Frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, le 2 mars 2026. Photo L'Orient-Le Jour
La corniche de Beyrouth était comme plongée hors du temps ce dimanche matin. Pour une fois, la guerre qui agitait la région, y compris les pays du Golfe, semblait bien loin. Le Hezbollah avait beau avoir menacé d’intervenir en cas d’assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, personne ne prenait vraiment cette menace au sérieux. Le parti envoyait des messages plutôt rassurants tant au gouvernement qu’aux journalistes qui le consultaient. Certes l’ayatollah était pour lui l’autorité suprême, une figure sacrée dont l’assassinat ne pouvait rester impuni. Certes il pouvait difficilement rester les bras croisés alors que son géniteur, la République islamique, était confronté à une guerre existentielle. Mais quel était l'intérêt d’entrer dans une guerre où il avait tout à perdre et rien à gagner ? Il était dit que cette fois, il ne bougerait pas. Que même pour lui, ce serait une folie. Mais le Hezbollah a ses raisons que la raison ignore.
Le cauchemar a repris dans la nuit de dimanche à lundi. Comme en 2024, nous sommes réveillés en pleine nuit, à l'heure où nous écrivons ces lignes, par un tapis de bombes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth. Le Hezbollah est entré dans la guerre. Il a tiré quelques roquettes et le revendique. Pourquoi ? Pourquoi se lancer dans une opération suicide qui va coûter si cher au parti, à sa base populaire et au Liban, alors qu’il n’est même pas en mesure de sauver son parrain iranien ? On peut toujours essayer de rationaliser. Se dire qu’il n’avait pas d’autres choix que de répondre à l’assassinat, que ce sont de toute façon les Iraniens qui dirigent les opérations militaires du parti, qu’il dispose encore peut-être de missiles susceptibles de compliquer les plans israélo-américains ou encore qu’il estime qu’il pourra absorber la riposte israélienne et en rester là. Pour le moment nous n’en savons rien. Comme nous ne savons pas qui les Israéliens ont éliminé cette nuit et quel est leur plan pour la suite. Nous ne savons pas si ce front sera durable ou non et quelle sera son intensité.
Tout ce que nous savons, c’est que le divorce entre le Hezbollah et le reste du Liban est désormais définitif. Que tous les discours qui visent à relativiser sa nuisance ne sont plus audibles. Que toutes les stratégies qui appellent à dialoguer avec lui afin de trouver un compromis pour ne pas “l’humilier” sonnent comme une provocation. Que toutes les analyses qui mettent en avant le fait que le parti a changé, qu’il est prêt à renoncer à ses armes mais ne peut pas l’admettre publiquement sont complètement déconnectées de la réalité.
Le Hezbollah a décidé d'entraîner le Liban dans une nouvelle guerre, poussant déjà des milliers de Libanais à fuir leurs maisons. Cette fois, il ne faudra lui trouver aucune excuse, quelle que soit la réponse israélienne. Cette fois, il faudra que les autorités libanaises traitent la milice chiite pour ce qu’elle est et non pour ce qu’on voudrait parfois qu’elle soit : une excroissance de la République islamique dont il faut se débarrasser avant qu’elle ne finisse par anéantir ce qui reste du Liban.



Cela fait 15 ans que certains, dont je ne fus jamais partie, espèrent, rêvent que le Hezbollah se Libanise. Mais pourquoi tellement de gens feignent de ne pas comprendre cela est impossible cat il ne peut changer son ADN, il est une émanation de la République Islamique et n’a jamais un seul instant cessé de l’être bien que le charisme de L’ex secrétaire général ai pu faire croire le contraire. Il faut après ce qui s’est passé dissoudre officiellement le parti et demander à l’armée de saisir ses armes, c’est la seule chance, s’il en reste une, d’éviter de nouvelles destructions au pays.
23 h 37, le 02 mars 2026