La destruction à Aïta el-Chaab, le 28 janvier 2025. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
D’abord plutôt calme, cette troisième journée écoulée depuis la fin du délai de 60 jours initialement fixé pour le retrait israélien du Liban-Sud et qui a été finalement prolongé jusqu’au 18 février, s’est terminée dans le feu et le sang pour les habitants du Liban-Sud, avec deux frappes israéliennes sur Nabatiyé. Pendant la journée, plusieurs Libanais retenus prisonniers par l’État hébreu ont été libérés et l’armée libanaise s’est déployée à Yaroun, dans le caza de Bint Jbeil, où l'armée israélienne s'est retirée.
Vers 20h, deux frappes de drones israéliens ont eu lieu à Nabatiyé el-Faouqa, a rapporté notre correspondant Mountasser Abdallah. La première sur la route entre Nabatiyé el-Faouqa et Zawtar, et l’autre à la bifurcation menant vers cette dernière localité. Selon le ministère libanais de la Santé, ces frappes ont fait quatorze blessés. Dans une vidéo parvenue à L'Orient-Le Jour, on peut voir qu'une pharmacie a subi d'importants dégâts. Le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, a condamné les deux frappes israéliennes. « Cette agression constitue une nouvelle violation de la souveraineté libanaise et une transgression flagrante des accords de cessez-le-feu ainsi que des dispositions de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies », a-t-il déclaré dans un communiqué. Il a également indiqué avoir contacté le général américain Jasper Jeffers, à la tête du comité de surveillance du cessez-le-feu, pour lui demander de prendre une « position ferme afin de garantir qu'Israël honorera ses obligations ».
L’armée israélienne a, de son côté, revendiqué les deux frappes, précisant avoir touché deux véhicules qui transportaient des armes du Hezbollah dans la région de Nabatiyé et du Château de Beaufort. C’est la première fois, depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah le 27 novembre, qu’Israël cible le nord du fleuve Litani, alors que le Hezbollah insiste sur le fait que l’accord prévoit son désarmement uniquement au sud du Litani.
Selon l'Agence nationale d'information, la première frappe a visé un pick-up transportant des légumes et des fruits. Cette information n’a pas pu être vérifiée par notre correspondant. « L’ennemi israélien a mené ce soir une agression brutale et sans justification contre nos habitants et nos zones sûres, en violation flagrante de l'accord de cessez-le-feu », a dénoncé le président du conseil municipal de Nabatiyé el-Faouqa, Yasser Ghandour, accusant Israël de cibler « des civils et des innocents ».
La dernière frappe israélienne au Liban-Sud remonte à vendredi dernier lorsqu’un drone israélien a touché la zone de Sadana, située entre Chebaa et Kfarchouba, dans le caza de Hasbaya. Le même jour, un drone israélien a lancé trois bombes sur le quartier el-Arid dans les environs du village Yohmor, dans le caza de Nabatiyé.
Libération de prisonniers
Sur un autre plan, l'armée israélienne a relâché mardi au moins treize Libanais capturés ces deux derniers jours dans des villages frontaliers du Liban-Sud, après que des habitants, par centaines, sont entrés dans ces secteurs sans attendre le retrait israélien, rapporte notre correspondant. Parmi eux, six civils originaires de Bani Hayyan (caza de Marjeyoun), capturés auparavant à Houla et relâchés ensemble. Les six autres, remis à l’armée libanaise, avaient été arrêtés deux jours plus tôt à un carrefour reliant Kounine, Baraachit et Wadi Slouki (caza de Marjeyoun). Selon Chakib Koteiche, président du conseil municipal de Houla, ces derniers incluent trois membres d’une même famille de Houla et deux autres originaires de Mhaybib. Un treizième, un cheikh de Mfaylha, près de Meis el-Jabal (Marjeyoun), a aussi été libéré.
Avec l'habitant de Wazzani (Marjeyoun) libéré lundi soir, le total se monte donc à 14 jusqu’ici. Dans l’après-midi, le Premier ministre sortant Nagib Mikati a confirmé la libération de neuf de ces prisonniers libanais dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu et demandé l'élargissement de neuf autres toujours détenus, selon lui. Selon notre correspondant, le Premier ministre a exclu de son décompte les Libanais qui n’avaient été retenus que pendant quelques heures par l’armée israélienne.
M. Mikati avait indiqué dimanche, avoir demandé aux États-Unis d'œuvrer pour la libération de ces prisonniers, après la prolongation du délai pour l'application du cessez-le-feu qui a mis fin à la guerre entre le Hezbollah et Israël. Dans un communiqué mardi, il a « remercié le Comité international de la Croix-Rouge pour les efforts qu'il a déployés afin de libérer les neuf autres Libanais détenus dans les prisons israéliennes », sans donner de détails sur les personnes libérées ni sur les circonstances de leur détention.
Dans un communiqué, un porte-parole du CICR s'est « félicité de l’annonce de la libération des ressortissants libanais » et a affirmé qu'il restait prêt à jouer son rôle « d'intermédiaire neutre ». Il reste incertain si d'autres civils sont toujours détenus par l’armée israélienne. Lundi, une source proche du Hezbollah avait déclaré à l’AFP que sept combattants du groupe chiite avaient été faits prisonniers par Israël pendant le conflit qui les a opposés.
Blessés par des tirs israéliens
De son côté, l’armée libanaise a entamé mardi son déploiement à Yaroun, dans le caza de Bint Jbeil, sans atteindre encore la place du village où un char israélien est toujours positionné. Ali Touhfa, président du conseil municipal, a fait savoir que les habitants avaient accédé à la périphérie-ouest de la localité sans pouvoir arriver jusqu'au centre. « Les habitants ne reculeront pas tant qu’ils n’auront pas atteint tous les quartiers du village », a-t-il assuré.
Plus tard en journée, l'armée libanaise a annoncé sur son compte X que l'armée israélienne a ouvert le feu en direction de soldats et de civils sur la route reliant Yaroun à Maroun el-Ras, blessant un militaire et trois civils. « Dans le cadre des attaques israéliennes répétées dans les zones frontalières sud, l'armée israélienne a tiré sur des soldats et des civils sur la route reliant Yaroun à Maroun el-Ras. Cette attaque a fait un blessé parmi les militaires et trois civils, alors que l'armée accompagnait les habitants revenant dans les localités frontalières du sud », peut-on lire sur X.
Jusqu'à présent, l'armée libanaise est entrée dans les villages de Aïta el-Chaab, Boustane (caza de Tyr), Deir Mimas, Bani Hayyan, Tallousé et Taybé (caza de Marjeyoun). Elle est également présente de manière partielle à Marwahine (Tyr) et Yaroun (Bint Jbeil). Cependant, les soldats libanais n'ont pas encore pu se déployer dans les villages de Aïtaroun, Ramiyé , Maroun el-Ras (Bint Jbeil), Meis el-Jabal, Houla, Blida, Markaba, Kfar Kila, Wazzani, Rab el-Talathine, (caza de Marjeyoun), Majiyidiyé et Mazraat Sarda (Hasbaya).
Dans le caza de Marjeyoun, l’armée israélienne a provisoirement bloqué la route reliant Taybé et Adaïssé en y disposant des pierres. Après avoir retiré les obstacles, plusieurs jeunes ayant traversé le secteur ont été pris pour cible par des tirs d’armes automatiques, qui ont blessé l’un d’eux à la jambe.
Dimanche, 24 personnes, dont six femmes, avaient été tuées et plus de 100 autres ont été blessées par des tirs de l'armée israélienne alors qu'elles bravaient avec des centaines d'autres habitants les soldats israéliens pour tenter de retourner dans leurs villages dévastés, selon le ministère de la Santé. Dans des circonstances similaires, deux civils ont été tués lundi et 17 autres blessés dont un enfant et un secouriste.
La colère des habitants
Face à ces incidents, la colère des habitants s’est intensifiée. Ceux du village frontalier de Kfar Kila (caza de Marjeyoun) ont bloqué la route de Khardali, au niveau de Deir Mimas, qui relie Nabatiyé à Marjeyoun et puis rouvert l'accès, pour protester contre le report de leur retour sur leurs terres, toujours occupées par l'armée israélienne.
« Nous, habitants de Kfar Kila, déclarons que la route sera bloquée jusqu'à nouvel ordre tant que nous ne serons pas autorisés à entrer dans les quartiers de notre village sinistré afin de récupérer les corps de nos héroïques martyrs qui l'ont défendu au prix du sang », ont-il assuré dans un communiqué. Kfar Kila compte parmi les dernières localités libanaises toujours occupées par l'armée israélienne.
Par ailleurs, dans le même caza de Marjeyoun, l'armée israélienne a démoli à l’aide de bulldozers et incendié plusieurs bâtiments dans la zone de Mfaylha, à l’ouest du village de Meis el-Jabal. Dans le caza de Hasbaya, elle a déclenché au moins deux lourdes explosions à Wazzani. Une opération similaire avait déjà été effectuée la veille dans la même zone.
Aussi, durant la journée, l'aviation israélienne a survolé à basse altitude le Liban-Sud ainsi que de la ville de Baalbeck dans la Békaa.




