Autoportrait dans son atelier. Photo tirée du site web de Rima Amyuni
Sur son site web, l’une de ses toutes dernières œuvres Arums en camaïeux, peinte en 2021 dans une palette quasi monochrome de couleurs éteintes, évoquait déjà ses adieux à la vie. Une vie où la couleur audacieuse, crue, posée en touches épaisses transfigurait la pâleur des jours.
Née au Liban, en 1954, Rima Amyuni s’est éteinte à 71 ans, ce mercredi 14 janvier, des suites d’une maladie qui l’avait empêché de peindre ces dernières années le panorama verdoyant de jardins, d’arbres et de fleurs qu’elle observait depuis ses fenêtres à Yarzé. Une nature vibrante qui l’inspirait inlassablement, infiniment. Et à chaque fois différemment. Des paysages qu’elle peignait durant des heures d’affilés, pour apaiser la douleur d’une certaine inadéquation au monde. Des peintures denses, intensément colorées et d’un figuratif naïf, qui tout en reflétant l’extrême sensibilité de cet être d’intériorité diffusent une énergie chromatique qui fera son succès.

En dépit de ce que pouvait laisser croire la spontanéité de son langage, Amyuni avait suivi une solide formation artistique en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Outre un diplôme en arts plastiques obtenu en 1978 à la Byam Shaw School of Art de Londres, puis un parcours universitaire au British Council en Grande-Bretagne, elle était diplômée de la Columbia University de New York. Elle avait également enseigné à la Beirut University College, à l'Académie libanaise des beaux-arts et à l'Université américaine de Beyrouth (AUB).
Le syndrome de Van Gogh
De retour dans les années 80 dans un Liban en pleine tourmente et destructions, elle s’était réfugié instinctivement dans la peinture des petites choses du quotidien et de la nature. « Elle avait le syndrome de Van Gogh », dira à son propos Amal Traboulsi qui sera sa première galeriste au Liban.
« Mon associé le peintre aquarelliste Martin Giesen avait découvert l’une de ses toiles. La passion qui l’habitait et qui se reflétait dans ses couleurs fortes, vives, directement sortie des tubes m’avait rapidement convaincue de son talent », se souvient-elle.
Son art d’une facture singulière, d’une intensité inhabituelle, lui avait valu en 1995 le prix du musée Sursock à la 18e édition du Salon d'automne.

De sa vie cloîtrée, Rima Amyuni s’inspirait pour imaginer des univers meilleurs. Intérieurs et extérieurs. En témoigne l’exposition qui présentait en janvier 2015, à la galerie Agial, sa série de toiles intitulée A Tribute to a House Fairy. Un travail sur les activités domestiques des « fées du logis » rendant directement hommage au dévouement de son employée de maison.
Outre ces portraits pleins de ressenti, de Rima Amyuni, il restera ses jardins, ses fleurs, ses arbres, ses éternels coins de ciel bleu et même ses maisons libanaises qui, en dépit de la vivacité joyeuse des tonalités, diffusent une vague inquiétude, comme une ambivalence. Entre l’expression d’un éblouissement total et le sentiment d’un danger omniprésent… Cette impression de fauve tapi dans l’ombre d’une nature paradisiaque. Et qui menace ce « grand jardin qui retient son ciel dans ses branches », pour reprendre le titre du magnifique texte de son amie, l’essayiste Dominique Eddé, qui accompagnait sa toute dernière exposition, en 2023, à la galerie Aïda Cherfan.



Merci Zeina pour ce bel hommage à ma sœur Rima. Vous avez très bien capturé l’artiste en elle et son côté angélique. Elle repose certainement dans un monde meilleur et plus serein. Ted Amyuni
21 h 07, le 15 janvier 2026