Le prêtre du village de Alma el-Chaab, au Liban-Sud, prie dans l’église Notre-Dame, le 5 novembre 2025. Photo d'archives Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour
Dans le village frontalier de Alma el-Chaab, au Liban-Sud, les cloches de l’église Notre-Dame ont retenti tard dans la nuit de lundi. Pas pour la messe, mais en signe de défi. À la suite d’un ordre d’évacuation lancé par le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, des habitants se sont réunis sur la place de l’église, dans le centre de la bourgade. Au lieu de préparer leur départ, nombre d’entre eux étaient déterminés à rester sur place, et ont sonné les cloches pour alerter leurs voisins. Des images de ce rassemblement ont fait le tour des réseaux sociaux.
« Nous nous en sommes remis à Dieu et à nos saints… Nous avons fait confiance à saint Élie, saint Charbel, Jésus et la Vierge Marie et nous sommes restés », raconte Chadi Sayah, le président de la municipalité, à L’Orient Today mardi.
Ce soir-là, outre Alma el-Chaab, l’un des rares villages chrétiens du caza de Tyr, l’armée israélienne avait appelé les habitants d’une trentaine de villages du Liban-Sud à immédiatement évacuer les lieux. Le matin même, le Hezbollah avait tiré plusieurs roquettes et drones vers Israël, en soutien à l’Iran, visé depuis samedi dernier par une vaste offensive américano-israélienne. L’attaque du mouvement chiite a provoqué un déluge de feu israélien sur le Liban et des incursions terrestres dans le sud du pays, alors que le Liban peinait encore à se remettre du dernier conflit dévastateur de 2024.
« Environ 200 personnes actuellement dans le village »
Jusqu’à la veille de l’avertissement israélien, environ 350 personnes vivaient encore à Alma el-Chaab, raconte l’élu. Mais les menaces israéliennes ont poussé quelque 150 habitants à partir. « Nous sommes environ 200 personnes actuellement dans le village », précise-t-il. Parmi ceux qui sont partis, figurent des personnes âgées craignant de ne plus pouvoir se soigner si les combats devaient s’intensifier. « C’est très dur. C’est comme devoir choisir entre deux maux : rester dans notre village malgré les menaces israéliennes, ou quitter nos maisons, nos commerces, nos terres », se désole le maire.
Selon lui, l’État libanais « n’est pas capable de protéger » son village. « L’armée libanaise ne peut pas affronter la puissance de l’ennemi », estime Chadi Sayah. Il en veut aussi au Vatican : « Lorsque le pape Léon XIV est venu au Liban (fin 2025), il ne s’est pas rendu auprès des chrétiens du Sud. Nous lui avons envoyé une lettre, il est censé l’avoir reçue. Le Christ est venu pour les malades et le pape est son représentant. Pourquoi n’est-il pas venu jusqu’à nous pour s’enquérir de nos souffrances ? Nous sommes ceux qui souffrent dans le même village où Jésus a marché. »
Wissam Khoury, propriétaire d’un supermarché du village, faisait partie des villageois qui se sont réunis lundi soir sur la place de l’église. « Nous savions que si nous partions, nous ne pourrions pas revenir », explique-t-il, redoutant une occupation israélienne du village. Lors de la dernière guerre, des militaires israéliens sont effectivement entrés dans le village, occupant plusieurs maisons, y installant des pièces d’artillerie et autres infrastructures militaires, avant de se retirer après le cessez-le-feu. Plusieurs bâtiments ont subi de lourds dégâts.
Ce père de famille raconte que l’armée libanaise, qui maintient un poste au sein du village, « avait initialement prévu de se retirer après les menaces israéliennes. Nous, les habitants, avons bloqué la route et exigé que l’armée assure notre protection. Nous avons sonné les cloches de l’église pour faire passer un message : nous sommes sous la protection de l’armée. Des appels ont également été passés à des personnalités religieuses et officielles du pays, et cela a permis que nous puissions rester ». À l’heure de publication de l’article, l’armée libanaise était toujours stationnée dans le village.
Le souvenir de la guerre de 2024 reste vif. Cette année-là, la quasi-totalité des habitants étaient partis ; seuls quatre ou cinq personnes étaient restées sur place. « Ceux qui sont partis ont été humiliés pendant un an et demi, voire deux », dénonce Wissam Khoury. Il avait dû débourser environ 180 000 dollars pour réparer sa supérette. Sa maison, elle, avait été partiellement endommagée.
Le prêtre du village « a passé quelques coups de fil »
« Notre commerce à Alma et la maison, c’est tout ce que nous avons. Je n’ai pas de domicile à Beyrouth », raconte son épouse, Solange. « Le prêtre du village a passé quelques coups de fil à des responsables de l’État pour nous tenir à l’écart (du conflit). C’est pour cela que nous sommes restés », explique-t-elle.
Solange se souvient encore de la guerre de juillet 2006. « Cette année-là, j’étais une jeune mariée. Nous sommes restés les 17 premiers jours à Alma. Nous ne pouvions pas nous procurer de pain, de médicaments, ni quoi que ce soit d’autre. Nous étions piégés. » Cette épisode avait poussé la famille à fuir le village lors du conflit de 2024. « Nous logions chez mes proches à Saïda et faisions des allers-retours pour récupérer nos affaires », raconte-t-elle.
Aujourd’hui, malgré la reprise du conflit, ses filles de 16 et 10 ans ne veulent plus évacuer. « Elles ne veulent plus être déplacées », lâche leur mère. Depuis le début de l’offensive, 58 000 personnes ont dû quitter leur domicile, selon un bilan du ministère libanais de la Santé en date de mardi.




Ils sont de courageux RESISTANTS qui servent en HEROS leur CAUSE et non celle de centres etrangers aux reves hegemoniques.
19 h 20, le 05 mars 2026