Rechercher
Rechercher

Campus - Conférence

Construire plutôt que partir : un appel fort à la jeunesse libanaise depuis l’USEK

Construire plutôt que partir : un appel fort à la jeunesse libanaise depuis l’USEK

Le professeur Paul Abi Khattar Zgheib.

Dans l’auditorium de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), le silence s’est installé le 24 février lorsque le professeur Paul Abi Khattar Zgheib, vice-président chargé de la gestion des inscriptions, a pris la parole au cours d’une conférence très attendue par l’ensemble de la communauté universitaire. Organisée sous licence TEDx, déclinaison du réseau TED – organisation à but non lucratif et non partisane vouée à la diffusion d’idées qui nourrissent le débat et favorisent des changements porteurs de sens –, la rencontre s’inscrit dans une dynamique de réflexion et de transmission. D’emblée, le Pr Zgheib, docteur en histoire et titulaire d’un DEA en art sacré, a placé la jeunesse au cœur du débat : si les jeunes Libanais peuvent rester sur leur terre et y investir, ils pourront y construire leur avenir plutôt que de la quitter. Une conviction qui l’a conduit à poser une question qui résonne profondément dans le contexte actuel : « Pourquoi les Libanais choisissent-ils de construire plutôt que de partir ? » Une interrogation qui en a rapidement appelé une autre, plus fondamentale encore : de quel point de vue devons-nous considérer le patrimoine et la culture ? Pour y répondre, l’orateur a invité son public à repenser ces deux notions à travers deux approches complémentaires, capables de les inscrire dans le monde contemporain, celui de la technologie et de la modernité.Il a d’abord évoqué l’approche classique. « Longtemps, la culture a été perçue comme une production élitiste, façonnée par les philosophes, écrivains et artistes, et donc liée aux cercles intellectuels qui la créent », a souligné le Pr Zgheib, par ailleurs diplômé de la Grande École de Photographie EFET France. Une vision qui, selon lui, a contribué à éloigner la culture de la société et de ses réalités quotidiennes. De la même manière, « le patrimoine était envisagé comme un héritage matériel à préserver : monuments historiques, bâtiments anciens, vestiges archéologiques. L’objectif principal était leur protection et leur conservation. Mais à force de vouloir protéger, on tend parfois à isoler le patrimoine, à le figer, à l’éloigner de la société et de la vie quotidienne des citoyens », a-t-il noté.Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, l’approche a évolué. La culture ne se limite plus à une production des élites : elle est devenue le reflet du mode de vie des populations, façonnée par la société dans toute sa diversité. Elle est vivante et dynamique. Toutefois, à l’ère des réseaux sociaux et de la technologie, le risque est réel : celui de voir les jeunes substituer leur culture à celle d’autres pays, au gré des influences numériques. D’où l’importance, pour la jeunesse libanaise, de rester attachée à son pays et d’investir intelligemment dans ce domaine «, a insisté le Pr Zgheib.Quant au patrimoine, il ne se résume plus à un simple transfert du passé vers le présent, a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Dans la perspective définie par l’Unesco, il inclut désormais, au-delà du patrimoine matériel, un patrimoine immatériel essentiel : traditions, fêtes, savoir-faire, chants populaires comme le zajal, ou encore la richesse de la cuisine libanaise. Le patrimoine devient ainsi une mémoire vivante, à transmettre non seulement au présent, mais aussi aux générations futures, car négliger notre patrimoine, c’est risquer l’effacement, voire la dilution de notre identité au sein d’autres sociétés. »

La conférence était très attendue par l’ensemble de la communauté universitaire. Photos USEK

Une question s’ impose : comment agir ?

Pour le professeur, la réponse commence par une prise de conscience collective. La culture et le patrimoine ne sont pas des notions abstraites ni des reliques du passé ; « ils constituent la mémoire vivante d’une société, le socle qui relie le passé à l’avenir , a-t-il précisé. Cette continuité implique une responsabilité majeure, notamment dans les sphères éducatives, de l’école à l’université. Il s’agit d’offrir des bases solides et de mettre à disposition des jeunes les outils technologiques adéquats afin qu’ils puissent, à leur tour, devenir les passeurs de cet héritage ».Selon le Pr Zgheib, cette dynamique peut également ouvrir des perspectives concrètes. « L’intégration intelligente de la culture et du patrimoine dans l’économie contemporaine peut générer des opportunités d’emploi et d’investissement innovantes pour la jeunesse libanaise. » Et d’ajouter : « La mémoire devient aussi un levier de développement. » Le patrimoine et la culture se révèlent ainsi comme des espaces privilégiés de dialogue et d’innovation. « La nouvelle génération, dotée d’outils sans précédent, a la capacité d’inventer de nouvelles formes d’expression et de transmission avec la société, capables d’ancrer l’héritage et de le transmettre », a-t-il indiqué. « Un pays sans patrimoine − sans chants communs, sans histoire partagée, sans traditions fédératrices − ne peut perdurer et sa société non plus. Cette réalité est d’autant plus cruciale dans un pays pluriel comme le Liban, où chaque région porte une richesse singulière. Préserver les traditions locales, célébrer ensemble les fêtes, partager les moments de joie comme de deuil, c’est renforcer la compréhension mutuelle au sein d’un cadre plus large : celui de l’identité libanaise. » En conclusion, le professeur s’est adressé directement aux jeunes, les qualifiant d’acteurs centraux de cette dynamique. « Je m’adresse aux jeunes, acteurs essentiels de cette dynamique : revenez à notre culture et à notre patrimoine. Utilisez les technologies modernes à votre disposition pour les valoriser, leur redonner force et visibilité, et insuffler une énergie nouvelle à cet héritage. Vous avez besoin de vos racines. Il est temps de les retrouver et de les faire revivre, car malheureusement nous avons déjà beaucoup perdu sur les plans culturel et patrimonial. Préservez cette vitalité et cette dynamique pour en assurer la continuité. » 

Dans l’auditorium de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), le silence s’est installé le 24 février lorsque le professeur Paul Abi Khattar Zgheib, vice-président chargé de la gestion des inscriptions, a pris la parole au cours d’une conférence très attendue par l’ensemble de la communauté universitaire. Organisée sous licence TEDx, déclinaison du réseau TED – organisation à but non lucratif et non partisane vouée à la diffusion d’idées qui nourrissent le débat et favorisent des changements porteurs de sens –, la rencontre s’inscrit dans une dynamique de réflexion et de transmission. D’emblée, le Pr Zgheib, docteur en histoire et titulaire d’un DEA en art sacré, a placé la jeunesse au cœur du débat : si les jeunes Libanais peuvent rester sur leur terre et y investir, ils pourront y...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut