Un navire au large des côtes libanaises, en mars 2022. Photo d'illustration Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour
L’affaire du navire Hawk III a de nouveau fait parler d'elle ces dernières semaines, suite à une lourde amende infligée à son propriétaire, trois mois après la saisie du vaisseau par les autorités libanaises.
Le pétrolier, qui aurait importé au Liban du carburant russe sous sanctions, a été intercepté par la marine libanaise dans la nuit du 12 septembre. Cette mesure a suivi une décision de justice interdisant au navire de quitter les eaux territoriales libanaises, alors qu'on soupçonne une dissimulation de l’origine du carburant qui aurait été surfacturé au détriment de l’État libanais.
Près de trois mois après l’interception du vaisseau, une amende de 900 milliards de livres libanaises (plus de 10 millions de dollars) a été imposée au propriétaire du navire qui l’avait loué à une autre société avant le début de l’affaire. Bien que le paiement de cette amende permettrait de clôre la procédure, Romanos Mouawad, l’avocat libanais du propriétaire, continue de refuser tout compromis. Entre-temps, le dossier a pris une tournure politique, les deux partis chrétiens rivaux, le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL), se lançant des accusations.
L’enquête, ouverte après la saisie du navire, est toujours en cours. L’Orient Today retrace la chronologie de l’affaire du Hawk III et les positions des principaux protagonistes.
De la falsification à l’interception par l’armée
La société Oceanic commander shipping S.A. a loué le Hawk III à une société basée à Dubaï, Galileo Trading, environ dix jours avant l’arrivée du navire au Liban, le 21 août. Galileo est aussi le fournisseur, ce qui signifie que la société est chargée de se procurer le carburant depuis le pays d’origine. Après acquisition par Galileo, le carburant est importé au Liban puis remis à Sahara Energy, une société également basée à Dubaï, qui participe aux appels d’offres concernant le carburant au Liban depuis janvier 2024. Sahara Energy n'est qu'un intermédiaire, puisqu’elle remet le carburant obtenu au Liban aux autorités libanaises, selon des sources proches de l’entreprise. Une autre société impliquée dans le dossier est S.R. Navigation, qui exploite le navire depuis 2023.
L’affaire a démarré dès l’arrivée du navire en août, lorsque le ministère de l’Énergie a été informé que le carburant importé ne répondait pas aux spécifications requises par Électricité du Liban (EDL) et que son prix avait été surfacturé.
Le 25 août, le ministère de l’Énergie a transmis un rapport au parquet de cassation pour qu’une enquête soit ouverte. Toutefois, le ministère, informé par les douanes qu’aucune interdiction ne faisait obstacle au déchargement du carburant, a décidé de procéder à cette opération pour éviter une coupure générale d’électricité au Liban. Malgré le déchargement, les investigations se poursuivaient et le navire n’était pas autorisé à quitter le territoire libanais. La situation s’est aggravée lorsque l’armée libanaise a intercepté le Hawk III dans la nuit du 12 septembre alors qu’il tentait de s’échapper des eaux libanaises. Trois soldats ont été blessés et 22 personnes à bord ont été arrêtées lors de l’opération.
Un carburant venu de Russie ?
L’enquête porte notamment sur la conformité du fournisseur avec les clauses du cahier des charges, mais surtout sur le pays d’origine du carburant. La justice libanaise cherche à entendre tous les acteurs impliqués : Oceanic commander shipping S.A., Galileo Trading, Sahara Energies et S.R. Navigation.
Bien que, selon les documents transmis au Liban, la cargaison ait été initialement chargée en Russie avant d’être soi-disant déchargée au port de Mersin, en Turquie, pour être remplacée par du carburant turc, la justice libanaise soupçonne que le navire n’a jamais déchargé en Turquie et que le carburant est bien russe.
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le G7 a imposé des sanctions à Moscou, n’autorisant l’achat de carburant russe que si son prix ne dépasse pas un plafond d’environ 45 dollars le baril, bien en deçà du prix du marché international de quelque 62 dollars. En dissimulant la véritable origine de la cargaison, les protagonistes de l’affaire Hawk III sont soupçonnés d’avoir facturé à l’État libanais le prix international tout en ne payant que le tarif plafonné, empochant illégalement la différence.
Concernant les importations depuis la Russie, le gouvernement libanais a répondu à une question adressée par le ministère de l’Énergie en juillet, indiquant qu’il n’existait aucune interdiction d’importer depuis la Russie, à condition de respecter les mécanismes de plafonnement des prix établis pour le pétrole russe. Une source au ministère de l’Énergie a précisé à L’Orient Today qu’avant la réponse ministérielle de juillet, aucune mention du « price cap » n’apparaissait dans les appels d’offres.
Interrogé sur le respect du plafond de prix par le navire, M. Mouawad rétorque que le cahier des charges du ministère de l’Énergie, datant de mai, n’« interdit aucun carburant provenant de Russie ni n’impose de plafonnement du prix sur ce pétrole », le texte précisant uniquement que les importations en provenance d’Israël sont interdites.
Concernant une possible implication du Hawk III et l’origine russe du carburant, des sources proches de Sahara indiquent que l’entreprise a reçu un document attestant l’origine turque du produit, précisant qu’elles ignorent si Galileo a agi autrement. Le propriétaire du navire insiste également sur le fait qu’il n’est pas responsable des actes commis par Galileo lors de l’utilisation de son navire. Nous n'avons pas réussi à joindre Galileo pour un commentaire sur cette affaire.
Tentative de fuite du navire
À propos de la tentative de fuite du Hawk III, son propriétaire indique que S.R. Navigation est la principale société responsable de l’épisode de septembre, précisant qu’il s’agit d’une entité distincte de sa personne. Il ajoute avoir résilié son contrat avec S.R. Navigation à la suite de la tentative de fuite du navire.
Quant à l’amende de 10 millions de dollars, M. Mouawad explique avoir soumis une demande de réconciliation aux douanes avant l’application de la sanction, dans le but de faire lever le séquestre qui frappe son navire. Il précise que cette saisie lui occasionne une perte quotidienne de 35 à 40 000 dollars, qui correspond au tarif journalier de location du navire. Le propriétaire ajoute que les douanes ont répondu à sa demande en précisant qu’elles ne l’accepteraient que s’il « payait une amende de 900 milliards de livres libanaises (environ 10 056 000 dollars) ».
Interrogé sur son intention de régler cette amende, il répond : « Je ne veux pas transiger avec eux en l’état, rien ne m’oblige à accepter la réconciliation qu’ils proposent. Je peux d’ailleurs présenter une nouvelle demande de réconciliation à tout moment. »
CPL contre FL
L’annonce de l’amende a également déclenché une passe d’armes virulente entre l’ancienne ministre de l’Énergie et députée CPL Nada Boustani, et le ministre de l’Énergie Joe Saddi, qui appartient au quota des Forces libanaises au gouvernement.
Mme Boustani a reproché à M. Saddi d’avoir autorisé le déchargement du carburant et accusé des cercles internes du ministère de l’Énergie d’avoir lancé une campagne de diffamation contre l’ingénieur Fawzi Mechleb, un sympathisant du CPL, qui, selon elle, a porté plainte en août, ce qui a conduit à la première perquisition sur le Hawk III. Contactée par L’Orient Today, la députée n’était pas joignable pour apporter des précisions. Pour sa part, M. Saddi précise que la collaboration avec la société importatrice a débuté en 2024, durant le mandat de son prédécesseur Walid Fayad, issu du CPL. Réagissant aux propos de Nada Boustani, une source au ministère de l’Énergie a affirmé à notre rédaction qu’« il n’est pas nécessaire de lui répondre », l’accusant d’instrumentaliser l’affaire à des fins électorales alors que les législatives de 2026 approchent.
Entre-temps, le dossier est désormais entre les mains du juge d’instruction et doit reprendre le mois prochain. Selon M. Mouawad, une audience est prévue le 13 janvier pour interroger un représentant de Galileo.
Cet article a été modifié le 20 décembre 2025 à 14h.





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09 h 25, le 20 décembre 2025