Nasser Kamel, directeur général de l'UPM. Photo fournie par l'UPM
Il y a trente ans, en 1995, naissait le processus de coopération euro-méditerranéenne, conçu pour promouvoir le dialogue et l’action commune des deux côtés de la Méditerranée. Trente ans plus tard, à l’occasion du 10e forum régional de l’Union pour la Méditerranée (UPM) intitulé « Ensemble pour un partenariat euro-méditerranéen plus fort » qui se tient à Barcelone du 22 au 28 novembre, et au cours duquel devraient être annoncées les principales lignes du nouveau Pacte méditerranéen de l’Union européenne (UE), l’heure est au bilan avec Nasser Kamel, directeur général de l’UPM. Après six ans à la tête de cette institution et juste avant la fin de son mandat, M. Kamel explique, à travers cet entretien avec L’Orient-le Jour, pourquoi le sort des pays méditerranéens est si lié.
Quels sont les points forts et les failles qui persistent dans le partenariat euro-méditerranéen, trente ans plus tard ?
En 1995, c’était le moment où le Nord et le Sud ont décidé de travailler ensemble, de créer un espace commun pour une coopération politique, économique et structurelle. À ce niveau, on peut parler du fondement d’une certaine identité culturelle qui a, certes, toujours existé, mais qui dérive désormais d’une volonté politique de faire face aux défis, de rendre la région plus homogène, intégrée et pacifique. Ce processus a instauré un certain sentiment d’espoir, même s’il reste en dessous de son potentiel réel, et même s’il a été retardé par les défis géopolitiques persistants dans la région.
Parmi les failles, il faut citer le sujet tabou, c’est-à-dire la question palestinienne : nous espérions tous trouver une solution juste et équitable à cette question, et cela n’a pas eu lieu, sans compter d’autres grands bouleversements.
À un niveau sectoriel, la plus grande faiblesse reste l’état des lieux économique régional, comme le montre le rapport que nous avons produit récemment avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : malgré l’avancée de ces dernières années, nous restons en dessous de notre potentiel d’intégration économique au sein de l’UE et entre l’UE et le sud de la Méditerranée.
Quels sont les points principaux de la nouvelle vision stratégique de l’UPM dans le nouveau Pacte méditerranéen de l’UE ? Quelles nouveautés comprendra-t-il et quels sont les impacts tangibles qu’il faut en attendre ?
Les priorités sont restées les mêmes : nous continuerons à travailler sur le défi environnemental et climatique, l’impact du tourisme intense qui est une aubaine mais appelle aussi une gestion environnementale stricte, les déséquilibres entre le Nord et le Sud… Mais c’est la méthodologie qui va évoluer, l’UPM sera davantage centrée sur la connectivité entre les pays et entre les économies, car on ne peut faire face aux défis du changement climatique que de manière collective. De même, créer un lien économique me paraît une évidence, car le niveau d’interaction économique reste faible. L’accélération des investissements est incontournable si l’on veut des projets tangibles.
Comment l’UPM a-t-elle contribué à faire entendre les voix méditerranéennes dans les sommets mondiaux sur le changement climatique ?
Les rapports que l’UPM a présentés dans les COP de climat sur deux ans consécutifs, réalisés avec les experts du Medecc, sont les seuls à traiter de l’impact du changement climatique sur une région spécifique. Et ces deux rapports montrent que la région méditerranéenne est impactée en moyenne 20 % de plus que le reste du monde. Les effets sont bien visibles au niveau de la montée du niveau de la mer, l’érosion des zones côtières agricoles, avec un danger évident sur les villes côtières comme en Égypte et au Liban.
Avant la COP27 en Égypte, nous avions réuni les ministres des 43 pays membres, sachant que ceux-ci n’appartiennent pas tous aux mêmes groupes de négociations dans les sommets suivant leur niveau de développement et qu’ils ont parfois des intérêts antinomiques dans la lutte contre le changement climatique. Mais cette réunion avait montré qu’il existe un accord sur les principes, sur la politique et sur les actions à entreprendre. Cette entente forme un socle important dans les négociations internationales à ce sujet.
Dans le cadre des pays membres de l’UPM, quel a été l’apport (positif ou négatif) du Liban jusque-là ? Comment son rôle pourrait-il évoluer dans la coopération méditerranéenne à l’avenir ?
Le Liban, malgré ses problèmes dans les domaines énergétique et autres, a continué à participer à nos activités durant les dernières années. En soi, c’est très positif. Mais les circonstances ne lui ont pas permis de profiter d’une manière optimale de sa participation au sein de l’UPM. Toutefois, je vois les choses évoluer. L’actuel gouvernement a une vision assez dynamique, sur les plans interne et régional. Le principal capital du Liban est son capital humain. Avec tout ce potentiel, il peut apporter énormément à l’UPM. Et nous pouvons lui être utiles sur beaucoup de secteurs et projets.
Sur un plan personnel, alors que votre mandat à la tête de l’UPM prend fin bientôt, quelles sont vos réflexions sur l’importance de consolider les relations inter-méditerranéennes, notamment entre le Sud et le Nord ?
J’ai toujours cru que cette région avait un capital d’interdépendance énorme, même avec les contradictions qui peuvent exister entre ses États membres. Je prends l’exemple de la démographie galopante au Sud, le contraire au Nord. Mais on peut transformer les défis en opportunités.
Notre sort est profondément lié, économiquement, géopolitiquement et dans toutes les problématiques sur lesquelles nous nous penchons. Nous sommes obligés de travailler ensemble et je reste optimiste vis-à-vis de la collaboration méditerranéenne future.




"… La région méditerranéenne est impactée 20 % de plus que le reste du monde par le changement climatique …" - 20% de quoi? ça ne veut rien dire sans les paramètres de comparaison…
18 h 21, le 23 novembre 2025