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Lifestyle - Mode

La courbe de ton khôl fait le tour de mon cœur

Lors de sa vingtième session qui s’est tenue le 12 décembre 2025 à New Delhi, le comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco a inscrit le khôl sur sa liste représentative.

La courbe de ton khôl fait le tour de mon cœur

Johnny Depp, alias Jack Sparrow, les yeux soulignés de khôl dans le Pirate des Caraïbes. Photo diffusée par Disney

Parler de ce mélange d’antimoine et/ou de charbon, soufre, gras animal, bitume, plomb, utilisé pour souligner, mais aussi soigner les yeux, c’est évoquer sa présence dans le pourtour méditerranéen remontant à 2000 ans avant notre ère, selon des textes gréco-romains. Loin de se réduire à une simple coquetterie, le khôl a des pouvoirs insoupçonnés. Cet onguent dont la couleur varie du bleu acier au noir profond est issu d’un mélange potentiellement toxique, ce qui lui donnait l’avantage de l’être aussi pour les bactéries qui attaquent la fleur de l’œil et le bord de paupières. D’où l’usage prophylactique qui en était fait par les populations nomades, exposées aux sables et aux éblouissements du désert.

S’il est aujourd’hui inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le khôl ne doit pas cette reconnaissance à sa seule ancienneté. Ce qui frappe, en filigrane de cette inscription, c’est la modernité silencieuse d’un geste ancestral : le khôl est, depuis toujours, un cosmétique sans genre. Bien avant que la notion de « gender fluidity » n’entre dans le vocabulaire contemporain, cette poudre sombre effaçait déjà la frontière entre masculin et féminin. Chez les pharaons, hommes et femmes se fardaient indistinctement les yeux. Ramsès, Toutankhamon ou Akhenaton nous regardent encore, depuis les fresques et les masques funéraires, avec des paupières soulignées d’un noir profond, symbole à la fois de pouvoir, de protection et de sacré. Le khôl intensifiait le regard et conférait une autorité presque surnaturelle.

Un cosmétique né du désert

Cette neutralité du genre s’est prolongée dans les sociétés nomades contemporaines. Chez les Bédouins, l’usage du khôl par les hommes n’a jamais été marginal. Il relevait du soin, de la résistance au climat, mais aussi d’un certain rapport à la dignité. Se khôler les yeux avant un long voyage, une bataille, une négociation ou une cérémonie n’avait rien d’esthétique au sens occidental : c’était préparer son regard comme on fourbit une arme. Dans de nombreuses régions de la péninsule Arabique, du Levant et du Maghreb, les hommes continuent aujourd’hui à utiliser le khôl traditionnel, notamment lors de fêtes religieuses, de mariages ou à la naissance des enfants. Chez les nouveau-nés garçons comme filles, on trace encore parfois une fine ligne protectrice autour des yeux, geste à la fois médical, symbolique et quasi ésotérique.

Le retour du khôl chez les hommes contemporains

Ce qui change, en revanche, c’est le regard porté sur cette pratique. Longtemps relégué à l’intime ou au rituel des boudoirs et des gynécées, le khôl est aujourd’hui revendiqué par des hommes qui assument pleinement sa charge esthétique et politique. Dans le monde arabe, des figures publiques comme certains musiciens de la scène alternative libanaise, palestinienne ou égyptienne arborent le khôl sur scène comme un marqueur identitaire, mêlant héritage local et langage visuel global. Le regard cerclé de noir devient un acte de résistance douce face aux normes virilistes figées.

En Arabie saoudite et aux Émirats, on voit de jeunes artistes, créateurs de mode ou photographes, réintroduire le khôl dans des portraits masculins contemporains, souvent associés à des tenues traditionnelles dont il révèle la puissance graphique.

Nécessaire à khôl indien en argent. Photo Creative Commons
Nécessaire à khôl indien en argent. Photo Creative Commons


La mode et la pop culture ont emboîté le pas. De David Bowie à Prince, de Johnny Depp à Zayn Malik, le trait noir autour des yeux a toujours été un outil de transgression élégante, un moyen de troubler le regard de l’autre. Dans certaines collections masculines de maisons moyen-orientales émergentes, le khôl apparaît comme un héritage repris à sa source orientale, loin des récupérations orientalistes.

Les cultures anciennes savaient déjà que la beauté peut être à la fois soin, symbole, pouvoir et poésie. Le khôl, en ce sens, est une ligne de continuité noire qui traverse les siècles, les sexes, les identités et qui raconte aujourd’hui la persistance des traditions quand leur efficacité a été prouvée et éprouvée au fil des siècles.

Parler de ce mélange d’antimoine et/ou de charbon, soufre, gras animal, bitume, plomb, utilisé pour souligner, mais aussi soigner les yeux, c’est évoquer sa présence dans le pourtour méditerranéen remontant à 2000 ans avant notre ère, selon des textes gréco-romains. Loin de se réduire à une simple coquetterie, le khôl a des pouvoirs insoupçonnés. Cet onguent dont la couleur varie du bleu acier au noir profond est issu d’un mélange potentiellement toxique, ce qui lui donnait l’avantage de l’être aussi pour les bactéries qui attaquent la fleur de l’œil et le bord de paupières. D’où l’usage prophylactique qui en était fait par les populations nomades, exposées aux sables et aux éblouissements du désert.S’il est aujourd’hui inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le khôl ne...
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