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Campus - Innovation

À l’ère du numérique, une historienne de l'USJ fait le pari de réinventer l’enseignement

Avec ses vidéos attirant jusqu’à 114 300 vues, les plateformes de Julie Tegho sont devenues de véritables espaces d’accompagnement éducatif.

À l’ère du numérique, une historienne de l'USJ fait le pari de réinventer l’enseignement

Julie Tegho a créé une page TikTok destinée aux étudiants, tout en développant parallèlement une page Facebook. Photo DR

De nos jours, l’enseignement traverse une profonde mutation. En quelques années à peine, les méthodes traditionnelles ont été bousculées par l’essor des réseaux sociaux. TikTok, YouTube, Facebook et bien d’autres plateformes occupent désormais une place centrale dans le quotidien des jeunes, influençant leur manière d’apprendre et de s’informer. Ce constat s’impose à tous. Il ne s’agit plus de résister à ce changement, mais de l’accepter et de l’adapter. Plutôt que d’interdire l’usage de ces outils, l’enjeu est d’accompagner les jeunes, de leur apprendre à les utiliser de manière constructive et responsable. Mieux encore, pourquoi ne pas investir ces espaces pour les rejoindre là où ils se trouvent, les guider et les rassurer ? C’est dans cette optique que Julie Tegho, enseignante au département d’histoire et relations internationales, à la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Saint-Joseph (USJ), a choisi de franchir le pas. La jeune femme qui détient un doctorat en histoire de l’USJ et un master en études de sécurité, spécialisation en opérations militaires de l’Université de Georgetown (aux États-Unis) nous raconte comment est née l’idée de créer sa page TikTok, sa chaîne YouTube et bientôt une page Facebook, afin de faire de ces plateformes des leviers au service de l’éducation et de la transmission du savoir.

L’essentiel, c’est de faire réfléchir l’étudiant

Dès ses débuts à l’USJ, il y a six ans, Julie Tegho a rapidement compris que les méthodes d’enseignement traditionnelles ne correspondaient plus aux attentes ni aux besoins des étudiants. « Dans les relations internationales, il existe encore une certaine idée de ce que doit être un cours : le professeur parle, l’étudiant prend des notes, comme on le faisait il y a longtemps. Mais cette méthode ne fonctionne plus aujourd’hui », explique-t-elle. Pour elle, certaines disciplines, comme l’histoire ou les relations internationales, sont des matières « vivantes ». Leur objectif ne peut se limiter à la transmission de contenus figés. « L’essentiel, c’est de faire réfléchir l’étudiant. Et pour qu’il réfléchisse, il doit participer », insiste-t-elle.

@your_teacher_bff Vous n'avez pas le temps de refaire le monde en 10 minutes, mais vous pouvez avoir le 20. #grandoral #pourtoi ♬ original sound - Ms Julie. Histoire🗺🪖

C’est ainsi qu’elle a choisi, dès le départ, de concevoir ses cours comme un espace de construction collective. « Je prépare mes cours de manière à ce que l’étudiant construise le contenu avec moi, et non qu’il le reçoive passivement. » Parmi les initiatives marquantes qu’elle a mises en place figure le History Lab. Le principe est simple mais profondément transformateur : tout au long du semestre à l’Université Saint-Joseph (USJ), chaque étudiant choisit une séquence de l’histoire du Liban qui l’intéresse et développe l’ensemble de son projet autour de ce sujet. « Au lieu de raconter les grands chapitres de l’histoire, je voulais les amener à se poser des questions, à comprendre qu’il n’existe pas une seule réponse », souligne-t-elle. Et d’ajouter : « Les étudiants pensent souvent que les historiens donnent des réponses définitives, alors qu’en réalité, ils t’aident à réfléchir. Tous ne sont pas toujours d’accord avec une interprétation. »

Cette philosophie pédagogique place résolument l’étudiant au centre du processus d’apprentissage. Le cours magistral y occupe une place minimale. « Sur un cours de 50 minutes, je fais rarement plus de 10 minutes de magistral », confie Julie Tegho. Le reste du temps est consacré à l’échange, à l’écriture, à la réflexion et à la discussion. « Il faut être à l’écoute des étudiants, respecter le rythme de chacun. Pour éviter l’ennui, je leur demande d’écrire, de rédiger, de formuler leurs idées. » Son objectif est clair, c’est de « dissiper cette idée selon laquelle l’histoire est une matière qu’il faut simplement mémoriser, pour l’aimer ».

Investir les réseaux sociaux

Cette même logique l’a naturellement conduite à investir les réseaux sociaux. Julie Tegho a ainsi créé une page TikTok destinée aux étudiants, tout en développant parallèlement une page Facebook. « L’objectif de mes podcasts est d’aider les élèves à réfléchir, à se préparer aux examens et à l’université », explique-t-elle. Elle y aborde notamment des questions méthodologiques essentielles : comment mener une recherche, structurer une réflexion, rédiger correctement un travail académique. Consciente des nouveaux modes de consommation du contenu, elle a adapté le format à son public. « Alors que les podcasts durent généralement 40 minutes, les miens font entre 12 et 13 minutes, pour ne pas décourager les étudiants », précise-t-elle. Ces capsules ne sont pas de simples résumés de cours. « Ce sont plutôt mes notes de cours, pensées comme des outils pour aider à réfléchir. » Les contenus qu’elle produit sont étroitement liés aux cursus enseignés, et les vidéos reflètent directement les cours partagés en classe. « Je commence toujours par la version audio avant la version vidéo : c’est plus rapide à produire et cela permet d’atteindre les étudiants plus efficacement », dit-elle.

Le succès de cette démarche ne s’est pas fait attendre. Sur les réseaux sociaux, les retours des élèves confirment l’impact réel de cette approche pédagogique. « Cette méthode rassure les élèves, observe Julie Tegho. Même lorsqu’ils prennent des notes en classe, ils ont besoin d’une référence à laquelle revenir. » Sur TikTok notamment, où elle est surnommée « your teacher bff » (votre meilleure amie professeure, NDLR), l’enseignante touche bien au-delà des murs de la salle de classe. « J’ai des élèves qui me suivent partout au Liban, mais aussi depuis Paris. Ils m’écrivent pour me poser des questions, me remercier ou partager leurs bonnes notes », raconte-t-elle. Certains messages viennent même des parents. Avec des vidéos atteignant jusqu’à 114 300 vues, ses plateformes sont devenues de véritables espaces d’accompagnement.

Levier à exploiter intelligemment

Pour Julie Tegho, les réseaux sociaux ne sont pas un obstacle à l’apprentissage, mais un levier à exploiter intelligemment. Alors que de nombreux parents s’inquiètent du temps passé par les élèves sur TikTok, elle invite à changer de regard. « C’est un fait : aujourd’hui, les jeunes font leurs recherches sur TikTok et YouTube lorsqu’ils ont un examen, parfois même avant de poser des questions à leurs professeurs », observe-t-elle. Sur ces plateformes, les jeunes trouvent déjà des contenus éducatifs et des « influenceurs » qui partagent des stratégies de base : « Comment réussir son examen d’entrée, comment bien réussir sur ce sujet. » C’est précisément ce constat qui a nourri son approche en ligne. « Puisqu’ils sont déjà sur TikTok et YouTube et qu’ils l’utilisent comme référence, autant qu’ils reçoivent ces conseils directement de moi, en tant que professeure », justifie-t-elle.

Loin de considérer les réseaux sociaux comme nocifs, Julie Tegho nuance : « Ils peuvent l’être s’ils sont mal consommés. Mais bien utilisés, ils deviennent extrêmement bénéfiques. » Elle constate d’ailleurs, notamment lors de ses directs (lives), un effet apaisant sur les élèves. L’accès direct à l’enseignante les rassure, les aide à structurer leur travail et à prendre confiance. Et d’ajouter : « Il faut arrêter de sous-estimer ces jeunes », affirme-t-elle. Selon elle, l’apprentissage ne peut plus se limiter aux méthodes traditionnelles fondées uniquement sur les livres, les documents et les journaux. « Il faut sortir de ces schémas et aller là où sont les étudiants, avec les outils qu’ils utilisent déjà. »

La rupture opérée par la pandémie de Covid-19 a définitivement marqué la fin de ce que l’on appelle « l’enseignement traditionnel » dit-elle. « Depuis le Covid, on ne peut plus vraiment parler d’un modèle unique fondé uniquement sur le présentiel et le cours magistral », affirme-t-elle. La généralisation de l’enseignement à distance et la possibilité, aujourd’hui, de suivre une licence entièrement en ligne depuis chez soi en sont la preuve la plus tangible. Cette période a mis en lumière une réalité déjà en marche : les élèves de cette génération ne consomment plus l’information comme les générations précédentes. S’ils continuent à fréquenter les bibliothèques et à mener des recherches académiques classiques, leur « grande bibliothèque » est désormais aussi numérique. « Le monde digital offre des ressources immenses », souligne-t-elle, tout en rappelant qu’il existe, comme pour toute chose, des limites à ne pas dépasser. Cette méfiance vis-à-vis des nouvelles sources n’est d’ailleurs pas nouvelle. « À notre époque, on nous mettait déjà en garde contre Google et Wikipédia. Aujourd’hui, le principe est le même, seules les plateformes ont changé », observe-t-elle. Il s’agit donc moins de rejeter ces outils que d’apprendre à les utiliser de manière critique et stratégique. Julie Tegho précise cependant que cela ne signifie pas que tous les enseignants doivent créer des comptes sur TikTok, YouTube ou les réseaux sociaux. « Mais ce qui est certain, c’est que ces plateformes sont extrêmement riches en ressources », note-t-elle.

L’impact de sa plateforme se reflète dans des résultats concrets. Une vidéo, au ton volontairement simple et accessible, a dépassé les 50 000 vues en moins de 48 heures, devenant virale, raconte Julie Tegho. Les retours ont été immédiats : messages, réactions et appels, preuve d’un réel besoin. Une autre vidéo, dédiée à une méthode de préparation des papiers universitaires, a suscité de nombreuses questions. Elle s’est révélée utile aussi bien pour les étudiants de première et deuxième année que pour ceux de troisième année, et même comme base pour des travaux de master ou de doctorat. Deux exemples qui illustrent la portée de son approche accessible, rassurante et profondément adaptée aux réalités des étudiants d’aujourd’hui.

De nos jours, l’enseignement traverse une profonde mutation. En quelques années à peine, les méthodes traditionnelles ont été bousculées par l’essor des réseaux sociaux. TikTok, YouTube, Facebook et bien d’autres plateformes occupent désormais une place centrale dans le quotidien des jeunes, influençant leur manière d’apprendre et de s’informer. Ce constat s’impose à tous. Il ne s’agit plus de résister à ce changement, mais de l’accepter et de l’adapter. Plutôt que d’interdire l’usage de ces outils, l’enjeu est d’accompagner les jeunes, de leur apprendre à les utiliser de manière constructive et responsable. Mieux encore, pourquoi ne pas investir ces espaces pour les rejoindre là où ils se trouvent, les guider et les rassurer ? C’est dans cette optique que Julie Tegho, enseignante au...
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