Le débat sur l’armée de l’État libanais officiel, face à un État parallèle financé et armé par un pouvoir hégémonique régional, accuse la présidence de l’État et le gouvernement et plonge même la diplomate internationale dans la confusion.
De quoi s’agit-il ? L’armée de l’État officiel libanais, dont les sacrifices ne sont pas à démontrer, n’est pas du tout armée prétorienne. Or, dans une approche en psychanalyse politique, tout l’imaginaire libanais, et même étranger, en raison de l’existence de régimes politiques arabes autoritaires, ceux notamment des Assad, de Saddam Hussein, de Kadhafi, de la garde révolutionnaire… est celui de l’armée prétorienne.
L’armée libanaise n’est pas prétorienne, c’est-à-dire composée d’éléments armés qui constituent la garde d’un régime politique autoritaire et qui intervient exclusivement par la force dans la vie de la nation ! On a des exemples flagrants, ceux de l’attaque du régime militaire des Assad à Hama en 1982, les répressions de Saddam Hussein, et les surveillances minutieuses dans chaque habitation et quartier du régime Kadhafi… Or l’armée libanaise a besoin de légitimité d’une large population pour agir avec efficacité et à un coût non exorbitant.
1. Depuis Fouad Chéhab ! Le président Fouad Chéhab, lors de l’insurrection de 1958, a été accusé d’inaction, et même de connivence et d’arrière-pensée pour accéder à la présidence de l’État par sa prudence – vertu fort rare socratique et aristotélicienne – en ce qui concerne l’intervention éventuelle militaire pour mater l’insurrection. Il a dû ensuite s’appuyer partiellement sur l’armée pour la gouvernance du Liban avec des Libanais tels qu’ils sont, accoutumés au « fromagisme » et sans culture minimale de l’État.
2. Les opportunistes et équilibrants libanais. Il ne faut pas que la ferme diplomatie arabe, européenne, américaine, internationale… pour la récupération du Liban-État soit dupe de nos « libanaiseries », suivant l’expression d’Anthony Samrani (L’Orient-Le Jour, 6/1/2025). La faute, la responsabilité, et plutôt les saloperies, ne relèvent pas de la magistrature suprême, du commandement supérieur de l’armée, ni du gouvernement enfin « naturel » de Nawaf Salam, gouvernement qui n’est plus mini-Parlement, mais de larges couches de Libanais qui, suivant l’expression d’une diplomate européenne avant son départ du Liban, poursuivent leurs « manigances » ! Combien de parlementaires soutiennent le serment présidentiel du chef de l’État, la déclaration ministérielle du gouvernement ? Qu’on se rappelle la révolution du Cèdre, après l’attentat terroriste contre le président Rafic Hariri et son convoi, le 14 février 2005, où aucun soldat du régime Assad ne pouvait plus rester au Liban, même sur la bordure du trottoir !
3. Que faire ? Il ne s’agit ni de justification ni de plaidoirie en faveur de l’armée nationale libanaise officielle, qui n’a pas besoin de plaidoirie, mais d’exhortation à cibler désormais la mobilisation nationale et diplomatique en faveur de la récupération de la souveraineté, de l’indépendance et de l’État. Il s’agit de cibler l’action contre des politicards libanais, sociopathes, « fromagistes », équidistants, opportunistes, éventuels présidentiables « maronites » (et nous ne disons pas les maronites) et d’instances communautaires et civiles dont le sale silence, quant au retour au Liban État, devient tonitruant !
Ceux-là, ils vont certainement avec la visite du pape, poursuivre leurs litanies sur le vivre-ensemble. Le vivre-ensemble implique la fin de nos prostitutions avec la souveraineté.
Imaginons quel haut niveau de légitimation bénéfice l’armée nationale si une grande institution d’une communauté chrétienne, qui inclut nombre de présidentiables et ministrables (il ne s’agit pas ici de Bkerké), publie une déclaration explicite, sans ambages à la mode libanaise, pour le ralliement général à la centralité du Liban État, détenteur exclusif de ses attributs régaliens ? Il s’agit là de la « culture de l’État » répétée plusieurs fois dans le discours du chef de l’État lors de la commémoration – et non fête – de l’Indépendance !
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Après la visite du pape au Liban, il s’agit de penser, et repenser, l’Exhortation apostolique proclamée par Jean-Paul II au Liban le 10 mai 1997 où il est écrit : « Ce qu’il faut promouvoir, c’est une nouvelle mentalité » (en italique dans le texte, clause 9) !
Membre du Conseil constitutionnel, 2009-2019
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