des miroirs brisés, des fenêtres soufflées. On pense à ces salles où les souverains recevaient autrefois les visiteurs étrangers, où la lumière se reflétait à l’infini dans les décors. Voir ces lieux touchés par la violence du présent donne le vertige.

Et pourtant, pendant que certains lieux vacillent, d’autres continuent de raconter le temps long.
À Paris, l’Institut du monde arabe s’apprête à accueillir l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban ». Neuf mille ans d’histoire traversent la Méditerranée : des stèles, des mosaïques, des fragments de civilisation qui rappellent la profondeur d’une ville qui a vu passer les empires et les marchands.

Entre ces deux images — un palais blessé et une ville millénaire exposée — la culture avance comme elle peut.
Au Liban, le Festival al-Bustan venait à peine de commencer. Les premières soirées avaient cette atmosphère particulière des débuts : les musiciens arrivent, le public retrouve ses habitudes, la musique circule dans les salles. Et puis tout s’est arrêté. L’édition a été interrompue en pleine course, rattrapée par les tensions régionales, rappelant une fois de plus combien l’art doit parfois composer avec l’imprévisible.

Pendant ce temps, ailleurs, les artistes continuent de travailler.
À Venise, la prochaine Biennale se prépare déjà, avec six artistes liés au Liban attendus dans cette édition particulièrement symbolique. Dans les ateliers, on peint, on construit, on imagine.
Même la fiction se saisit de ces questions. Avec la série « Shab al-Ard » de Peter Mimi, la terre, l’appartenance et leur prix deviennent matière à récit.

Pris séparément, ces événements semblent dispersés : un palais endommagé à Téhéran, une exposition à Paris, un festival suspendu, une biennale en préparation, une série sur la terre et ceux qui la défendent.
Mais ensemble, ils racontent quelque chose de très simple :
la culture avance presque toujours dans l’incertitude. Elle ne maîtrise pas les événements, elle ne décide pas du cours de l’histoire.
Elle fait simplement ce qu’elle a toujours fait : continuer.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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