Au cours de la conférence de presse de Beirut Chants 2025 : Micheline Abi Samra, Richard Azouri et Toufic Maatouk. Photo L'Orient-Le Jour
Du samedi 29 novembre au mardi 23 décembre 2025, la capitale libanaise renouera avec l’un de ses rendez-vous les plus lumineux : le festival Beirut Chants, devenu au fil des années un véritable calendrier de l’Avent musical. Chaque soir, un concert gratuit ouvert à tous fait vibrer une église, une salle ou un lieu patrimonial de la ville. Dix-huit ans après sa création, ce rendez-vous d’hiver, né dans l’esprit visionnaire de Micheline Abi Samra, demeure un espace de beauté partagée, une manière de rappeler que, même dans l’adversité, la culture peut être une forme de prière. L’inauguration aura lieu à l’église Saint-Joseph de Monnot, cœur historique du festival, avec un concert placé sous le signe de la ferveur et de la gratitude.
« Beirut Chants ravive le battement essentiel de la ville, ce cœur longtemps silencieux. Car lorsque la musique traverse l’âme d’une cité, elle en rétablit l’équilibre », confie sa présidente.
Fidèle à sa vocation d’ouverture, Beirut Chants 2025 propose un programme qui épouse toute l’amplitude du sacré et du sensible, mêlant grands classiques européens, voix libanaises, ensembles chorals et solistes internationaux. Dès la soirée d’ouverture, un hommage sera rendu à Camille Saint-Saëns pour le 190ᵉ anniversaire de sa disparition. Son sublime Oratorio de Noël – œuvre phare du répertoire romantique français, à la fois majestueuse et méditative – sera interprété par les chœurs de l’Université Antonine et de l’Université Notre-Dame de Louaïzé, sous la direction du père Toufic Maatouk, accompagné de solistes internationaux.
La soirée se poursuivra avec Davide Penitente de Mozart, une cantate de repentir aux accents lumineux, rarement donnée à Beyrouth, qui réunit virtuosité vocale et ferveur spirituelle. Le festival fera ensuite la part belle aux dialogues entre les cultures : la violoniste Abigeila Voshtina, et le pianiste Alberto Ferro proposeront le dimanche 30 novembre un récital intime, en partenariat avec la Chamber Music Season de l’Université Antonine. Au programme, la Sonate pour violon n°1 d’Ermanno Wolf-Ferrari, un joyau du répertoire italien de la fin du romantisme et la Sonate de Respighi, l’une de ses œuvres de musique de chambre les plus profondes.
Les amateurs de musique de chambre retrouveront, mardi 2 décembre, le Cremona Quartet, formation italienne réputée pour son interprétation ciselée de Bach et Schubert, un concert, organisé avec le soutien de l’Institut culturel italien.
Le mercredi 3 décembre, la soprano suisse Chiara Skerath et le pianiste né au Brésil Hélio Vida se retrouveront à l’Assembly Hall de l’AUB, en collaboration avec l’ambassade Suisse. L’Europe centrale sera à l’honneur le vendredi 5 décembre avec le pianiste polonais Krzysztof Książek, plusieurs fois récompensé au Concours international Chopin de Varsovie. Son programme, placé sous le signe du romantisme, fera l’honneur à Chopin. Depuis la Belgique, le duo Yossif et Philipp Ivanov – violon et piano – viendra le samedi 6 décembre offrir une performance brillante en partenariat avec l’ambassade de Belgique. Lauréats des concours de Montréal et Reine Élisabeth, les deux frères présenteront un programme virtuose, mêlant Tartini, Fauré, Beethoven et Ravel, où la précision technique se met au service d’une émotion maîtrisée. La violoniste espagnole Leticia Moreno, accompagnée du pianiste Josu de Solaun, apportera le samedi 13 décembre la touche ibérique de cette édition, avec un programme tout en éclats rythmiques et ferveur sensuelle, entre Bach et Beethoven. Enfin, le violoncelliste Emanuel Graf et le pianiste Teo Gheorghiu, invités par la Délégation de l’Union européenne offriront le jeudi 18 décembre un dialogue poétique entre lyrisme et modernité, de Schumann à Strauss, en passant par Beethoven et Chopin.
L’éclectisme du programme témoigne de la ligne artistique de Beirut Chants, qui refuse de choisir entre le répertoire et la découverte. À ses côtés, le festival rend hommage aux artistes libanais qui l’ont façonné : le chœur Saint-Romanos, le chœur byzantin Stephanus, le chœur de l’Université Notre-Dame, l’ensemble vocal libanais Les Solistes de Beyrouth sous la direction de Fernando Afara, Ghada Chbeir, le chœur Philokalia, le Chœur national Fayha, Mario Rahi, Béchara Moufarrej, Marc Reaïdy, Matteo el-Khodr et Firas Andari. Des voix familières qui, d’année en année, incarnent le dialogue entre patrimoine et renouveau.
Un festival dédié à Ziad Rahbani
Cette édition sera placée sous le signe de la mémoire et de la sincérité. Ziad Rahbani y sera honoré « non par un hommage de façade », insiste Micheline Abi Samra, « mais par un geste d’affection et de fidélité ». « Nous dédions cette édition à son esprit, écrit-elle, celui qui nous a appris que la musique n’est ni marchandise ni propriété, mais vérité. »
Le festival s’ouvre aussi à la jeunesse avec Beirut Chants el-Sistema, le programme éducatif dirigé par Richard Azouri. Inspiré du modèle vénézuélien, il offre une formation musicale gratuite à des enfants venus de tout le Liban.
« La musique, explique Azouri, n’est pas seulement un art, mais un acte fondateur, un moyen d’élever et de bâtir une société plus douce, plus lumineuse. » Chaque samedi, des dizaines de jeunes musiciens se retrouvent pour répéter. Ils ont déjà donné plus de dix-huit concerts à travers le pays, de Tripoli à Deir el-Qamar, et participeront à nouveau à la programmation de décembre. Soutenu par l’Unesco, el-Sistema fait de la musique un instrument de cohésion sociale dans un pays encore traversé par les fractures.
En filigrane, Beirut Chants rappelle que la culture reste une nécessité vitale. « Le simple fait que ce festival existe, après toutes ces années, est un acte de foi, affirme Micheline Abi Samra. Il prouve que Beyrouth garde encore le pouvoir de rassembler autour de la beauté et du sens. » Et le père Maatouk de conclure, comme une prière adressée à la ville : « La voix de Beyrouth continuera de chanter, tant qu’il y aura des cœurs pour battre, et des voix pour élever la beauté au-dessus de tout ce qui cherche à la faire taire. »
Sur le site du festival Beirut Chants 2025, retrouvez le programme complet et réservez en ligne.




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08 h 50, le 10 novembre 2025