Léon XIV reçu par Joseph et Neemat Aoun à l'Aéroport international de Beyrouth, le 30 novembre 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Le « messager de la paix » est arrivé au Liban, « terre de la paix ». C'est en ces termes que le président libanais Joseph Aoun a accueilli dimanche soir le pape Léon XIV, au cours d'une cérémonie à Baabda pendant laquelle les discours, du chef de l’État comme du Saint-Père, ont relevé la « persévérance » des Libanais, face aux guerres et aux crises. « Votre Sainteté, dites au monde de notre part que nous ne mourrons pas, que nous ne partirons pas, que nous ne désespérerons pas et que nous ne nous résignerons pas », a ainsi lancé M. Aoun, tandis qu'en écho, Léon XIV soulignait que malgré la « radicalisation » et les conflits, les Libanais « renaissent toujours. »
Le pape était arrivé en provenance de Turquie, où il a passé la première partie de son premier voyage apostolique, à 15h30 à l'Aéroport international de Beyrouth. Son avion, arborant drapeaux du Vatican et du Liban, avait atterri escorté de deux appareils de l'armée libanaise, tandis que résonnaient dans tous le pays les cloches des églises. Le Saint-Père a été reçu avec tous les honneurs dans une tente érigée sur le tarmac pour l'occasion, où l'attendaient un parterre de personnalités politiques et religieuses, en tête desquelles le patriarche maronite Béchara Raï, le président Aoun et son épouse Neemat, le président de la Chambre Nabih Berry, et le Premier ministre Nawaf Salam, accompagnés également de leurs femmes. Tous ont eu l'occasion de s'entretenir avec le Saint-Père dans le salon d'honneur de l'aéroport. Après les hymnes joués par une fanfare militaire et les salutations d'usage, le convoi papal a pris la route vers le palais de Baabda, empruntant des routes bordées de Libanais saluant son passage, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth où des scouts affiliés au Hezbollah étaient rassemblés, et sur l'axe menant au palais.
De la dabké, du riz et des fleurs
L'arrivée au palais présidentiel, où l'attendaient également des dizaines de personnalités politiques rassemblant tous bords et communautés, s'est faite en papamobile sous une pluie battante. Il a été reçu par des danseurs de dabké pour une chorégraphie traditionnelle, ainsi que des cavaliers, tandis que la foule lançait du riz et des fleurs sur le véhicule, comme cela est de coutume lors des grands événements ou célébrations. C'est depuis la célèbre voiture blanche et vitrée qu'il a assisté à un son et lumière sur les murs extérieurs du palais, sur lesquels ont été projetés des images symbolisant son séjour, le Liban et la paix. Il a été ensuite reçu à l'intérieur du bâtiment par le couple présidentiel et leurs petits-enfants - qui lui ont remis un rameau d'olivier et un bouquet de roses blanches -, avant de s'entretenir tour à tour avec le chef de l’État, le président du Parlement (qui lui a offert un livre d'histoire), et le Premier ministre. Les convives ont en outre pu assister à un intermède musical, avec une chorale d'enfants et d'adultes aveugles et sourds qui ont chanté un morceau de Feyrouz.

Le moment très attendu de ce premier jour était ensuite le discours prévu devant la foule des ministres députés et hommes de foi, au cours duquel les deux hommes ont rendu hommage au Liban terre de diversité, réconciliation et résilience, tout en appelant chacun à sa façon les Libanais à rester dans leur pays.
« Nous ne mourrons pas, nous ne partirons pas »
« C’est avec une immense joie que je vous accueille, vous, messager de paix dans la patrie de la paix », a d'emblée lancé Joseph Aoun. « Vous ne visitez pas un pays ordinaire, mais une terre marquée par les pas de l’histoire sacrée », a-t-il ajouté, rappelant les nombreuses mentions du Liban dans la Bible et les saints ayant foulé son sol, dont Saint Charbel. Il a souligné que le pays est « né pour et par la liberté » et qu'il est « un modèle unique de coexistence, où chrétiens et musulmans vivent ensemble, différents mais égaux, dans un système constitutionnel fondé sur l’égalité. »
« C’est cela l’unicité du Liban dans le monde entier. Et c’est sa vocation envers toute la terre », a-t-il insisté, appelant « l'humanité à le préserver, car si ce modèle de vie libre et égalitaire entre les fils de différentes religions venait à disparaître, aucun autre endroit sur terre ne pourrait le remplacer. »
« Nous affirmons aujourd’hui que la permanence de ce Liban est une condition pour l’avènement de la paix, de l’espérance et de la réconciliation entre tous les fils d’Abraham, a-t-il encore plaidé. Votre Sainteté, dites au monde entier que nous ne mourrons pas, que nous ne partirons pas, que nous ne désespérerons pas et que nous ne nous rendrons pas. » « Ce que le Liban rassemble, nul autre endroit sur terre ne peut le contenir. Et ce que le Liban unit, personne ne peut le diviser. », a-t-il affirmé.

« Refermer les blessures pour avancer vers la paix »
Dans sa première prise de parole sur le sol libanais, le souverain pontife a exhorté les Libanais à « rester » dans leur pays, où l'effondrement économique a aggravé l'émigration massive, et appelé à la « réconciliation » pour surmonter les profonds clivages politiques et communautaires. Dans ce discours tenu au palais de Baabda devant les responsables, la société civile et le corps diplomatique, accueilli par des applaudissements, le pape américain a appelé le Liban à « emprunter la voie difficile de la réconciliation » pour refermer les « blessures personnelles et collectives ». « Si elles ne sont pas soignées, si l'on ne travaille pas à une guérison de la mémoire, à un rapprochement entre ceux qui ont subi des torts et des injustices, il sera difficile d'avancer vers la paix », a-t-il mis en garde.
Il a d'ailleurs insisté sur la situation intérieure et la nécessité d’œuvrer pour la « paix » - un mot répété 27 fois - sans évoquer les tensions régionales ni les récents bombardements israéliens. Se penchant sur le thème de sa visite, « Bénis soient les artisans de la paix », il a lancé : « Que veut dire ''être un artisan de la paix+ en temps de conflit'' ? Il faut de la persévérance, et c'est ce qu'avaient noté mes prédécesseurs. Vous êtes un peuple qui n'abandonne rien, et qui persévère. Vous avez beaucoup souffert des conséquences d'une économie qui tue, de l'instabilité mondiale qui a également, au Levant, des répercussions dévastatrices de la radicalisation des identités et des conflits, mais vous avez toujours voulu et su renaître et recommencer ». Et de rappeler que la paix au Liban n’est pas « simplement une abstraction, mais une nécessité quotidienne, un désir et une vocation ».
Le chef de l’Église catholique a encore souligné qu'une paix durable exige de faire face aux « blessures du passé », qu'elles soient « personnelles ou collectives, ou qui demandent de nombreuses années, parfois des générations entières, pour guérir », en référence aux 15 ans de guerre civile (1975-1990). Il a appelé dans cette perspective les dirigeants libanais à « se mettre au service du peuple » et souligné l'importance « d’autorités et d’institutions qui reconnaissent que le bien commun est supérieur à celui d’une partie ».
Évoquant « une hémorragie de jeunes et de familles » quittant le pays, il a reconnu qu'« il arrive parfois qu'il soit plus facile de fuir ou, tout simplement, plus pratique d'aller ailleurs ». « Il faut vraiment du courage et de la clairvoyance pour rester ou revenir dans son pays », a-t-il déclaré. En l'absence de chiffres officiels, le centre de recherche indépendant Information International estime que 800 000 Libanais ont émigré entre 2012 et 2024, pour une population actuelle estimée à 5,8 millions d'habitants, dont plus d'un million de réfugiés syriens.
La solution à deux États et une volonté de médiation
« L’Église ne veut que personne ne soit forcé à quitter son pays », a déclaré Léon XIV, appelant à « offrir des garanties de paix aux jeunes » pour les encourager à rester, bien que cela nécessite « du courage et de la clairvoyance ». Le pape a en outre salué la « capacité particulière des femmes à bâtir la paix » dans les sociétés, avant de quitter Baabda pour la nonciature apostolique à Harissa, où il logera pendant son séjour.
C'est également sur le thème de la paix, cette fois entre les Israéliens et les Palestiniens, que le Saint-Père s'était exprimé avant son arrivée, pendant son vol entre la Turquie et le Liban. Pour lui, la seule solution au conflit « doit inclure un État palestinien ». « Nous savons tous qu'à l'heure actuelle, Israël n'accepte toujours pas cette solution, mais nous la considérons comme la seule possible », avait-il souligné aux journalistes présents à bord de l'avion. « Nous sommes également amis avec Israël et nous cherchons à jouer un rôle de médiateur entre les deux parties afin de les aider à trouver une solution juste pour tous », avait-il ajouté, en italien.





Que votre sainteté soit un phare pour le Liban de mes parents et de mes ancêtres. Vous êtes pour la reconnaissance de la Palestine en un état souverain, n’ayez de cesse de le dire et de le répéter. La paix en Palestine sera celle d’une paix au Sud Liban et la libération des territoires occupés libanais occupés par Israël. Gloire à votre sainteté dans ses homélies. Que votre message de PAIX sillonne tout le Liban et se répercute dans les cœurs de tous les Européens et des Américains. Que le sionisme que combattent les juifs, les chrétiens et les musulmans soit banni d’israël.
07 h 19, le 01 décembre 2025