Une statue de Jésus dans un jardin à Alma el-Chaab, endommagé par l’armée israélienne, le 5 novembre 2025. Photo d’illustration Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour
« Nous n’avons pas envie de quitter nos terres. » C’est par ces mots que Samy Hajj, un habitant de la localité chrétienne frontalière de Rmeich, joint au téléphone par L’Orient-Le Jour, résume l’état d’esprit ambiant dans la région. « Tous les habitants du village ont pris la décision de rester. Si on part, on ne pourra plus jamais rentrer. On a bien vu ce qui est arrivé aux Palestiniens en 1948 », poursuit-il.
Sommés mercredi par l’armée israélienne d’évacuer le sud du Litani, majoritairement chiite, une grande partie des habitants a quitté les lieux, soumis à un déluge de feu en œuvre depuis lundi, mais certaines localités chrétiennes résistent à leur manière.
À Alma el-Chaab, les habitants sont toujours déterminés à ne pas abandonner leurs maisons. Il y a quelques jours, une vidéo montrant des villageois sonnant les cloches de l’église pour dire leur refus de plier aux injonctions israéliennes avait fait le tour des réseaux sociaux. « Nous avons le droit de vivre en paix, nous ne sommes pas armés. Nous avons foi dans le Christ », explique l’un d’eux. « Tous les soirs, on se rassemble dans la salle adjacente à l’église et on y dort tous ensemble. Nous avons encore des stocks de nourriture pour deux ou trois semaines », poursuit-il.
« Préserver notre terre et notre dignité »
Même son de cloche dans la localité sunnite de Hebbariyé, un village situé à quelques pas de la frontière israélienne. Dans ce village, les habitants ont également pris la décision de ne pas répondre aux injonctions israéliennes. Nagib Yassine, un habitant du village, a décidé de rester sur place avec son épouse. « Je suis resté chez moi lors de la guerre de juillet 2006 et celle de 2024. Je n’irai nulle part. Ceux qui ont fui le village en 2024 ont connu l’humiliation sur les routes et dans les écoles transformées en abris », poursuit-il. « On veut préserver notre terre et notre dignité, si on part on perdra notre dignité », estime Nagib.
« Pour l’instant, ce sont surtout les villages chiites qui sont menacés. La vie continue ici de manière normale », indique Nagib. Son épouse, Mona, assure que le couple est « en sécurité » dans le village. « Pourquoi partir et vivre dans l’humiliation. On mourra quand ce sera notre tour. En attendant, Dieu nous protège », lance-t-elle.
Khodor Hamdan, un habitant de Chebaa, un autre village sunnite de la région, assure que les habitants de la localité ont également « pris la décision de ne pas quitter », notamment après une réunion de l’union des municipalités de la région allant dans ce sens. « Cette fois-ci, nous sommes déterminés à rester, parce qu’on ne veut pas revivre l’expérience de 2024. Lors de ce conflit, certains chiites avaient loué chez nous et la périphérie du village avait été frappée. Le 27 septembre, lorsque Hassan Nasrallah a été assassiné, on leur a demandé de quitter les lieux », révèle-t-il. « Nous voulons vivre sous la protection de l’État et de l’armée libanaise. Nous n’avons pas envie d’être déplacés », conclut Khodor.



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11 h 11, le 07 mars 2026