L'ex-ministre des Télécoms Jamal Jarrah. Photo tirée de l'Agence nationale d'information (ANI)
Deux jours après que la décision de la Cour des comptes d’infliger à quatre anciens ministres des Télécoms le paiement de plus de 35 millions de dollars d’indemnités compensatoires pour des décisions immobilières jugées coûteuses pour les deniers publics a été rendue publique, les anciens ministres des Télécoms Nicolas Sehnaoui et Jamal Jarrah ont réagi le jeudi 27 novembre, contestant les conclusions du jugement.
En 2023, la deuxième chambre de la Cour des comptes avait publié un rapport spécial examinant une série de violations attribuées aux anciens ministres des Télécoms Nicolas Sehnaoui, Boutros Harb, Jamal Jarrah, Mohammad Choucair, Talal Hawat et Johnny Corm.
Selon la décision de la Cour, les violations concernaient deux dossiers immobiliers majeurs : la location de l’immeuble Kassabian à Chiyah, pour lequel l’opérateur public MIC 2 (Touch) a payé plus de 10 millions de dollars de loyers sans jamais occuper les lieux ; et la location (puis l’achat) de l’immeuble de Bachoura (propriété 1526, blocs B et C), acquis par des paiements échelonnés qui comportaient des coûts et des intérêts élevés.
Une décision « injuste », selon Sehnaoui
Nicolas Sehnaoui – en fonction entre 2011 et 2014 et par ailleurs député de Beyrouth I –, qui a été condamné à 8,07 millions de dollars de pénalités pour son rôle dans l’affaire de l’immeuble Kassabian, a dénoncé, jeudi dans une conférence de presse, une décision « injuste », comportant plusieurs « inexactitudes ». Selon la Cour des comptes, il a signé le contrat de location sans lancer d’appel d’offres, malgré des avertissements et des rapports techniques décrivant le bâtiment Kassabian comme étant en mauvais état, inutilisable et dangereux. La cour a estimé que les décisions de M. Sehnaoui avaient finalement conduit au gaspillage de plus de 10 millions de dollars de fonds publics, l’immeuble n’ayant jamais été occupé. M. Sehnaoui a déclaré que son ministère avait mené « des négociations directes avec le propriétaire de l’immeuble (et) accepté de le louer après avoir vérifié que le prix était inférieur aux loyers précédemment payés ».
Commentant ensuite une allégation citée dans la décision de la Cour des comptes, il a affirmé que « le mensonge qui circule et prétend que le bâtiment est fissuré et risque de s’effondrer (est) totalement faux ». L’ancien ministre a enfin contesté la procédure elle-même – « la Constitution dispose que les ministres doivent être jugés par une cour spéciale au Parlement », a-t-il rappelé. « Il existe même un désaccord au sein de la Cour des comptes à ce sujet », a ajouté M. Sehnaoui.
Jarrah conteste une « erreur » d’interprétation
Également mis en cause par la Cour des comptes, M. Jarrah a, lui, choisi le réseau social X pour se défendre. L’ancien ministre (2016-2018) a été accusé d’avoir approuvé la location des blocs B et C de l’immeuble de Bachoura alors que celui-ci était encore en construction – et à des prix presque 30 % supérieurs aux taux du marché. Le ministre avait signé le contrat de location sur une base « Core and Shell », ce qui signifie que la structure et les parties communes devaient être achevées, seuls les travaux d’aménagement intérieur restant à la charge du locataire. La cour a également constaté qu’il avait signé un contrat avec une société privée pour achever la construction et l’aménagement intérieur du bâtiment sans appel d’offres, et à des coûts supérieurs aux niveaux du marché. Selon la juridiction, M. Jarrah a approuvé 22,6 millions de dollars de paiements pour des travaux qui n’auraient pas dû être à la charge de MIC 2, mais plutôt du propriétaire. Il a donc été sommé de rembourser 11,3 millions de dollars au Trésor.
« J’espère que l’interprétation par la Cour des comptes du terme Core & Shell est une erreur non intentionnelle et qu’elle n’est pas destinée à l’offense ou à la diffamation », a déclaré Jamal Jarrah jeudi sur X, estimant que cette juridiction n’a pas tenu compte des spécificités de ce type de contrat et a retenu les règles applicables à des immeubles achevés en ignorant le surcoût lié à son aménagement. Contacté par L’Orient-Le Jour, M. Jarrah soutient que le propriétaire ne devait pas assumer le coût de l’aménagement intérieur, expliquant que, dans le cas contraire, ce dernier aurait pu ne pas correspondre aux besoins opérationnels de Touch. « Si le propriétaire devait livrer un bâtiment entièrement fini, il ne nous l’aurait jamais loué au prix que nous avons obtenu », ajoute-t-il. M. Jarrah affirme qu’il avait négocié le loyer à 6,4 millions de dollars, avec une augmentation annuelle de 1,5 %, après des mois de négociations, le propriétaire ayant initialement réclamé 6,9 millions.
Répondant aux critiques selon lesquelles le loyer était excessif, il affirme qu’il n’y avait « aucun moyen » de trouver un immeuble comparable à un prix inférieur. Quant à l’absence d’appel d’offres pour le contrat d’aménagement (attribué à une société sœur du propriétaire), Jamal Jarrah avance que le calendrier était trop serré : le bail des anciens locaux de Touch était sur le point d’expirer, et le propriétaire refusait d’accorder même une prolongation de deux ou trois mois. Il a ajouté que les employés étaient déjà répartis dans quatre bâtiments différents faute d’espace. L’ancien ministre indique enfin qu’il compte répondre directement à la cour en lui communiquant des « rapports techniques et le calendrier des travaux réalisés, afin de lever toute ambiguïté », sans pour autant exclure un recours devant le Conseil d’État dans les délais prévus.


Pas très covaincante la riposte de nos innocents gouvernants.
05 h 07, le 28 novembre 2025