L’État a beau tenter de prendre ses distances avec « la politique des axes » et chercher à préserver sa souveraineté, il semble que le Liban soit plus que jamais une scène de confrontation entre les acteurs régionaux et internationaux. Les échanges américano-iraniens, lors de la visite à Beyrouth la semaine dernière du ministre des Affaires étrangères de la République islamique, Abbas Araghchi, en sont la meilleure preuve. C’est effectivement à partir de Beyrouth que le ministre a adressé de nombreux messages à Washington concernant d’une part la solidité du régime iranien, malgré la contestation populaire et d’autre part le maintien de son appui au Hezbollah. Les Américains, le président Donald Trump en tête, ont répondu à leur manière, en multipliant les déclarations de soutien aux contestataires, et celles porteuses de menaces au régime s’il a recours à l’oppression, tout en continuant de réclamer le désarmement du Hezbollah.
Cela pourrait rester de simples paroles, mais il faut rappeler que le Liban est une des scènes où les influences contradictoires américaine et iranienne peuvent à tout moment provoquer des frictions par Libanais interposés. Jusqu’à présent, les partisans des uns et des autres ne bougent pas sur le terrain et les forces de l’ordre sont en état d’alerte. Mais la tension reste palpable, ne serait-ce qu’au niveau des médias et de la population. Du côté du pouvoir et du gouvernement, et malgré des positions différentes, la cohésion est préservée. Mais les déclarations dans les médias de partisans du camp pro-américain sur une volonté israélienne, avec le feu vert du président Donald Trump, de chasser le Hezbollah définitivement du Liban provoquent une grande colère au sein de la base populaire de la formation chiite, au point que le moindre incident pourrait entraîner des frictions. Mais selon certaines lectures, les deux camps chercheraient à mesurer leurs forces respectives au Liban avant de décider s’ils veulent aller plus loin ou se diriger vers un accord.
Le conflit ouvert entre les Américains et les Iraniens n’est pas le seul à avoir des répercussions sur l’intérieur libanais. La nouvelle montée de la tension entre la Turquie et Israël, principalement au sujet de la Syrie, suscite aussi des divisions au Liban. C’est d’autant plus grave que les Israéliens sont actuellement en train d’utiliser la carte des minorités en Syrie pour mettre en difficulté le régime d’Ahmad el-Chareh. Ainsi, les Israéliens ne cessent de répéter ces derniers temps qu’ils se considèrent comme les protecteurs des minorités druzes, alaouites, chrétiennes et même kurdes. Cette incitation trouve un écho au Liban, notamment dans le nord du pays, en raison de la proximité entre les fiefs sunnites et alaouites. En effet, si les druzes restent globalement soudés autour de leurs dirigeants, les sunnites et les alaouites semblent plus sensibles aux sirènes de la division, selon certains observateurs. Ce n’est pas ainsi un hasard si, soudain, la question de la présence au Liban d’anciens responsables du régime Assad est devenue un sujet d’actualité au Liban et une nouvelle source de tiraillements internes. Le président de la République, Joseph Aoun, a démenti toute activité d’anciens responsables syriens à partir du Liban, mais cette affaire continue de diviser les Libanais.
Aujourd’hui, il y a encore une nouvelle division qui se profile à l’horizon, celle du conflit ouvert qui a récemment éclaté entre les Saoudiens et les Émiratis au sujet du Yémen. Même si jusqu’à présent, il y a de sérieuses tentatives pour maintenir ce conflit limité au Yémen, il a des répercussions au Liban, où ces deux États ont une grande influence. Leurs partisans respectifs se sentent ainsi un peu perdus et les amis d’hier se retrouvent désormais dans des camps adverses.
Dans un monde en pleine mutation, où les conflits éclatent un peu partout sur la planète, le Liban apparaît plus que jamais comme une caisse de résonance de toutes les dissensions régionales et internationales. Certaines pourraient même mener à une guerre, alors que d’autres pourraient provoquer de nouvelles divisions. Mais, dans tous les cas, on constate de plus en plus un affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale. Désormais, l’absence de conviction quant à un destin commun entre les Libanais n’est plus un indice de la grande diversité. Elle est le signe d’une grande fragilité nationale, même si l’appui populaire dont bénéficie actuellement l’armée constitue un élément positif dans ce tableau assez sombre. Mais ce que disait Ghassan Tuéni sur « la guerre pour les autres au Liban », en pleine guerre civile, semble toujours valable, 40 ans plus tard.


Les Libanais sont divisés et c’est évident. Et Israël paraît comme le refuge des minorités, rôle que voulaient s’accaparer sans succès, aoun et nasrallah. Il ne faudrait pas oublier que les chiites aussi y sont passés, ils formaient le gros des troupes du commandant Lahed contre les palestiniens. Les petits pays ont intérêt à être neutres, sinon ils deviennent des pions aux mains des plus puissants. Il a parfaitement raison le Patriarche de prôner la neutralité. D’ailleurs le pacte national le disait aussi. Mais allez donc en parler à des écervelés sectaires téléguidés et friands de mort.
06 h 25, le 14 janvier 2026