Un homme brandit une affiche du pape Léon XIV sur laquelle on peut lire « Bienvenue à la Dahiyé du Sayyed Nasrallah », en référence au chef du Hezbollah assassiné, Hassan Nasrallah (dont le portrait figure sur l’affiche au-dessus). Cette photo a été prise dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, le 30 novembre 2025, alors que la foule se rassemble avant l’arrivée du pape. Photo Giuseppe Cacace/AFP
L’atmosphère est électrique dimanche après-midi dans la banlieue sud de Beyrouth. Une semaine après la frappe israélienne ayant tué Haytham Tabatabaï, chef d’état-major du Hezbollah, des familles longent la route principale de Haret Hreik, fermée à la circulation, pour voir le convoi papal de Léon XIV, tout juste arrivé au Liban pour une visite de trois jours. Malgré un ciel lourd et la menace de la pluie, la foule est nombreuse, grossissant de minute en minute. Beaucoup disent répondre à l’appel lancé la veille par le secrétaire général du parti chiite, Naïm Kassem, invitant ses partisans à saluer le souverain pontife à son passage.
« Je suis venu parce que je respecte le pape. Pour moi, (l’ancien secrétaire général du Hezbollah assassiné le 27 septembre 2024 à Haret Hreik par l’aviation israélienne) Hassan Nasrallah et le pape, c’est la même chose », déclare Aymane Danach, qui vit à proximité avec sa femme et sa fille. « J’ai perdu ma maison ici pendant la guerre. J’ai dû la reconstruire deux fois. J’espère que le pape regardera autour de lui en passant pour voir la destruction. »
L’itinéraire entre l’aéroport et le palais présidentiel à Baabda n’a pas été choisi au hasard, alors que des députés avaient récemment appelé le pape à se rendre au Liban-Sud pour y constater les destructions et que plusieurs Libanais sur les réseaux sociaux critiquent le fait que ce déplacement n’ait pas été prévu. Nombreux sur place confient à L’Orient-Le Jour souhaiter prendre le pape pour témoin des ravages infligés par Israël à cette région de la capitale, fief du Hezbollah, lourdement touchée lors du conflit ouvert l’an dernier, afin qu’il apporte un message de paix à un pays épuisé.
« Longue vie au cheikh Naïm »
« Je suis ici pour voir l’arrivée du pape, voir comment il sera accueilli », explique Aly, 25 ans, de Beyrouth. « C’est bien qu’il vienne au Liban pour voir ce qu’Israël a fait », ajoute-t-il. Les frères Nasrallah et Raïd Sibaii, habitants du quartier, partagent ce sentiment : « Nous sommes ici pour accueillir le pape. Nous suivons les instructions de Naïm Kassem. » Venu avec sa jeune enfant, Hassan Tlais est là « pour la paix, parce que nous voulons qu’il apporte un message de paix au Liban, au moment où nous en avons le plus besoin. Nous aimons la vie, pas la guerre, et c’est ce qu’Israël ne comprend pas ».
Présents également le long de la route, les scouts al-Mahdi du Hezbollah, garçons et filles de tous âges, entonnent des chants d’accueil, agitent des drapeaux libanais et de la formation chiite et proclament des slogans tels que « Labayk Nasrallah » et « Longue vie au cheikh Naïm ». Un défilé de ces scouts avait déjà été organisé en 2012 pour accueillir le pape Benoît XVI. Dans une lettre adressée à Léon XIV samedi, le Hezbollah l’a remercié de sa visite et appelé à « prendre des positions dans lesquelles il rejette l’injustice et les attaques » israéliennes sur le pays.

La pluie a fini par tomber peu avant le passage du convoi. Peu importe, personne ne semble s’en soucier. Les téléphones sont levés, les drapeaux sont agités et les acclamations et chants parcourent la foule trempée. « Nous sommes venus voir tout ce vacarme », raconte Ali, 16 ans, aux côtés de son amie Lana, 17 ans, tous deux du quartier de Bourj el-Brajné dans la banlieue sud. « C’est une bonne chose que le pape vienne, peut-être qu’il bénira notre pays et mettra fin aux frappes israéliennes », dit-il.
Finalement, les sirènes retentissent et le convoi papal traverse la rue à toute vitesse. Sans parapluie ni imperméable, la plupart se précipitent vers les immeubles pour s’abriter. Les scouts se regroupent dans le moindre coin sec, poursuivant leurs chants entre eux. L’atmosphère électrique passe lentement de l’anticipation vers une dispersion joyeuse, laissant derrière elle des rues mouillées, encore porteuses des traces du conflit.




« Pour moi, Hassan Nasrallah et le pape, c’est la même chose », ça pique les yeux de lire cette phrase !
15 h 26, le 02 décembre 2025