La prison militaire israélienne d'Ofer, en Cisjordanie occupée, le 25 novembre 2023. Photo archives AFP/Montage Céline Bejjani/L’Orient-Le Jour
26 janvier 2025, Liban-Sud. L’armée israélienne doit se retirer des villages frontaliers qu’elle occupe encore, comme le prévoit le cessez-le-feu signé deux mois plus tôt. Les habitants, mais aussi des Libanais d’autres régions, affluent vers les villages frontaliers encore occupés. Mais l’État hébreu ne l’entend pas de cette oreille. Le « retour » tourne au bain de sang. Ce jour-là, les tirs israéliens font 22 tués et 124 blessés. Le lendemain, deux autres personnes perdront la vie sous les balles israéliennes qui font également une vingtaine de blessés. Il faudra attendre le 18 février suivant avant que l’armée de l’État hébreu ne poursuive son retrait, tout en continuant d’occuper au moins cinq positions.
Dans la foulée de ce retrait, un autre drame se déroule : plusieurs Libanais sont enlevés par les soldats israéliens. Ils viennent s’ajouter à la dizaine de personnes capturées durant la guerre. Si certains ont été relâchés quelques jours plus tard, d’autres croupissent toujours dans les geôles israéliennes. Au total, ils sont 20 Libanais identifiés – le sort de plusieurs autres étant inconnu – toujours détenus, dont neuf capturés après le début de la trêve.
Une liste de vingt prisonniers
Le 12 décembre 2025, le président Joseph Aoun reçoit une délégation de l’Association libanaise des prisonniers et des personnes libérées, accompagnée du député du Hezbollah Hussein Hajj Hassan. Le collectif transmet au chef de l’État une liste de vingt prisonniers : neuf capturés après le cessez-le-feu et onze durant la guerre. L’exactitude de la liste, qui a circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias, a été confirmée à L’Orient-Le Jour par plusieurs sources officielles. Du côté du Hezbollah, une source explique que parmi les onze prisonniers capturés durant la guerre, « neuf sont des combattants ». En outre, l’association inclut dans le décompte des civils le capitaine de la marine Imad Amhaz, enlevé en novembre 2024 à Batroun, lors d’une opération d’un commando israélien. Dans des aveux présumés filmés et publiés par l’armée israélienne, le capitaine Amhaz affirme être membre du Hezbollah.
Par ailleurs, selon l’association et la source du Hezbollah, le sort de 38 autres individus demeure « inconnu » depuis la guerre. « Ils pourraient être emprisonnés en Israël, tués ou leurs corps retenus en otage », explique Ahmad Taleb, président du collectif. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) explique à L’OLJ n’avoir toujours « pas eu accès aux lieux de détention en Israël malgré plusieurs demandes en ce sens ».
« Israël n’est absolument pas coopératif »
L’affaire fait partie des dossiers traités par le comité de surveillance du cessez-le-feu (dit le « mécanisme ») qui englobe le Liban, Israël, les États-Unis, la France et la Force intérimaire des Nations unies au Liban, indique une source gouvernementale. La libération de ces prisonniers constitue une revendication libanaise, tout comme le retrait complet de l’armée israélienne et l’arrêt des agressions contre le Liban. « Mais jusqu’à présent, Israël n’est absolument pas coopératif », regrette la source. L’État hébreu n’a en effet toujours pas fourni la moindre information au sujet de ces prisonniers, à l’exception de Imad Amhaz.
Quant aux familles, elles sont dans le flou. Certaines ont pu obtenir des informations au sujet de leur proches grâce à quatre Libanais qui étaient détenus en Israël et qui ont été relâchés le 11 mars 2025, en guise de « geste de bonne volonté » envers le président libanais Joseph Aoun, qui venait d’être élu. D’autres détenus palestiniens qui ont été relâchés en vertu de l’accord de cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, le 10 octobre 2025, ont également pu aider quelques familles dans leur quête. « Un an plus tard, il y a des Libanais qui ne savent même pas qu’il y a des prisonniers en Israël », regrette Fatima Karaki, la sœur de Hussein, enlevé le 26 janvier à Markaba.
Dans la liste de l’association fournie à la présidence, les noms de trois Libanais sortent du lot. Eux seraient dans les geôles israéliennes depuis plus de vingt ans… Yehya Skaff, un membre du Fateh capturé en Israël en 1978 après avoir pris part, la même année, à une opération sanglante près de Tel-Aviv, Abdallah Alyan, enlevé en 1981 de chez lui, à Bayada, et Mohammad Faran, capturé en 2005 au large de Naqoura.


