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L’autre réseau Epstein


Shocking ?

Ô combien ! Greffées sur la sulfureuse affaire Epstein, les poursuites engagées contre l’ex-prince Andrew surpassent amplement en gravité tous les scandales qui, ces dernières décennies, ont affecté la famille royale britannique, faisant les choux gras des tabloïds. Pensez donc, le propre frère du roi, déjà en disgrâce il est vrai, mis en garde à vue de longues heures durant, avant d’être relâché en attendant la suite de l’enquête.

Celui qui l’an dernier avait été dessaisi de tous ses titres non militaires, et expulsé des logements royaux, n’est plus désormais que le sieur Mountbatten-Windsor. Il échappe pour l’heure aux soupçons de crimes sexuels contre mineur : monstrueuse spécialité qu’offrait à ses invités le millionnaire pédophile mort en prison. Non moins lourdes de conséquences pourraient être cependant les accusations de manquements dans l’exercice de fonctions officielles : euphémisme désignant les forfaits qu’aurait commis Andrew durant les dix années où il a sillonné le monde avec pour mission de promouvoir le commerce du Royaume-Uni. E-mails à l’appui, le prince déchu aurait communiqué en effet à Epstein les rapports que lui remettaient ses assistants sur les opportunités d’investissement et de négoce explorées en divers pays d’Asie et du Golfe.

Or c’est là que l’on quitte momentanément les ballets roses pour aborder le terrain, hautement sensible lui aussi, de l’espionnage économique ou diplomatique, sinon de la trahison pure et simple : activités sanctionnées avec la plus extrême rigueur, allant jusqu’à la réclusion à perpétuité, par la justice du royaume. Les mêmes soupçons pèsent d’ailleurs sur un autre ami d’Epstein, l’ancien ministre Peter Mandelson devenu ambassadeur britannique à Washington. Au vu de toutes ces incroyables failles, comment pourrait-on, au pays de 007 et des Bond Girls, oublier que les chantages à caractère sexuel (les pièges à miel comme disent les Anglais) sont l’un des leviers de pression les plus puissants dans le monde du renseignement ? Et la réticence des gouvernements et médias internationaux à évoquer de front cette flagrante vocation du réseau Epstein n’est-elle pas à son tour des plus suspectes, à l’image d’ailleurs du suicide d’Epstein ?

Face à une telle avalanche de dégâts, c’est une tâche titanesque qui attend Charles III s’il doit redorer le blason terni de la monarchie. Bien que tenu dans l’ignorance de l’initiative policière, le roi s’y est attaqué avec un courage qui mérite d’être salué. Aux Britanniques, aux 56 peuples de l’association du Commonwealth et même de la terre entière, il a montré que nul n’est au-dessus des lois : pas même un frère cadet pourri jusqu’à la moelle par sa trop indulgente mère, la reine défunte Elizabeth II, et dont les frasques ne se comptent plus.

Le message royal ne peut que frapper vivement nombre de petits pays assoiffés de justice, dont inévitablement le nôtre : pour satisfaire les droits des retraités, le gouvernement de réformes vient ainsi de taxer la population au lieu de faire rendre gorge aux dirigeants qui ont pillé les économies des citoyens. Comme on s’en doute, c’est en réalité bien plus haut que vise, dans son infortune, le patient anglais. Que ce soit au Royaume-Uni, en France ou en Norvège, des personnalités ou célébrités se voient tenues de clarifier leurs rapports avec Epstein et d’en subir éventuellement les conséquences. Aux États-Unis par contre, là-même d’où est arrivé le scandale, diverses figures politiques ou financières d’envergure n’ont jamais été inquiétées, comme si un pacte du silence les liait en dépit de leurs âpres rivalités. Seule la britannique Ghislaine Maxwell, complice de J.E. est sous les verrous. Le département de la Justice fait savoir que les poursuites s’arrêtent là. Et si Donald Trump déplore la honte qu’essuie un roi qu’il aime bien, il affirme parler en connaissance de cause puisqu’il s’estime mis hors de cause par les enquêteurs. Reste néanmoins le fait que la grogne ne cesse de croître dans les rangs des républicains comme des démocrates.

Même cassé, le blanc peut s’avérer très vite salissant.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Shocking ?Ô combien ! Greffées sur la sulfureuse affaire Epstein, les poursuites engagées contre l’ex-prince Andrew surpassent amplement en gravité tous les scandales qui, ces dernières décennies, ont affecté la famille royale britannique, faisant les choux gras des tabloïds. Pensez donc, le propre frère du roi, déjà en disgrâce il est vrai, mis en garde à vue de longues heures durant, avant d’être relâché en attendant la suite de l’enquête. Celui qui l’an dernier avait été dessaisi de tous ses titres non militaires, et expulsé des logements royaux, n’est plus désormais que le sieur Mountbatten-Windsor. Il échappe pour l’heure aux soupçons de crimes sexuels contre mineur : monstrueuse spécialité qu’offrait à ses invités le millionnaire pédophile mort en prison. Non moins lourdes de...