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Nos lecteurs ont la parole

« Dieu ajoutera » : signification du prénom Youssef (Joseph)

Il y a un endroit au Liban qui connaît toutes mes blessures, mes angoisses, mes peurs et mes déchirures. Ses murs de pierre ont écouté tous mes amours, mes secrets et m’ont vue pleurer. Découvert lors d’une sortie scolaire vers mes douze ans, le monastère maronite des saints Cyprien et Justine, debout tranquille parmi les arbres sur la colline de Kfifane, est mon refuge.

Vieux de ses quelques siècles, il accueillit un jeune Youssef de la famille Makhlouf de Bkaakafra bien avant qu’il ne devienne saint Charbel. Il y fut l’élève d’un autre Youssef originaire de Hardine qui, bien que déjà connu de son vivant sous le surnom de « saint de Kfifane », prit soin comme tous les bons professeurs de s’assurer que l’élève surpasse le maître et attendit patiemment avant d’être canonisé en 2004, 27 ans après Charbel.

Saint Nehmetallah Hardini aimait les livres et ne choisit pas la souffrance physique pour son chemin de sainteté. Cela me suffit donc pour le choisir comme confident et protecteur dès notre première rencontre. Un saint humain qui me ressemblait.

Un soir de désespoir, en quête de réconfort, je partis rendre visite à Nehmetallah. Il était 22h passées. La salle de la sépulture où il repose était fermée. L’église du monastère fermée. Tout était fermé à part une petite porte en bois sous une arcade de pierre. À l’intérieur, au plus profond de l’obscurité de ma nuit, à travers le flot de larmes qui ne tarissaient pas, mes yeux distinguèrent un visage sur une photo qui me souriait.

Encore un Youssef. Ce Youssef Nehmé de Lehfed auquel j’avais presque toujours tourné le dos, trop pressée de m’agenouiller devant la tombe de saint Nehmetallah. Ce Youssef, moine travailleur qui répétait : « Dieu me voit », devenu le bienheureux Estéphane en 2010, devant qui je balbutiais un « Je vous salue Marie » et un « Notre Père » vite fait parce que je ne savais pas trop ce que je pouvais bien lui dire. Ce Youssef dont le regard rayonnait de bonté combla mon être d’une quiétude mystérieuse et d’un souffle d’espoir.

Est-ce un hasard si Nehmetallah, Charbel et Estephane portaient tous trois, avant d’entrer en religion, le prénom de Youssef ? Et que le monastère où vécut sainte Rafqa soit justement le monastère de Saint-Joseph ? Je ne le pense pas. Saint Joseph, homme silencieux et juste, protecteur de Jésus et de Marie et modèle d’humilité, incarne précisément la spiritualité vécue par ces quatre figures maronites. Comme lui, ils ont privilégié la discrétion à la gloire, le service à la parole, la fidélité aux promesses. Saint Joseph, ce saint presque effacé dans l’Évangile et pourtant essentiel, semble tisser en filigrane une même attitude de cœur : agir sans bruit, aimer sans se montrer et porter le monde sans qu’il le sache.

Sous le regard paternel et bienveillant de saint Joseph, au cœur de la montagne libanaise, dans le monastère de Kfifane loin du vacarme du monde, saint Nehmetallah et le bienheureux Estéphane veillent et recueillent ensemble les sanglots muets des mortels courbés qui viennent le cœur lourd déverser leurs peines et mendier des miettes de miséricorde divine pour survivre ici-bas.

Je suis de ceux-là.

Youmna FARèS

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il y a un endroit au Liban qui connaît toutes mes blessures, mes angoisses, mes peurs et mes déchirures. Ses murs de pierre ont écouté tous mes amours, mes secrets et m’ont vue pleurer. Découvert lors d’une sortie scolaire vers mes douze ans, le monastère maronite des saints Cyprien et Justine, debout tranquille parmi les arbres sur la colline de Kfifane, est mon refuge.Vieux de ses quelques siècles, il accueillit un jeune Youssef de la famille Makhlouf de Bkaakafra bien avant qu’il ne devienne saint Charbel. Il y fut l’élève d’un autre Youssef originaire de Hardine qui, bien que déjà connu de son vivant sous le surnom de « saint de Kfifane », prit soin comme tous les bons professeurs de s’assurer que l’élève surpasse le maître et attendit patiemment avant d’être canonisé en 2004, 27 ans après...
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