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Société - Droits Des Femmes

Prévenir la violence numérique : proposition de loi de l’association Female au Liban

La députée Halimé Kaakour s’est associée à l’élaboration du texte.

Prévenir la violence numérique : proposition de loi de l’association Female au Liban

Image d’illustration Bigstock

Dans le clip de campagne contre la violence numérique de l’association féministe FEMALE, l’actrice libanaise Rita Hayek apparaît terrifiée par des messages abusifs qui lui parviennent à toute heure. Cette violence, qui se manifeste notamment par des menaces de divulgation de photos ou de renseignements personnels, ou encore des campagnes de diffamation, inflige une souffrance bien réelle, même par écrans interposés. Victime d’une campagne diffamatoire intensive sur les réseaux sociaux lancée par son ex après leur rupture, Sophie* en garde un souvenir douloureux. « Je ne mangeais plus, ne dormais plus, c’était excessivement difficile à vivre », raconte-t-elle à L’Orient-Le Jour.

Pour Hayat Mirchad, secrétaire exécutive de FEMALE, « la violence numérique plonge les femmes dans un état de désespoir ». Elle précise que les victimes sont souvent « des jeunes filles » vivant dans des milieux « sans soutien ». Selon l’association, 78 % des victimes souffrent d’anxiété, de dépression ou de symptômes post-traumatiques, et 20 % des cas finissent par un drame, la violence en ligne se transposant dans la vie réelle. Dans la plupart des cas, l’agresseur est une connaissance, mais certains s’en prennent à des inconnues. « Dans un cas, les enquêteurs ont découvert qu’un homme menaçant de publier des photos d’une jeune fille issue d’un milieu très conservateur sans son voile en faisait chanter 72 autres en même temps ! »

Face à l’absence d’une loi spécifique sur ce type de violence – les agresseurs étant jugés suivant des articles d’autres lois, pour menaces ou harcèlement –, l’association présente un texte de loi indépendant, en raison des « spécificités » de ce phénomène. Élaboré avec la députée Halimé Kaakour, « il est axé sur les femmes car elles sont de loin les plus ciblées et les plus vulnérables », explique celle-ci à L’Orient-Le Jour.

Des chiffres lacunaires

Les statistiques disponibles, bien qu’incomplètes, donnent ainsi une idée de l’ampleur du phénomène. Selon FEMALE, les Forces de sécurité intérieure (FSI) documentent chaque mois près de 300 cas de violence numérique, dont 80 % au moins touchent des femmes et des adolescentes de 12 à 20 ans. L’OLJ a tenté de solliciter les FSI, sans résultat. Mais « on estime que 12 % seulement des cas donnent lieu à des plaintes, et la plupart ne sont pas prises au sérieux par les autorités », selon l’association. Les femmes « craignent de porter plainte de peur des réactions de leurs parents ou des répercussions sur leur réputation, et aussi parce qu’elles n’ont pas confiance dans les solutions proposées », souligne Hayat Mirshad.

Sophie se souvient d’avoir « avoir essuyé des critiques acerbes au bureau de cybercriminalité, l’officier en place ne comprenant visiblement pas la nature de (s)es griefs ». Elle fait néanmoins partie des chanceuses : l’affaire se soldera par un abandon de la plainte contre l’engagement de son ancien compagnon à ne plus s’en prendre à elle. Pour beaucoup cependant, la voie légale est semée d’embûches. « Ces questions ne sont pas traitées avec l’urgence qu’elles méritent, en raison de la bureaucratie et du fait qu’il n’y a qu’un seul bureau de la cybercriminalité au Liban, à Beyrouth, pénalisant les autres régions », souligne Hayat Mirshad.

Une nouvelle loi ?

Le texte de loi proposé par FEMALE définit la violence numérique et prévoit un cadre de protection et de pénalisation : suppression immédiate des comptes incriminés, criminalisation du chantage, des menaces de diffusion de contenus privés, de la diffamation et du cyberharcèlement. Ces actes sont considérés comme de « sérieuses violations de la vie privée, de la dignité et des droits humains », et non plus comme des « atteintes numériques ». La loi introduit des mesures de protection pratiques : canaux de signalement sécurisés, procédures judiciaires accélérées, soutien psychologique, social et juridique, et renforcement des interventions policières.

Deux députés de la contestation, Paula Yacoubian et Michel Doueihy, ainsi que le député Bilal Abdallah, du bloc du Parti socialiste progressiste, ont déjà signé la proposition de loi, indique Halimé Kaakour, ajoutant avoir reçu des promesses de signature de membres des blocs du Hezbollah, d’Amal, des Forces libanaises et du Courant patriotique libre. FEMALE met à la disposition des victimes une ligne verte au numéro 81-111456. L’association y propose son écoute, une aide sociale et psychologique, mais aussi légale au besoin.

*Le prénom a été modifié sur demande.

Dans le clip de campagne contre la violence numérique de l’association féministe FEMALE, l’actrice libanaise Rita Hayek apparaît terrifiée par des messages abusifs qui lui parviennent à toute heure. Cette violence, qui se manifeste notamment par des menaces de divulgation de photos ou de renseignements personnels, ou encore des campagnes de diffamation, inflige une souffrance bien réelle, même par écrans interposés. Victime d’une campagne diffamatoire intensive sur les réseaux sociaux lancée par son ex après leur rupture, Sophie* en garde un souvenir douloureux. « Je ne mangeais plus, ne dormais plus, c’était excessivement difficile à vivre », raconte-t-elle à L’Orient-Le Jour.Pour Hayat Mirchad, secrétaire exécutive de FEMALE, « la violence numérique plonge les femmes dans un état de désespoir ». Elle...
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