La soprano franco-libanaise Marie Josée-Matar. Photo Jérémy Torres
Jeudi 11 décembre, à Saint-Sulpice à Paris, la célèbre soprano franco-libanaise Marie-Josée Matar sera, une année de plus, au rendez-vous du concert solidaire organisé par le chef d’orchestre Hugues Reiner. Une fidélité qui prend racine bien plus tôt dans son parcours, lorsque la jeune artiste découvre le chant et la discipline musicale qui façonneront sa vocation.
« J’ai intégré la chorale de l’église Notre-Dame du Rosaire de Ghadir à l’âge de sept ans. Nous ne faisions que de la musique classique et j’y ai reçu une formation équivalente à celle des maîtrises en France », se souvient Marie-Josée Matar d’une voix chantante. Après le conservatoire de Beyrouth, elle s’oriente naturellement vers une licence de musicologie à l’USEK. C’est l’une de ses professeures de chant, la soprano Mihaelia Mingheras, qui va changer le cours de sa trajectoire au fil des différentes masterclasses qu’elle propose aux artistes lyriques libanais(es). « Mihaelia m’a suggéré de poursuivre ma formation en France ; elle m’a même accueillie chez elle plusieurs mois, en 2014, le temps de passer les concours », poursuit vivement la musicienne.
Après plusieurs années de formation au conservatoire de Paris puis à celui de Boulogne-Billancourt, Marie-Josée Matar a pu réaliser son rêve de mener une carrière lyrique, tout en insistant sur la difficulté de « quitter son pays à 22 ans et recommencer à zéro dans une ville où elle ne connaissait personne ». Depuis, les concerts s’enchaînent et la chanteuse a intégré l’ensemble professionnel La Sportelle, rattaché au festival de Rocamadour, avec lequel elle effectue de nombreuses tournées. « La première semaine de décembre, nous avons fait des concerts à Troyes, à Saumur-en-Auxois et à Paris à l’église Saint-Étienne-du-Mont, à l’occasion de la sortie d’un disque de musique de Noël avec le chef et compositeur Owain Park. Le répertoire s’étend du Moyen Âge à la musique contemporaine », poursuit-elle avec entrain.
La musique libanaise n’est pas en reste dans ses concerts. « Début décembre, j’ai chanté avec le compositeur libanais Wassim Soubra, à l’église Saint-Julien-le-Pauvre, pour interpréter ses œuvres, au bénéfice d’une association qui aide les étudiants libanais de l’étranger », précise-t-elle.
Pour son concert du 11 décembre à Saint-Sulpice, le chef d’orchestre Hugues Reiner l’a une fois de plus choisie comme soliste. « Nous avons déjà fait une dizaine de concerts ensemble. Marie-Josée est l’une des meilleures sopranos avec lesquelles je travaille, elle est prodigieuse ! » confie-t-il à L’Orient-Le Jour. « C’est le cinquième concert que j’organise pour faire vivre l’amitié franco-libanaise, en solidarité avec le travail incroyable du père Hani, qui sera présent pour le concert. Avec ‘‘La Cuisine de Mariam’’, il donne un exemple fort à la population française, où règnent la discorde et des combats vraiment inquiétants. L’année passée, le concert solidaire avait connu un succès retentissant et permis de reverser 25 000 euros à son association », souligne Reiner, qui n’a pas choisi le Requiem de Mozart par hasard.
« Le compositeur était encore un jeune homme lorsqu’il a écrit cette dernière œuvre : c’est un exemple formidable de résistance. Il est en train de mourir et nous donne de l’espoir et de l’énergie. Les musiciens de l’orchestre et du chœur viennent de formations différentes, françaises et étrangères. Est également prévue la Cantate Charles de Gaulle, que j’ai composée, et qui sera récitée par son petit-neveu, Laurent de Gaulle », annonce le chef d’orchestre, dont l’œuvre s’appuie sur un discours du général au fort de Vincennes, le 1er novembre 1944. « Il a toute sa place dans la programmation du concert : de Gaulle était un amoureux du Liban. J’ai voulu mettre en valeur un discours qui rend hommage aux jeunes citoyens résistants et emprisonnés, sur le point d’être fusillés », précise-t-il, soulignant le rôle déterminant des musiciens pour parler de paix et d’harmonie.
Répertorier la musique libanaise
Marie-Josée Matar insiste sur sa volonté de chanter et défendre la musique classique libanaise. « J’apprécie les mélodies lyriques dont le texte est en arabe, comme les œuvres de Béchara el-Khoury, Roukoz Sakr, Iyad Kanaan, Houtaf Khoury… Leur écriture occidentale s’inspire de thèmes orientaux, autour de textes arabes de Saïd Akl, Élias Bou Chabké… Je fais beaucoup de festivals avec le pianiste Georges Daccache pour mettre en valeur ce répertoire qui nous tient à cœur. Mon rêve serait d’enregistrer un disque uniquement composé de mélodies libanaises, pour les répertorier et les faire connaître. De nombreuses compositions libanaises ne sont pas enregistrées, et certaines, comme celles d’Iyad Kanaan, n’ont même jamais été créées », poursuit l’artiste lyrique, pleine d’élan.
La soprano tient aussi à programmer des concerts au Liban. Ainsi, dans le cadre du festival al-Milad, organisé par le chef de chœur Fadi Khalil (qui n’est autre que son époux) avec Philokalia, elle proposera le 29 décembre à Rayfoun (résidence Henri Sfeir) un récital, Noël au féminin, accompagné par le pianiste Élie Saouma. « Nous allons interpréter des mélodies de compositrices autour de Noël. Nous referons ce concert à l’Université américaine de Beyrouth (AUB) le 4 janvier, dans le cadre de l’Association Zaki Nassif. Dans la foulée, nous proposerons une masterclass aux musiciens libanais », poursuit-elle. « C’est très important pour moi de garder des projets au Liban, et je m’y engage dès que je peux. En décembre dernier, j’ai chanté une messe jazz avec le chœur de l’USJ. Au printemps, c’était le Requiem de Mozart, au Grand Sérail de Beyrouth, avec le maestro Loubnan Baalbaki », souligne-t-elle.
Mariage et musique : « On partage les aléas du métier, les frustrations et les succès »
Marie-Josée Matar mène sa trajectoire musicale en couple avec le directeur du chœur des Musicales du Liban, Fadi Khalil. Parfois, ils chantent ensemble, comme en novembre dernier, pour l’interprétation de la pièce Fakhreddine, d’Iyad Kanaan, à Paris. « On fait beaucoup de musique ensemble, et on a tous les deux des vies avec beaucoup de déplacements : on se comprend. On partage les aléas du métier, les frustrations et les succès », constate la soprano. « Cette année, nous animons tous les deux des stages pour chanteurs amateurs de l’ensemble La Sportelle : Fadi dirige le chœur et je fais travailler la technique vocale. Nous serons en concert tous ensemble le 17 décembre, à côté de Rocamadour », annonce-t-elle.
Dans son approche musicale, chant et foi sont intimement liés. « Ce que je préfère chanter, c’est la musique sacrée. Au conservatoire, c’est ce que j’ai choisi, plutôt que l’opéra et la scène », insiste la cantatrice. Au quotidien, le chant requiert une grande discipline. « Ce n’est pas facile : on passe son temps à remettre en question sa propre voix. Un jour on est satisfait, le lendemain on est déçu… Psychologiquement et physiquement, il faut être solide. L’hygiène de vie doit être irréprochable : ne pas parler fort, éviter de tomber malade. Il faut connaître son corps, chacun est différent. Certains amis ne boivent pas de lait ou de café pour ne pas endommager leur voix, mais je n’ai pas ce problème. Ce que j’évite, c’est l’alcool », confie-t-elle, soulignant que la voix évolue en permanence. « Je continue à prendre des cours de chant, et le public remarque au fil des concerts quand ma voix change. Je m’en rends compte en réécoutant des enregistrements, mais le plus porteur, c’est le retour des auditeurs, des amis, et puis j’ai un repère à la maison : mon mari ! » ajoute-t-elle avec humour.
Pour le concert du jeudi 11 décembre, Marie-Josée Matar est heureuse de retrouver l’église Saint-Sulpice, où elle a chanté les messes du soir et les obsèques pendant plusieurs années. « C’est un peu la maison. J’aime beaucoup la chapelle de la Vierge, au fond de l’église, récemment restaurée. En plus, le concert est pour le Liban ! » conclut-elle joyeusement.
- Jeudi 11 décembre, à l'église Saint-Sulpice à Paris, concert à l’initiative de l’ A.P.C.O - Agir pour la Paix avec les Chrétiens d’Orient -
- au profit de « La cuisine de Ma
- riam » à Beyrouth – aide à toute personne dans le besoin alimentaire , psychique et médical.
- « Requiem » de Mozart et « Cantate Charles de Gaulle « de Hugues Reiner, avec Marie-Josée Matar : soprano ; Yana Boukoff : alto ; Joachim Bresson : ténor ; Marc Souchet : basse ; Laurent de Gaulle (récitant) ; 400 choristes Paris et Ile de France, choeur et direction Hugues Reiner.




Superbe plume pour superbe voix!
11 h 39, le 10 décembre 2025