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Encore un lieu qui tombe

Chère lectrice, cher lecteur,

Il y a des lieux qu’on ne fréquente pas seulement : on les traverse, ils vous traversent en retour.
Le théâtre Zoukak faisait partie de ceux-là.

Je me souviens de la chaleur compacte de la salle, sa pénombre, des discussions qui débordaient sur le trottoir de la Quarantaine, des soirs où Beyrouth semblait un peu moins absurde parce qu’une poignée d’acteurs avaient décidé de mettre nos failles sous les projecteurs. On y riait fort. On y sortait sonné. Parfois en colère. Toujours un peu plus vivant. Un peu plus lucide.

Aujourd’hui, le lieu ferme. Et ça fait mal, franchement. Pas la douleur spectaculaire. Non. Celle, sourde, qui accompagne chaque disparition à Beyrouth. Un espace de moins. Une respiration de moins. Comme si la ville se rétrécissait encore.
Pendant dix ans, 40 créations, 129 000 spectateurs. Des chiffres, oui. Mais surtout des corps serrés dans le noir, des silences tendus, des phrases qui frappaient juste. Le théâtre Zoukak n’était pas un théâtre « alternatif ». C’était un point d’ancrage. Un endroit où l’on pensait à voix haute.
On nous dit : le projet continue. Tant mieux. Évidemment qu’il continue. Zoukak n’a jamais été qu’un bâtiment. C’était une manière de tenir debout dans un pays qui perd ses repères.

Mais laissez-nous quand même ce moment de nostalgie. Ce droit d’être tristes sans cynisme. Parce qu’à force de voir les lieux fermer, on finit par croire que la culture ici n’est qu’un sursis.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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