La coordinatrice spéciale de l’ONU, Jeanine Hennis-Plasschaer. Photo publiée par l'ONU
À l’occasion du premier anniversaire du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, la coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a réaffirmé jeudi que le moment du dialogue entre le Liban et Israël, « c’est maintenant ». Un appel réitéré après un autre similaire déjà lancé la semaine dernière, alors que le président libanais, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, ont à de nombreuses reprises exprimé leur souhait de lancer des négociations avec l'Etat hébreu.
« Le moment des discussions, c’est maintenant. Aucun défi n’est insurmontable. Un avenir prometteur pour tous est à portée de main » a estimé la coordinatrice de l'ONU sur le compte Telegram officiel de son bureau. Elle a souligné que la trêve avait « rapidement réduit l’escalade provoquée par deux mois de combats dévastateurs de part et d’autre de la Ligne bleue », apporté « un souffle d’espoir nourri » et nourri « l’attente de solutions plus durables » dans un contexte régional en pleine transformation. Malgré le renforcement de la présence de l’armée libanaise dans le Sud et des décisions majeures du gouvernement qui ont constitué « les pierres angulaires d’un retour à la normalité, l’incertitude demeure », a-t-elle averti. L'État libanais est accusé par Israël et les États-Unis de tergiverser dans son objectif affiché de désarmer le Hezbollah sur l'ensemble du territoire libanais, conformément à la décision du Conseil des ministres du 5 août dernier. Le parti chiite affirme de son côté s'en remettre à l'État libanais, tout en refusant d'abandonner son arsenal au nord du fleuve Litani.
La responsable onusienne a rappelé que, pour de nombreux Libanais, « le conflit se poursuit, certes à moindre intensité », alors que le Sud reste frappé quasiment tous les jours par des bombardements israéliens, qui sont allés jusqu'à cibler la banlieue sud de Beyrouth dimanche dernier. « Tant que le statu quo perdurera, le spectre de futures hostilités continuera de planer », a-t-elle averti, au lendemain de déclarations du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, qui a mis en garde contre une escalade si le Hezbollah n'était pas désarmé d'ici la fin de l'année. Selon elle, le moment est venu pour les deux parties de saisir « l’urgence et l’opportunité » du contexte actuel : le dialogue et les négociations « ne résoudront pas tout », a-t-elle reconnu mais « permettront d’établir une base des engagements en suspens et d’ouvrir la voie à la stabilité ».
Le Premier ministre Nawaf Salam avait réitéré la semaine dernière que le Liban était prêt à dialoguer avec Israël et solliciterait l'aide des États-Unis pour faciliter les négociations, estimant que les raisons pour lesquelles Tel-Aviv n'a pas encore répondu à cet appel à négocier étaient « un mystère » pour lui. Le président libanais, Joseph Aoun, avait affirmé pour sa part à plusieurs reprises que la négociation reste la seule voie pour rétablir la stabilité dans le Sud et dans le pays. Début novembre, le Hezbollah avait réitéré quant à lui son opposition à son désarmement, et exprimé son refus de « négociations politiques » avec Israël.
Israël « réagira à tout moment et où que ce soit », averti Barrack
Par ailleurs, commentant la situation au Liban dans un article publié pour les un an du cessez-le-feu, l'envoyé spécial américain Tom Barrack a quant à lui affirmé dans un entretien au New York Times publié mercredi, que si Israël perçoit la moindre menace, « il réagira à tout moment et où que ce soit ». « Lorsque les Israéliens repèrent ces hommes (les membres du Hezbollah, ndlr), ils les éliminent aussitôt. On en compte ainsi deux ou trois par semaine qui sont abattus », a-t-il ajouté en référence aux frappes qu'Israël justifie par la nécessité d’empêcher une reconstitution des forces du Hezbollah le long de sa frontière.
M. Barrack a toutefois reconnu que les obstacles au désarmement du Hezbollah sont « considérables », l’armée libanaise ne disposant ni des capacités techniques ni des effectifs nécessaires pour y procéder, alors même qu’Israël exerce des pressions pour qu’elle mène des perquisitions dans des propriétés privées du Liban-Sud. L’institution militaire, éprouvée par six années de crise et par une chute drastique des salaires causée par la dépréciation de la livre libanaise, tente encore de se relever. « Si vous êtes soldat dans l’armée libanaise et que vous gagnez 300 dollars par mois, vous êtes obligé d’avoir trois emplois. Vous êtes chauffeur Uber, barista et soldat », a-t-il déclaré. « Alors, vous frappez à une porte chiite un lundi et vous dites : 'Désolé, je peux descendre dans votre sous-sol et récupérer les AK-47 ?' Et là, vous risquez votre vie », a-t-il poursuivi. Il a néanmoins insisté que « le Liban doit avoir une seule armée au Liban. »
Alors que le président américain Donald Trump propose la création d’une « zone économique Trump » pouvant sortir le Sud de la précarité, un projet qui serait financé par les monarchies arabes du Golfe, M. Barrack, lui, exhorte les dirigeants libanais à « saisir cette fenêtre d’opportunité ». Selon lui, le désarmement du Hezbollah « ferait revenir les Saoudiens et les Qataris, qui ont été échaudés au Liban parce qu’ils ont tenté d’aider, mais que l’argent a fini dans la corruption ».
Des soldats israéliens s'infiltrent en territoire libanais
Sur le terrain, les tensions restent vives en particulier après la frappe dans la banlieue sud de Beyrouth. L’armée israélienne occupe toujours au moins six collines du côté libanais de la frontière et poursuit des bombardements quasi quotidiens - dans cette région et dans la Békaa - qu’elle justifie par la nécessité d’empêcher une résurgence militaire du Hezbollah, soutenu par l’Iran, dans la zone frontalière.
Dans la nuit de mercredi peu après 21h, un véhicule de l'armée israélienne s'est infiltré dans la périphérie de Meis el-Jabal (dans le caza de Marjeyoun), depuis la position israélienne d'al-Assi, rapporte notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah. Des soldats sont descendus du véhicule et ont pénétré en territoire libanais sur environ une centaine de mètres. Ils sont entrés dans une maison qu’ils ont fouillée. Ils se sont ensuite retirés en direction du poste militaire d’où ils étaient partis.
Après minuit, l’armée israélienne, positionnée sur la colline occupée de Hamames (au sud de Khiam, dans le caza de Marjeyoun), a tiré à la mitrailleuse sur les abords de ce village libanais. Des bombes éclairantes ont également été lancées en direction de Markaba (Marjeyoun), depuis Israël, rapporte notre correspondant. Selon des habitants, d’intenses tirs israéliens à l’arme automatique moyenne ont visé les abords de de Kfarchouba, dans le caza de Hasbaya, depuis le poste de Roueissat el-Alam, situé également sur les hauteurs contestées de cette localité.



Une autre S…. qui soutient l’agresseur contre l’agressé. Après Israël le déluge
10 h 00, le 28 novembre 2025