La cardamome, élue épice de l'année. Photo d'illustration vecteezy
Chaque nouvelle année se doit de se renouveler, comme pour changer de peau, se dépoussiérer et sortir de sa routine. Cela commence par les couleurs, comme le fait chaque année l’Institut Pantone qui propose sa nuance, adéquate à l’air du temps.
À table, l’engouement en 2026 ira donc à la cardamome, cette « reine des épices » et la plus chère au monde après le safran et la vanille. C’est en tous les cas ce qu’a prédit la futurologue alimentaire Morgaine Gaye, conférencière et auteure de Fashion to Fork : Why We Eat What We Eat. Basée en Grande-Bretagne, son pays natal, sa « boule de cristal » s'étend au monde entier, comme une divinisation au long parcours. C’est ainsi qu’elle définit sa spécialisation : « L’alimentation étant un sujet complexe, il est nécessaire d’utiliser tous les indicateurs comme prisme pour entrevoir son avenir. » Dans cette optique, avant de donner son diagnostic sur l’évolution du goût et, en particulier, comment à un certain moment les papilles privilégient une saveur donnée, elle se lance dans des recherches à plusieurs niveaux : sociologique, comportemental, géopolitique, culturel, croyance, histoire, tendances, modes, art et perception sensorielle.

« Lire le monde au-delà des réseaux sociaux »
« En réalité, c’est un tout », précise-t-elle dans l'une de ses présentations sur YouTube où elle révèle aussi un facteur important : « Il faut savoir lire le monde au-delà des réseaux sociaux dont les effets miroitants ne constituent plus un outil de prévision utile. » Forte de ces données, elle a ainsi prédit que, côté condiment, l’année 2026 sera épicée à la cardamome pour plus d’une raison. Une vision à prendre au sérieux car cette futurologue s’est construit une réputation à travers ses recherches pour lesquelles la sollicitent, entre autres, les grandes entreprises internationales dans le développement de nouveaux produits, l'élaboration d'études de tendance et le comportement du consommateur. Sont également inscrits à son programme de travail des conférences et séminaires publics et privés, des interventions en tant que conférencière principale, des publications d’ouvrages et des travaux de recherche universitaires.
Cordons bleus et parfumeurs
Pour ce qui est de la dominante 2026, Mme Gaye a noté que ces dernières années, la demande de cardamome verte fraîche de haute qualité a considérablement augmenté. De nombreux pays comme le Moyen-Orient, l’Asie, l’Europe et les États-Unis en importent en grandes quantités. Cet intérêt a poussé les fournisseurs et les producteurs à se concentrer sur la cardamome verte de haute qualité.
L’art culinaire y est pour beaucoup, les grands chefs ont fait de cet arôme leur ingrédient secret l’intégrant dans toutes les phases de leurs menus. Un arôme qui a également tenté la parfumerie. Plusieurs griffes ont lancé leurs créations fleurant la cardamome. Mais cela n’est pas nouveau car quelques milliers d’années auparavant, une célébrité et non des moindres, Cléopâtre, dégageait, dit-on, sur son passage des effluves d’essence de cardamome dont elle avait tiré son parfum. Lors de fouilles entreprises en 2012 en Basse-Égypte, des archéologues de l’université de Hawaii ont pu le capter et le reconstituer. Il est désormais exposé au National Geographic Museum du Smithsonian à Washington.

La Scandinavie aussi
Si la cardamome est la tendance 2026, elle est continuellement omniprésente en Scandinavie. Cet ensemble de pays en est l’un des plus grands consommateurs. Qu’est-ce qui a amené cette plante originaire du sous-continent indien à prospérer dans cette contrée nordique ? Son périple remonte à plusieurs siècles, mais son origine exacte demeure incertaine. Une théorie répandue attribue son arrivée aux Vikings. Selon cette version, ces derniers auraient découvert cette épice au XIe siècle à Constantinople, alors centre commercial florissant entre l'Asie et l'Europe, et l'auraient rapportée en Scandinavie. Cependant, l'archéologue culinaire Daniel Serra, dans son ouvrage intitulé An Early Meal, a Viking Age Cookbook & Culinary Odyssey paru en 2013, démontre que la cardamome a atteint la Scandinavie par les routes commerciales en provenance des Maures d'Espagne et du Portugal. Il cite la première mention de la cardamome en Scandinavie dans un livre de cuisine du XIIIe siècle, présentant des recettes presque identiques à celles des Maures de cette époque.
Quel que soit son parcours, la cardamome a complètement conquis le palais scandinave, et son usage s'est généralisé au Danemark, en Norvège et en Suède au fil des siècles, à mesure qu'elle devenait plus accessible. Parmi les nombreuses pâtisseries scandinaves parfumées à la cardamome, on trouve les moelleuses brioches suédoises, sucrées et riches en beurre. Ces viennoiseries torsadées sont si appréciées en Suède que la Journée de la brioche à la cardamome y est célébrée chaque 15 mai. La cardamome rehausse également d'autres plats, comme le riz au lait, crémeux et al dente.


