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Les temps forts de la semaine

Chère lectrice, cher lecteur,

Il y a des jours où la culture libanaise avance seule, un sac trop lourd sur l’épaule. C’est ce que pointe Joe Macaron dans ses analyses parues cette semaine dans nos colonnes : un État culturel intermittent, plus prompt à organiser des ateliers qu’à bâtir des structures durables, pendant que la création survit à flux tendu. Depuis des décennies, la culture ne relève pas d’une véritable politique publique. Elle relève de l’instinct. Cela est-il en passe de changer ? À quelques jours de l’annonce par le ministre de la Culture Ghassan Salamé d’une nouvelle stratégie pour les industries créatives, on ne peut que l’espérer.

La disparition de Vénus Khoury Ghata, évoquée avec une élégance retenue par Fifi Abou Dib, rappelle ce que la poésie libanaise savait faire mieux que tout : transformer l’exil et la fracture en langue souveraine, sans slogans ni démonstration. Une poésie en robe de soirée, oui, mais jamais mondaine. Fidèle à la langue comme à une maison perdue.

Et puis cette phrase d’Isabelle Huppert recueillie par Karl Richa — « les artistes n’ont pas l’obligation de militer » — résonne étrangement. Dans un pays où les artistes cherchent à réparer ou dénoncer ce que la politique a brisé, l’idée dérange. Mais elle libère aussi. Tout ne peut pas être assigné à l’urgence, ni sommé d’être utile.

Fin psychologue, Éric-Emmanuel Schmitt a, lui, parfaitement saisi ce présent libanais hanté par la nostalgie. Il le formule avec une précision troublante dans un entretien accordé à Zéna Zalzal : non pas une nostalgie décorative, mais une tension permanente, vivre l’instant avec ce qui a été perdu.
Sa pièce présentée au Festival Al-Bustan les 6, 7 et 8 février, que nous conseillons vivement, compte parmi ces respirations nécessaires.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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