« Est considérée comme Libanaise toute personne née d’un père ou d’une mère libanais(e). » Il suffirait d’ajouter le mot « mère » à l’article 1 de la loi libanaise sur la nationalité pour transformer la vie de milliers de femmes et de leurs familles. Car au Liban, ce texte ne mentionne jusqu'à présent que le « père libanais », excluant les Libanaises du droit de transmettre leur nationalité à leurs enfants nés d’un père étranger, ainsi qu'à leur conjoint.
L’article ainsi réécrit figure dans une proposition d’amendement déposée le 2 septembre dernier au Parlement par la députée Cynthia Zarazir (contestation) sous le numéro 156/2025. Ce n'est pas la première tentative d’adapter cette loi, vieille d'un siècle, mais c’est la première à revêtir le caractère de double urgence, a annoncé mercredi la campagne « Ma nationalité, un droit pour moi et ma famille » lors d'une conférence de presse à l'ordre de la presse à Beyrouth.
« Plusieurs propositions se sont retrouvées dans les tiroirs des commissions parlementaires. Nous voulons que celle-ci soit soumise directement à l’Assemblée générale, vu son caractère d’urgence », explique Karima Chebbo, directrice de la campagne. Pour elle, cette urgence s'impose d'elle-même : « Les impératifs de l’égalité n’attendent pas, et les femmes dont les enfants sont nés d’un père étranger ont assez souffert. »
Cynthia Zarazir précise que l’amendement se limite à cette phrase, mais que son impact sera immense. « La Constitution consacre le principe d’égalité entre tous les Libanais dans les droits et les devoirs. Il est temps que la loi sur la nationalité en fasse autant pour les femmes », a-t-elle martelé.
« J’ai tout pris de ma mère sauf sa nationalité »
Car les souffrances engendrées par cette loi sont multiples. Les enfants nés d'un père étranger et d'une mère libanaise sont privés de certains droits, notamment pour étudier ou travailler. Ils doivent aussi régulièrement renouveler leur permis de séjour dans leur propre pays. « C’est une souffrance quotidienne », a lancé Nour, née de pareille union, durant la conférence de presse. « J’ai étudié, travaillé et payé mes impôts ici, mais l’État me fait toujours sentir que je ne suis pas assez libanaise. J’ai tout pris de ma mère, son apparence, son amour du pays, son respect de la loi, mais pas sa nationalité », a-t-elle lâché. Et d’ajouter : « Nous ne voulons plus de slogans creux ni de reports du débat autour de nos droits. »
« Je ne comprends pas ce tabou au Liban », déplore pour sa part Iqbal Doughan, pionnière de la lutte pour les droits des femmes. « Quand nous avons lancé la campagne sur la nationalité, il y a près de 22 ans, plusieurs pays arabes étaient dans le même cas. Aujourd’hui, la majorité a amendé sa loi, mais nous, nous en sommes toujours là. » Pour elle, « si l’argument principal (des autorités) est la crainte des mariages blancs, ils n’ont qu’à renforcer les contrôles, pour les hommes comme pour les femmes, au lieu d'exclure ces dernières de la loi sur la nationalité ».
« C’est de citoyenneté que nous parlons »
Malgré tout, la conférence de presse à laquelle assistaient de nombreuses militantes féministes laisse planer un certain optimisme. Karima Chebbo veut croire à une percée, grâce à la nouvelle gouvernance du pays : « Les principes d’égalité et de droits des femmes que nous défendons sont de nouveau au-devant de la scène », assure-t-elle à L’Orient-Le Jour. Elle redoute toutefois que le Parlement retire au texte son caractère d’urgence et le renvoie en commissions. « Nous avons eu tout le mal du monde à l’inscrire au Parlement, le texte étant systématiquement refusé, jusqu’à ce qu’on apprenne qu’il pouvait être déposé via un notaire, ce qui a facilité son enregistrement », dit-elle.
La directrice de la campagne précise que ce projet est porté par Cynthia Zarazir, les textes à double urgence ne nécessitant pas plus d’un parlementaire pour les présenter. « Beaucoup de députés appuient cette cause, mais la plupart restent prudents, surtout à l'approche des élections, et préfèrent ne pas trop s’afficher », poursuit-elle. Si la loi est votée, « elle sera publiée au Journal officiel avec effet rétroactif ».
Quelle est la prochaine étape ? « Nous devons faire pression pour que le débat figure à l’ordre du jour de la prochaine séance parlementaire », explique Cynthia Zarazir à L’OLJ. Elle craint que la requête soit ignorée plutôt que renvoyée en commissions. « Plusieurs députés appuient déjà le texte. Nous faisons du lobbying pour élargir ce cercle », précise-t-elle. Une fois le texte débattu, « les femmes devront identifier les députés qui soutiennent vraiment leur cause, ce qui devrait influer sur leur vote aux législatives » au printemps prochain, souligne Iqbal Doughan.
Quoi qu’il en soit, Karima Chebbo garde espoir : « Ce nouveau pouvoir fonde son discours sur la citoyenneté, or ce terme, c’est nous qui le portons. Notre combat vise à accorder une citoyenneté pleine et entière à la femme ! Et de conclure : Le pouvoir actuel est attentif à l’opinion internationale. Le Liban fait partie des 24 derniers pays à refuser ce droit aux femmes. Combien de temps continueront-ils à jouer à ce jeu-là ? »



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j'ai épousé une libanaise pour avoir la nationalité ! sans rire mes enfants sont issus pour moitié de cette culture et de cette grande et belle Nation. Ils relèvent tout autant de cette nationalité. Et si c'est ouvert au conjoint, je la demanderai pour moi, et rejoindrai Jean d'Ormesson en l'obtenant en étant né français. Il y aurait pire prédécesseur
20 h 10, le 18 octobre 2025