Rechercher
Rechercher

Emails

Dédoublement, et alors ?

Chère lectrice, cher lecteur,

Être entre deux lieux, deux langues, deux métiers, deux scènes. Ne jamais choisir complètement.
Avouons-le : formulé ainsi, on croirait presque lire la bio Instagram idéale d’un artiste contemporain. Et pourtant, cette semaine, les pages culture de L’Orient-Le Jour semblent s’être donné le mot pour raconter exactement cela : l’entre-deux comme mode de vie, le double comme moteur, et le Liban comme terrain d’entraînement permanent.

Il y a d’abord les initiales doubles. B.B. Brigitte Bardot, mythifiée de Los Angeles à Saint-Tropez, rattrapée par la réalité à Beyrouth, puis disparue à 91 ans — ou, comme l’a titré L’OLJ en une, « Et Dieu… reprit la femme ». Tout est là : la légende, la chute, la formule qui scelle un mythe.
Viennent ensuite les artistes pour qui la neutralité n’est pas une option. Mohammad Bakri, lui aussi parti dans un monde meilleur, en savait quelque chose : créer, c’est s’exposer ; se taire, déjà, c’est choisir. L’entre-deux, ici, n’a rien d’un confort.
Et pourtant — paradoxe libanais oblige — le pays sait encore revivre par intermittence. Deux semaines de retrouvailles avec la famille et les amis expats, de salles de concert pleines, de restaurants fully booked, comme un rappel collectif : on peut encore se retrouver, vibrer, se raconter autre chose que la catastrophe. Une respiration brève, mais précieuse.

C’est dans cette zone floue que s’installent les vies doubles. Christine Safa peint entre deux maisons, entre Paris et Beyrouth, sans jamais trancher. Erik Hadifé passe de Wall Street aux rues nocturnes de New York, costume le jour, regard affûté la nuit. Marie-Joe Abi-Nassif jongle entre le droit et l’opéra, plaidant à la barre avant de chanter sur scène. Ici, la double vie n’est ni un caprice ni une posture arty : c’est un art de l’équilibre.
Même les œuvres dialoguent au-delà des frontières. Giacometti relu face au monde arabe, Mona Hatoum à Londres, Marwan à Paris : des échanges à distance, des corps et des mémoires qui se croisent sans jamais se confondre.

On l’aura compris : être libanais, c’est rarement être une seule chose. C’est souvent en être deux. Et, plus encore, habiter ce no man’s land inspirant qu’on appelle l’entre-deux.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut