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Société - Traditions

Dites « café libanais » et pas « turc » !

Le syndicat des propriétaires de restaurants, cafés et boîtes de nuit a demandé à tous les restaurateurs de respecter désormais cette appellation au pays du Cèdre.

Dites « café libanais » et pas « turc » !

Des cafetières traditionnelles en laiton sur le comptoir d'un café à Badaro, Beyrouth, en mai 2024. Photo João Sousa/L'Orient-Le Jour

Pourquoi le café bien noir que l’on sirote au Liban dès le matin, à l’odeur si parfumée et familière qu’elle en devient rassurante, est-il appelé « turc » ? Le breuvage, arrivé à Istanbul du Yémen où il était consommé depuis le XVe siècle, les graines venant d’Éthiopie, avait été introduit au Levant, notamment au Liban actuel, le siècle suivant, avec l’expansion de l'Empire ottoman. Cinq siècles plus tard, l'appellation « café turc » au Liban est-elle toujours justifiée ?

Pour le syndicat des propriétaires de restaurants, cafés et boîtes de nuit, la question est tranchée : il ne faudra plus jamais commander un « café turc ». Dans un communiqué, l'organisme demande « aux propriétaires d’institutions touristiques au Liban de s’en tenir à l’appellation « café libanais », au lieu de « café turc », dans leurs menus et sur leur matériel de marketing, tout comme par leur personnel lors de la prise des commandes ».

L’initiative a suscité beaucoup d’intérêt sur les réseaux sociaux. « Le café n’est pas turc à la base (puisque les graines viennent d’ailleurs), et les Turcs n’ont même pas conscience que c’est ainsi que nous qualifions le café chez nous… ce café est libanais, un point c’est tout ! » écrit un internaute. « Je soutiens (cette initiative) avec force », s’exclame un autre. D'autres ont réagi avec sarcasme : « Pourquoi ne pas l’appeler phénicien tant qu’on y est ? » ou encore « les Libanais n’ont-ils plus rien à faire par les temps qui courent ? »

« Il est temps que ce café soit qualifié de libanais »

Pour Tony Ramy, président du syndicat en question, l'initiative a été largement saluée. « Les restaurateurs ont très favorablement accueilli cette demande, se disant qu’il est temps que ce café soit qualifié de libanais », explique-t-il à L'Orient-Le Jour.

Selon le syndicaliste, le café libanais présente plusieurs signes caractéristiques : la manière de le présenter dans la plupart des restaurants et cafés au Liban, dans une rakwé (la cafetière) artisanale en laiton faite à Saïda ou à Tripoli, la tasse à anse, contrairement à la chaffé du café arabe… Il ajoute que « les sociétés d’importation de café au Liban sont devenues des leaders du marché, important les graines (de diverses origines), mais les torréfiant et les faisant moudre au Liban ».

« Même dans la préparation, il y a des différences puisque le café libanais se fait par l’ajout d’une cuillerée de café moulu pour chaque tasse, avec une technique pour la faire bouillir (deux ou trois fois selon les goûts) bien de chez nous », poursuit M. Ramy. Pour lui, « il ne fait pas de doute que cette tradition est devenue libanaise par excellence, d’où la nécessité de qualifier ce café de « libanais ».

« Rakwé », le mot qui résume tout

Pour Nabil Hamadé, importateur de café pour sa propre marque et propriétaire d’un café, « l’initiative du syndicat vise à régler deux questions : celle de donner au produit son caractère purement local et celle de ménager la sensibilité de l’importante communauté d’origine arménienne au Liban (le génocide commis par les Turcs contre les Arméniens au début du siècle dernier n’étant toujours pas reconnu par la Turquie, NDLR) ».

Pour autant, M. Hamadé reproche à cette décision de ne pas être très précise d’un point de vue technique. « Le café que nous servons ici est typiquement celui de la technique rakwa (ou rakwé), ce mot ne désignant pas seulement l’ustensile servant à préparer le breuvage, mais aussi la technique de torréfaction », explique-t-il. Car pour le torréfacteur, le café moulu libanais a la particularité d’être bien foncé, donc très cuit, alors que le turc par exemple peut passer d’une teinte claire à une plus foncée, à un moment où le café arabe est nettement plus clair et le plus souvent mélangé à des épices comme la cardamome. Sachant que les cafés que l’on sert au Liban et en Turquie peuvent aussi être parfumés à la cardamome.

« En clair, le mot rakwé aurait suffi à désigner la technique de notre café libanais, et c’est mondialement reconnu, tout comme il est inutile d’affubler le nom espresso du qualificatif d’italien », estime M. Hamadé. Il apprécie toutefois l’initiative du syndicat et assure qu’il ne rechignerait pas à inscrire « rakwé libanaise » dans son menu.

Pourquoi le café bien noir que l’on sirote au Liban dès le matin, à l’odeur si parfumée et familière qu’elle en devient rassurante, est-il appelé « turc » ? Le breuvage, arrivé à Istanbul du Yémen où il était consommé depuis le XVe siècle, les graines venant d’Éthiopie, avait été introduit au Levant, notamment au Liban actuel, le siècle suivant, avec l’expansion de l'Empire ottoman. Cinq siècles plus tard, l'appellation « café turc » au Liban est-elle toujours justifiée ?Pour le syndicat des propriétaires de restaurants, cafés et boîtes de nuit, la question est tranchée : il ne faudra plus jamais commander un « café turc ». Dans un communiqué, l'organisme demande « aux propriétaires d’institutions touristiques au Liban de s’en tenir à l’appellation « café libanais », au...
commentaires (8)

Tristement, les goûts ne se discutant pas, peu de gens servent un bon café “turc”… ?

marie-christine gazal

19 h 45, le 15 février 2026

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Commentaires (8)

  • Tristement, les goûts ne se discutant pas, peu de gens servent un bon café “turc”… ?

    marie-christine gazal

    19 h 45, le 15 février 2026

  • Enfin

    Chalabi Helane

    15 h 45, le 14 février 2026

  • C'est À verifier.. Mr Kojack

    Francine Rachoin

    15 h 42, le 14 février 2026

  • Le hommos, le Tabboule, et maintenent le cafe. C'est beau le patriotisme libanais.Esty-ce que c'est dans la constitutiojn?

    M.J. Kojack

    14 h 40, le 13 février 2026

  • Enfin !

    Marie Claude

    14 h 32, le 13 février 2026

  • AH QUE C BEAU LE NATIONALISME !

    L’acidulé

    09 h 32, le 13 février 2026

  • …celles-ci. Alors, que le café que je bois soit turc, libanais, syrien, ou autre, peu m’importe, pourvu qu’il soit bon!

    Alain

    09 h 17, le 13 février 2026

  • C’est l’éternel débat nationaliste, dont nous n’avons pas l’exclusivité: Est-ce que les frites sont françaises (french fries selon les américains) ou belges? Est-ce que le fromage Halloum est chypriote ou levantin? Est-ce que la bière est une idée belge, allemande, ou tchèque (en fait, elle a ses origines en Mésopotamie)? Les frontières mondiales actuelles ont été définies très récemment, et la plupart des recettes prédatent

    Alain

    09 h 15, le 13 février 2026

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