Récemment, avec un ami venu de l’étranger et féru de l’activité culturelle libanaise comme tout Libanais habitant ailleurs et désireux de connaître l’évolution sociale de ses congénères (pas tous sont comme lui !), nous décidions d’aller assister à certaines représentations qui font honneur à notre paysage oriental audiovisuel et théâtral, digne héritier des plus grands metteurs en scène qui promurent la culture libanaise le siècle passé.
C’est ainsi que nous nous retrouvâmes dans une galerie commerciale à glaner deux places dans une salle noire pour assister à un film (forcément !) que j’estimais, dans mon ignorance, être une grande production américaine vu le titre en gros et en gras qui s’étalait sur les murs comme étant l’œuvre magistrale à ne pas rater, que dis-je, le Fellini de la nouvelle génération, la Sofia Coppola de l’anticipation et le Scorsese de l’imaginaire.
Premier choc émotionnel ! C’était un film libanais avec un nom arrangé pour faire original probablement issu d’un jeu de mots tiré d’un métier aux mœurs louches. Mais, comme on dit, il n’y a pas de sot métier.
Je passe outre le scénario qui, et bien que l’effort soit louable pour faire sortir le spectateur des mièvreries guerrières aux pensées existentielles que l’on nous tarabuste depuis trente ans, au lieu de mettre en avant le faste et le savoir-faire sans pareils du Liban, nous fait tomber dans une décadence au-delà de ce que l’imagination peut créer.
Déjà, l’acteur, bien que libanais de naissance mais ayant apparemment vécu aux États-Unis (d’après ce que j’ai cru comprendre), ne parlait qu’anglais ou arabe avec un accent so british.
La question qui m’est venue immédiatement à l’esprit était la suivante : parmi les jeunes pousses aux talents prometteurs issus de nos universités d’audiovisuel, n’y avait il pas un seul capable d’appréhender un tel rôle ? En arabe ? Nous sommes au Liban. Je ne vois pas pourquoi nous devrions aller voir un film où l’on ne parle qu’anglais à 80 %. N’était-ce les rôles secondaires qui n’ont pas démérité frisant l’excellence par leur illustration d’une jeunesse déjantée, on se serait cru dans une petite production américaine inconnue. Nous sommes loin du compte !
Sans compter que les traductions étaient en arabe et… en anglais. C’est vrai que la proportion des sourds-muets qui vont au cinéma est très importante pour mettre des sous-titres dans la même langue. Investir dans des sous-titres en français n’aurait-il pas été plus judicieux ? Enfin, c’est ce que veut le peuple, paraît-il.
Je ne m’attarderai donc plus sur cet échec cinématographique, à mon humble avis. Cela dit, le metteur en scène a été audacieux en essayant de faire un sujet qui sort de nos cordes et en s’attaquant à un thème tabou avec quelques allusions politiques à peine perçues. Rien que pour ça, il mérite notre respect !
Poursuivons notre chemin culturel vers le théâtre, toujours avec le même ami d’ailleurs.
J’étais encore aux représentations de mon enfance, un humour un peu bravache sans trop de lourdeur, mais qui faisait rire tout de même, ou du moins sourire.
Nous entrons dans la salle noire bondée (vu le peu de places, ce n’était pas difficile !) et que le spectacle commence ! Hormis la mise en scène et des acteurs exceptionnels, des personnes aguerries et fondues dans le métier depuis des lustres, quelle ne fut pas ma déception en constatant, une fois de plus, que beaucoup d’anglais avait été inclus dans les dialogues.
Je ne comprends plus rien. Il n’y a plus assez de vocabulaire en arabe pour écrire un texte en entier. Je sais que parfois c’est difficile de trouver les bonnes nuances et que se diriger vers Shakespeare est plus facile. Mais dans ce cas, et je le répète, nous sommes au Liban. Imaginez la Comédie-française en anglais ou la Scala ! en chinois, ce serait la fin du monde. Bon ! Nous sommes loin aussi de ces scènes réputées.
Je déplore, cependant, que les dialogues soient mixés. Ce n’est pas un phénomène de mode. Il faut attirer les jeunes peut-être ? Mais, c’est malheureux ! Pourtant, la pièce est de qualité et le sujet très bien choisi et traité tout en finesse.
Quelques jours plus tard, j’allais voir une exposition dans un de nos grands musées nationaux. De grands panneaux étaient mis pour nous expliquer l’histoire de l’exposition et le pourquoi du comment. Ils étaient écrits en arabe et en anglais. Sachant que l’exposition a débuté en France, je suppose que leurs équivalents en français devaient être présents. Où étaient-ils ? Ne sommes-nous pas le dernier (le seul !) bastion francophone de la région ? Je pense que c’est le minimum de mettre les trois langues. Déjà que ces panneaux, en général, sont très peu lus bien qu’ils soient particulièrement bien écrits par des spécialistes, si, en plus, nous oublions notre patrimoine linguistique, je trouve que nous nous noyons dans la normalité de façon complètement abjecte.
De ces trois exemples, nous tirons les conclusions suivantes : le Liban culturel n’est plus ce qu’il était ; nous oublions notre patrimoine linguistique qu’il soit arabe ou français ; nous avons des gens prometteurs et des talents à exploiter, c’est sur cette nouvelle génération qu’il faut miser. Alors, ne cherchons pas ailleurs.
Évidemment, chers lecteurs, ces avis n’engagent que moi. Dans les trois cas, les personnes qui se sont investies dans ces projets sont des gens, incontestablement, de grande qualité et dont le travail est méritoire. D’autres que moi ont dû sûrement se pâmer devant leur génie et leur inventivité. Je suis, sans doute, encore très classique et habitué à un autre paysage culturel.
Pourtant, je continue à croire dans ce futur culturel. Car le Liban, avant d’être un pays de marchands, avait été un espace ouvert à des milliers de populations, une terre où toutes les richesses et peuplades se sont côtoyés. Ne l’oublions pas ! C’est encore à nous de le faire rayonner.
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