Le président libanais Joseph Aoun s'adressant à la nation à la veille de la fête de l'indépendance dans un discours télévisé depuis le quartier général du commandement du secteur sud du Litani de l'armée libanaise à Tyr. Photo fournie par la présidence libanaise
Les réactions n’ont pas tardé à fuser, samedi, après le message clair adressé vendredi soir par le président Joseph Aoun aux Libanais, mais surtout aux États-Unis et à Israël, à la veille de la fête de l’Indépendance, quelques jours après l'annulation par l'administration Trump de rendez-vous à Washington du commandant en chef de l'armée, Rodolphe Haykal. Le chef de l’État a affirmé depuis le Liban-Sud qu’il était prêt à engager le Liban pleinement et efficacement dans le processus de paix. Des propos qu’il a fait suivre d’une initiative en cinq points adressée « au monde entier », incluant des « négociations définitives » sur la frontière avec Israël. Si certains ont salué les propos du chefs de l'État, d'autres, notamment le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste) Gebran Bassil ont estimé qu'ils étaient insuffisants en l'absence de mesures pratiques sur le terrain.
« Nous apprécions les propos responsables et avisés tenus par le président de la République qui s'efforce de réclamer les droits du Liban ou d'empêcher une guerre civile, mais cela ne suffit pas », a souligné M. Bassil. « L'initiative qu'il a proposée doit être transformée en proposition gouvernementale car le gouvernement lui-même avait promis une stratégie de défense nationale », a-t-il ajouté. Et de renchérir : « cette initiative, qui reflète un sens des responsabilités et une prise de conscience, doit émaner du gouvernement libanais et être une initiative nationale dont la responsabilité incombe au gouvernement libanais, qui a promis au peuple libanais de mettre en place une stratégie de défense nationale. Où en est cette stratégie ? ».
« Vision claire de la libération du Sud »
L’ancien chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, a salué, pour sa part, la vision claire du chef de l’État, en ce jour d’indépendance. « Depuis Tyr, le président de la République Joseph Aoun a présenté une vision claire de la libération du Sud, de la souveraineté de l'État et du monopole des armes. Depuis Tyr, le président de la République a établi la meilleure voie et la meilleure vision pour l’avenir », a souligné le leader druze sur X.
De son côté, le leader chrétien et membre d’une famille politique traditionnelle, Michel Moawad, a remercié sur X le chef de l’État pour ses « positions patriotiques en cette date chère aux Libanais », et pour avoir été fidèle à la mission de son père, l’ancien président René Moawad, assassiné le 22 novembre 1989, « qui voulait que le Liban soit une patrie libre et indépendante, un État fort et juste, capable de protéger la dignité et l'avenir de ses enfants ».
« Il est aujourd’hui de notre responsabilité à tous, État, institutions et forces politiques, de poursuivre sur cette voie afin de construire l'État pour lequel le président René Moawad s'est sacrifié : un État souverain et de droit qui détient le monopole des armes et des décisions stratégiques, et qui applique la loi à tous ses citoyens sans complaisance ni concession ; un État qui mette fin à l'état de guerre imposé au Liban depuis l'accord du Caire, et à ses conséquences, occupations, guerres, tutelles et assassinats qui ont détruit notre patrie et épuisé les Libanais ; un État qui rassemble tous ses citoyens, car la réconciliation nationale, comme l'a dit le président Moawad, n'exclut personne, pas même ceux qui s'obstinent à s'en exclure eux-mêmes ; un État des institutions, de la stabilité, de la croissance et de la prospérité que les Libanais méritent et auxquelles ils aspirent », a souligné Michel Moawad.
Le député dissident du CPL, Simon Abi Ramia, a aussi affiché son « soutien inconditionnel au discours du président de la République, estimant que l’initiative de Joseph Aoun n’est ni « une proposition à débattre » ni « une feuille de négociation », mais une « ligne de démarcation entre un État souverain avec l'aide de la communauté internationale pour mettre fin à l'occupation, et les États qui (…) contribuent à la poursuite de l'occupation, à l'érosion de la souveraineté et au maintien du Liban comme terrain ouvert à la guerre et à l'agression continue ».
Le 18 novembre dernier, les États-Unis ont annulé les rendez-vous à Washington du chef de l'armée libanaise, l'administration Trump étant « exaspérée » par les propos du général Rodolphe Haykal évoquant « les violations de l’ennemi israélien de la souveraineté libanaise qui entravent la poursuite du déploiement de l’armée au Sud ». Elle serait aussi mécontente du peu d’empressement de la troupe pour le désarmement du Hezbollah, selon des propos sur X de plusieurs sénateurs américains. Après le discours du chef de l'État, le président américain, Donald Trump, s'est dit prêt à inviter Joseph Aoun à la Maison Blanche.

