D.R.
Haroutiun Galentz. The Form of Colour, ouvrage collectif, Skira, 2025, 219 p.
Haroutiun Galentz est un artiste qui a défié l’adversité, le temps et les frontières. Il n’y avait pas besoin de le faire ressusciter à travers un livre, car il est toujours actuel par sa remarquable touche de pinceau et ses couleurs vibrantes chargées d’émotions. L’essentiel était de jeter la lumière sur un parcours exceptionnel et de faire (re)découvrir les multiples facettes d’un excellent peintre avant-gardiste au talent innovateur.
En devanture des librairies : Haroutiun Galentz. The Form of Colour, édité chez Skira, une institution promotrice de l’art mondial depuis 1928, qui a déjà publié des ouvrages sur Gauguin, Le Corbusier, Mondrian, Pissarro, Vuillard, Marini…
Pour l’écriture de cette monographie sérieusement documentée, ont contribué les plumes de Marie Tomb couvrant la lumineuse période du Liban de 1926 à 1946 ; d’Armen Yesayants pour le retour en terre d’Arménie de 1946 à 1967, date du décès du peintre dans sa terre d’origine ; et de Silvia Burini qui brosse les portraits croqués par l’artiste, à travers une lecture sémiotique visant à saisir l’essence d’une identité.
Né en 1910 à Gurun, dans les frontières de l’actuelle Turquie, quelques années avant le génocide arménien, Galentz grandira dans un orphelinat à Alep avant de rejoindre ses frères à Tripoli dans un studio de photographie. Mais titillé par l’art créatif de peindre, il ajoutera à la technique du flash des appareils, des talents de dessinateur et d’alchimiste des couleurs. Malgré une enfance et une jeunesse traumatisées et marquées au fer rouge de la guerre, c’est sous le mandat français (lui le parfait francophone !) qu’il entame sa carrière beyrouthine où ses travaux picturaux ont du succès. Il aura parmi ses clients de prestigieux membres du gratin de la société libanaise, dont les Sursock, Tabet, Moussa de Freige, Béchara el-Khoury, David Corm… Apprécié et ami du peintre Georges Claude Michelet, il sera aussi le pair de Youssef Hayeck, Farroukh, Gemayel, Ounsi, Haddad et Saliba Douaihy…
Marié à Arminé Baronian, jeune épouse venue d’Istanbul, et elle-même peintre, le voilà, pour diverses raisons, sollicité à rentrer en Arménie, avec des promesses de paradis retrouvé… comme pour tous les rescapés des grands malheurs ! À trente-six ans, il retrouve la terre de Sayat Nova sous le joug socialiste soviétique avec la tyrannie de main de fer de Staline. Difficile de composer avec la tendance générale d’un pouvoir extrêmement autoritaire. Il fallait oublier la liberté cubiste et fauviste du pays du Cèdre car originalité et anticonformisme ne sont pas dans l’air stalinien. Il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev en 1956 pour que s’opère une certaine détente et la reprise d’une inspiration et d’une expression moins dirigistes… Après tant de combats, d’acharnement au travail et une nouvelle rencontre avec le succès, Galentz décède en 1967 à Erevan.
Parcours fabuleux et héritage encore plus fabuleux ! On regarde avec émerveillement ces natures magnifiques aux lumières divines, ces superbes portraits de l’immense ballerine russe Maïa Plissetkaïa, ces fleurs à la fois charmantes et somptueuses que sont ces cactus en fleurs, ces chrysanthèmes capiteux, ces doux cyclamens au bleu mielleux.
The Form of Colour est un livre nécessaire, richement édité, avec de remarquables illustrations, fourmillant d’informations qui rendent hommage à l’histoire de l’art au Liban et en Arménie, ainsi qu’à l’amitié et le soutien que les deux pays ont en partage.