Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, accueilli par la foule lors d'une visite au Liban-Sud, le 8 février 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Au deuxième jour de sa visite au Liban-Sud, le Premier ministre Nawaf Salam a été chaleureusement accueilli lors des étapes de cette tournée, notamment à Kfar Kila (Marjeyoun) et Kfarchouba (Hasbaya), où il a réitéré l'intention des autorités de réhabiliter les villages détruits par la guerre dévastatrice entre le Hezbollah et Israël, qui continue de les bombarder de manière quasi-quotidienne, malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024.
M. Salam, qui s'était déjà engagé à la reconstruction lors du premier jour de sa visite dans des villages du Sud samedi, a repris sa tournée dimanche matin à Kfar Kila, localité dévastée par les frappes de l'armée israélienne. Accueilli avec des bouquets de fleurs et un rameau d’olivier, le Premier ministre, qui se déplace dans un véhicule blindé de l'armée libanaise, a assuré que son gouvernement travaille à la réhabilitation de ce village « sinistré » et de ses infrastructures « afin d’assurer le retour des habitants. » « Des travaux de remise en état des routes et le déploiement d’un réseau de télécommunications commenceront dans les semaines à venir », a-t-il annoncé. « Notre visite vise à réaffirmer que l’État se tient aux côtés des villages sinistrés », a-t-il insisté, reconnaissant que la situation à Kfar Kila est « plus difficile qu'ailleurs en raison des violations quotidiennes persistantes du cessez-le-feu par Israël et de sa proximité avec la frontière. »
« Le retour des habitants ne pourra pas se faire parce que le village est entièrement détruit et qu'il continue d'être ciblé par Israël », a commenté pour sa part le député Ali Hassan Khalil (mouvement chiite Amal), qui était présent à Kfar Kila. Les députés Kassem Hachem (membre du groupe parlementaire Amal) et Melhem Khalaf (Mouvement de contestation de 2019) étaient également présents.
« L'État a été longtemps absent du Sud »
Après son étape à Kfar Kila, le chef du gouvernement s'est rendu à Kfarchouba, où il a reçu un accueil chaleureux de la part des habitants, des députés et des représentants de la société civile. « Kfarchouba est un symbole de résilience. Nous sommes pleinement conscients des épreuves endurées par les habitants du Arqoub durant de nombreuses années d'agression, de privation et de négligence. Ils disposent de droits inaliénables auprès de l'État libanais », a déclaré M. Salam. Il a également mis en avant les projets en cours et à venir, notamment la route reliant Souk al-Khan à Chebaa, les initiatives de gestion des eaux usées et la rénovation des écoles publiques.
Nawaf Salam a également effectué un arrêt au Sérail d+e Marjeyoun. « L'État a été longtemps absent du Sud, de 1943 à 1975, mais aujourd'hui, nous voulons que cette région revienne dans son giron. Nous nous félicitons tous que l'armée reste engagée dans ses responsabilités au Sud, mais l'extension de la souveraineté ne passe pas uniquement par l'armée, mais aussi par le droit, les institutions et les services sociaux offerts à la population », a-t-il déclaré. « La reconstruction commencera par la réhabilitation des infrastructures », a-t-il promis, estimant que « l'important est de souligner le retour de l'État » dans la région.
Nabatiyé « cœur économique, social et culturel » du Sud
Après s'être rendu à Rachaya el-Foukhar (Hasbaya), il a conclu sa tournée par une visite à Nabatiyé, la deuxième en moins d'un an. M. Salam y a participé à l'inauguration du marché provisoire « al-Baïdar », lancé par les habitants afin de soutenir les familles qui ont perdu leurs moyens de subsistance suite à la destruction du souk historique de Nabatiyé par des frappes aériennes israéliennes le 12 octobre 2024. « La destruction de Nabatiyé a été immense et dévastatrice (...) Nabatiyé est le cœur économique, social et culturel de la région. Par conséquent, la reconstruction de son marché relancera l’activité commerciale, revitalisera les petites entreprises, aidera les gens à conserver leurs emplois et reconnectera les villages grâce à une seule et même artère économique », a déclaré le Premier ministre. Il a exprimé l'espoir que des financements pourront être obtenus « dans les mois ou les années à venir » pour verser des indemnisations aux commerçants et « redonner sa vie au souk ». Cela devra être fait en coopération avec le ministre de la Culture pour « le restaurer dans le respect du patrimoine, préservant ainsi l'identité et l'histoire de la ville », a assuré M. Salam. Il s'est ensuite rendu au siège de la municipalité, où il a souligné qu'il abordait chaque jour avec les visiteurs étrangers l'importance de « l'engagement du gouvernement à déployer tous les efforts et à mobiliser les ressources arabes et internationales pour mettre en œuvre le cessez-le-feu de novembre 2024 ».
Interrogé sur « l’exclusion de Nabatiyé de la décision relative aux exemptions des factures de l’eau, de l’électricité et de l'abonnement au réseau téléphonique », Nawaf Salam a déclaré qu'il s’agissait « d’un oubli ». « Cette question ne relève pas de notre compétence, mais de celle des députés, et un amendement ou une nouvelle loi est nécessaire. Dès qu’une nouvelle loi sera promulguée, nous l’appliquerons sans aucun doute », a-t-il promis. Il a par ailleurs souligné que les travaux de construction du nouveau Sérail de Nabatiyé sont en cours, tout comme la route reliant Nabatiyé à Marjeyoun, qui « sera bientôt remise en service. »
Le Hezbollah accueille favorablement la tournée de Salam
« La visite du Premier ministre au Sud et dans les villages frontaliers est bien accueillie par la population. Nous espérons qu'elle contribuera à renforcer la confiance des habitants du Liban-Sud envers l’État, d’autant plus que, depuis 1948, ils n’ont pas été habitués à ce que l’État les soutienne », a commenté dimanche le député du Hezbollah Hussein Jechi. « Le Liban a rempli toutes ses obligations en matière de cessez-le-feu et la résistance a pleinement coopéré avec les autorités et l’armée libanaise. Cela a été affirmé par le président de la République et le Premier ministre, et confirmé par des rapports de l’armée libanaise et de la Force des Nations unies (Finul). Le Liban a rempli toutes ses obligations et n’est plus tenu à aucun engagement supplémentaire », a poursuivi l'élu, qui s'exprimait lors d’une cérémonie organisée par le Hezbollah à Kawthariyet el-Siyyad (Saïda) à l’occasion de la naissance de l’Imam Mahdi. Le Hezbollah estime que l'accord de cessez-le-feu prévoit le désarmement du parti uniquement au sud du fleuve Litani alors qu'il fait référence à plusieurs textes antérieurs, principalement la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU (2006) qui prévoient le désarmement de toutes les milices, sur l'ensemble du territoire libanais.
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du tandem chiite Amal-Hezbollah, a de son côté estimé que la visite de Nawaf Salam dans le Sud est « un pas dans la bonne direction, qui doit être suivi par une forte présence des institutions étatiques dans la région et le déploiement de l'armée dans toute la zone au sud du Litani et surtout en première ligne », le long de la frontière.
M. Salam s’était déjà rendu dans le Sud fin février 2025, puis de nouveau en octobre dernier, après que le président du Parlement, Nabih Berry, a accusé le gouvernement de négliger ses habitants. Il avait aussi fait face à des critiques du Hezbollah, qui est opposé à la remise de son arsenal à l’État, alors que le monopole étatique des armes reste un objectif central du gouvernement. La reconstruction des zones dévastées, qui nécessitera plusieurs milliards de dollars, dépend largement de financements internationaux, eux-mêmes conditionnés au désarmement effectif du Hezbollah.



Malgré certains avis, nos concitoyens du Sud ont été assez bien traités durant les décennies passées. Sans les guerres stupides et exclusives du hezbollah, la région était en passe de devenir l’une des meilleures du Liban. Avec les activités pétrolières futures, la fonction publique ouverte à tous, les largesses matérielles de la Caisse du sud, le favoritisme de Berry et la présence de la Finul, la région n’était pas si mal, bien au contraire ! Rendre l’Etat responsable est injuste. Depuis quarante ans l’Etat c’est qui ? On ne peut pas invoquer sa propre turpitude dit-on en Droit.
05 h 40, le 09 février 2026