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Nos lecteurs ont la parole

Léon XIV et la génération Z

Après la visite du pape Léon XIV qui a laissé un espoir discret dans l’air, Sa Sainteté s’est vu conquérir le cœur de nous jeunes Libanais. Avant son arrivée, et tout au long de son séjour, cette rencontre entre une génération troublée et un pape qui a choisi sa terre comme première visite apostolique était le sujet primordial de nos conversations. Je fais partie de cette génération qui cherche en vain des réponses dans un monde trop rapide et trop bruyant, et pourtant, le calme que j’ai ressenti en sa présence a eu raison de mes appréhensions. Autour de moi, les jeunes du Liban paraissaient happés par ce même souffle, et très vite, par le biais de vidéos sur les réseaux sociaux, j’ai découvert que cette résonance dépassait nos frontières. Comme si, pour une fois, un adulte (et pas n’importe lequel) parlait notre langue. Pourquoi Léon XIV, plus que quiconque, semble-t-il toucher la jeunesse – ici, au Liban, et partout ailleurs ?

Une grave crise économique qui n’en finit plus, l’éternelle instabilité politique et un sentiment d’accablement qui sévit. Telle est la situation d’un exode massif de jeunes Libanais aujourd’hui : une génération qui peut exceller et prospérer mais découragée, abattue et fatiguée d’attendre un avenir qui ne fait qu’être repoussé.

La visite d’un pape n’est jamais anodine. Au Liban, où la communauté chrétienne occupe une place centrale dans l’histoire et dans le tissu social du pays, elle jouit évidemment d’un impact particulier. Arrive alors Léon XIV, porteur d’un message à double lecture : d’un côté, un discours diplomatique, attendu, adressé à l’État et aux responsables politiques ; de l’autre, un message bien plus spontané, rempli d’espoir et d’humanité, destiné aux citoyens et surtout aux jeunes – notamment lors de son discours à Bkerké. Inoubliables sont les cris des jeunes Libanais lorsque le Saint-Père est arrivé dans sa papamobile, le sourire aux lèvres, serrant la main de jeunes élèves et étudiants, enfants et dévoués, inoubliables aussi ceux qui ont retenti en réponse à sa question : « Jeunesse bien-aimée du Liban (...) êtes-vous prêts à être des artisans de paix dans un monde souffrant ? »

Ce qui attire l’attention d’abord chez Léon XIV, c’est son langage. Un langage simple, direct, désarmant, loin des discours codifiés auxquels on associe souvent la fonction papale : il ne parle pas au-dessus des gens, mais avec eux. Il raconte, il partage, il choisit des mots que chacun peut comprendre et surtout ressentir. Il rappelle le cadeau qu’est la condition humaine, sa conscience, sa capacité à éprouver de nombreuses émotions et son pouvoir de dialoguer avec les autres. Dans un monde saturé de discours autoritaires et moralisateurs, cette authenticité fait toute la différence. Ses gestes le reflètent aussi : il serre les mains longuement, regarde les gens dans les yeux, rit facilement.

Sa relation avec les jeunes en est l’illustration la plus éloquente. Ce qui est surprenant et agréable à voir, c’est la simplicité des interactions avec Léon XIV : une blague échangée, des cadeaux toujours acceptés, un enfant qui refuse de lâcher sa robe… Ses expressions passent beaucoup par le regard et ses yeux trahissent souvent l’émotion de la situation. Lors de journées dédiées à la jeunesse, le pape pose des questions autant qu’il y répond, laissant aux jeunes la place de s’exprimer. Sérieux sur le fond, mais jamais rigide dans la forme, Léon XIV alterne entre profondeur et humour, n’hésitant pas à rire de lui-même et à raconter des anecdotes personnelles, ce qui lui vaut aujourd’hui l’admiration – et même l’affection déclarée – de nombreux jeunes sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Aujourd’hui, la génération Z est méfiante envers les institutions, les discours officiels et les figures d’autorité qui promettent tant mais incarnent peu. Elle est profondément allergique aux discours moralisateurs et aux impositions. Ultraconnectée, constamment exposée au monde à travers les écrans, elle n’en demeure pas moins une génération solitairement occupée à chercher un sens dans ce flux, donc beaucoup plus sensible à l’authenticité qu’à l’autorité. Pour la génération Z, Léon XIV est exactement cela, une figure à contre-courant : un leader humain, profondément charismatique, donc « crédible ». Face aux jeunes, il reconnaît la confusion, les doutes, les contradictions et fait en sorte de leur accorder le temps qu’il leur faut. Grâce à cela, on se sent reconnus et compris.

Pour la génération Z, il n’incarne pas une figure religieuse distante, enfermée dans une institution abstraite. Les jeunes ont besoin d’une présence inspirante, familière et rassurante. Ils ont besoin d’une sorte de mentor moderne : un adulte qui accepte de marcher aux côtés d’une génération en quête et qui leur rappelle qu’il est normal de chercher et parfois de se perdre avant de se trouver, sans crainte. Ambitieuse, engagée et qui ne mâche pas ses mots, la génération Z prend le droit d’expression très au sérieux. C’est celle qui s’approprie le message, le transforme, le partage et se bat pour l’ancrer dans le réel. Elle peut très bien devenir le vaisseau par lequel le message du Saint-Père atteint le monde entier.

Lors de son retour à Rome et en réponse à une question posée par une journaliste durant le vol, Léon XIV s’est exprimé sur la tendance à l’individualisme chez les jeunes d’aujourd’hui, qui se demandent : « Pourquoi voudrait-on être Un ? » Rappelant sa devise « In Illo uno unam » (avec Lui nous sommes Un), il insiste sur l’importance de l’unité, l’amitié, le contact humain et la vie en communauté. Il donne l’exemple de personnes, comme au Liban, ayant vécu la guerre et divers autres traumatismes, et souligne la puissance des gestes les plus simples : des étreintes, comme celles qu’il avait échangées avec les victimes de l’explosion du port de Beyrouth, peuvent être un véritable réconfort. Il qualifie ces gestes d’« expressions humaines très saines ». Et choisit de transmettre ces valeurs comme mission aux jeunes, convaincu qu’ils sont les artisans du monde de demain. Être bon, être juste, prendre soin les uns des autres : des principes simples, qui paraissent évidents, mais que l’on oublie trop souvent dans un monde dominé par le cynisme, la performance et l’égocentrisme. Ainsi, la paix n’est pas un concept lointain, mais une responsabilité quotidienne.

Je fais partie d’une génération qui ne croit plus aux héros, encore moins aux figures idéalisées. Mais nous reconnaissons la sincérité quand elle se présente. Léon XIV est l’image même d’un être profondément humain, conscient des fractures du monde et désireux de retisser des liens. Dans une époque marquée par le chaos, la vitesse et la perte de repères, cela suffit peut-être à redonner foi – non pas nécessairement en une institution, mais en l’humanité elle-même.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

Après la visite du pape Léon XIV qui a laissé un espoir discret dans l’air, Sa Sainteté s’est vu conquérir le cœur de nous jeunes Libanais. Avant son arrivée, et tout au long de son séjour, cette rencontre entre une génération troublée et un pape qui a choisi sa terre comme première visite apostolique était le sujet primordial de nos conversations. Je fais partie de cette génération qui cherche en vain des réponses dans un monde trop rapide et trop bruyant, et pourtant, le calme que j’ai ressenti en sa présence a eu raison de mes appréhensions. Autour de moi, les jeunes du Liban paraissaient happés par ce même souffle, et très vite, par le biais de vidéos sur les réseaux sociaux, j’ai découvert que cette résonance dépassait nos frontières. Comme si, pour une fois, un adulte (et pas n’importe lequel)...
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