Une avenue de Zahlé décorée pour Noël le 25 décembre 2025. Photo Philippe HAGE BOUTROS/L'Orient-Le Jour
Malgré l’estompement du vent d’enthousiasme suscité il y a presque un an par l’élection de Joseph à la présidence libanaise et la nomination de Nawaf Salam au poste de Premier ministre, confrontés aux limites de leurs promesses de changement face à la réalité du pays, le PMI, ou indice des directeurs d’achat — un indicateur qui mesure le moral du secteur privé — a terminé l’année relativement mieux qu’il ne l’avait commencé.
Avec 51,2 points en décembre 2025, le PMI a certes perdu un dixième de point par rapport à son score de novembre, mais il affiche cependant un niveau plus élevé que les 50,6 points de janvier de la même année.
L’indice PMI est réalisé via des enquêtes auprès des directeurs d’achat de 400 entreprises locales, selon un modèle et une méthodologie validés à l’international. Un PMI en dessous de 50 points reflète une contraction de l’activité et, inversement, un PMI supérieur à 50 points traduit une expansion. Plus la valeur du PMI augmente ou diminue d’un mois sur l’autre, plus la croissance ou la contraction qu’il reflète est forte.
« Le PMI (libanais) est resté au-dessus du seuil de 50 points pour le cinquième mois consécutif, constituant la plus longue séquence ininterrompue d’expansion de l’activité du secteur privé depuis plus de douze ans. Cette expansion a été principalement portée par la demande intérieure, temporairement renforcée par l’intensification de l’activité économique autour de la visite du Pape à Beyrouth », a commenté l’économiste Jana Boumatar, analyste chez Blominvest.
Ces performances restent modestes — on considère qu’un PMI commence à illustrer une forme pérenne d’optimisme du secteur privé à partir de 55 points —, mais elles restent cependant inédites depuis le lancement de cet indice par Blominvest il y a près de 13 ans. D’autant plus que le PMI a affiché des valeurs supérieures à son point d’équilibre fixé à 50 points durant 7 mois en 2025, alors qu’il ne l’avait fait que trois fois en dix ans avant l’arrivée du tandem Aoun-Salam.
Pessimisme ambiant
Cette petite éclaircie pourrait cependant ne pas durer, faute de véritable essor qui ne soit pas mitigé par les incertitudes liées au contexte interne — doute sur l’adoption des réformes, sur fond de débat sur le projet de loi de restitution des dépôts — et externe : la trêve quotidiennement violée par les bombardements israéliens au Liban, combinée à l’instabilité d’autres foyers sécuritaires dans la région et aux incertitudes de la conjoncture économique mondiale.
« La demande extérieure est restée faible, les nouvelles commandes à l’exportation retombant dans la contraction. Les pressions inflationnistes se sont accentuées (l'Administration centrale des statistiques publiera le taux d'inflation moyen de 2025 d'ici la fin du mois, ndlr), les coûts d’importation et de transport plus élevés ayant fait augmenter les prix des intrants, tandis que les entreprises sont restées prudentes dans leurs recrutements, malgré l’augmentation de la charge de travail », développe Jana Boumatar. « Pour l’avenir, le sentiment des entreprises est resté fermement pessimiste, reflétant des préoccupations persistantes en matière de sécurité, même si l’espoir d’un renouvellement des engagements avec le FMI et d’un soutien extérieur continue de soutenir les attentes de stabilisation à plus long terme », ajoute-t-elle.
Au niveau des sous-indices qui constituent le PMI, celui mesurant la production a pris deux dixièmes (51,9 points), celui des nouvelles commandes en a perdu un (52,2 points), et celui des nouvelles commandes à l’exportation a décroché de six dixièmes et est retombé en dessous de la barre des 50 points (49,6 points).
Le sous-indice mesurant les attentes sur les 12 mois perd également du terrain et continue de traduire le pessimisme ambiant (36,7 points, soit quatre dixièmes de moins qu’en novembre 2025).


