Joëlle el-Haber. Photo DR
Sept lauréats libanais ont été sélectionnés à la suite de l’appel à projets #Cap Innovation. Un soutien aux jeunes éco-entrepreneurs et innovateurs du Liban, s’inscrivant dans le plan de solidarité pour le pays porté par la secrétaire générale de la Francophonie, dans le cadre du programme international #Cap Innovation – Création, Accompagnement, Propulsion. L’appel présente quatre thématiques : Éducation et compétences pour demain ; Transition écologique ; Culture et numérique ; Engagement et transformation sociale. Il a été lancé par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) dans tous les pays ayant en commun l’usage du français, auprès des 49 États et gouvernements membres de l’Organisation, notamment le Liban. « En concertation avec le ministère libanais de l’Environnement, l’OIF s’adresse à la société civile afin de lui permettre de bénéficier d’un renforcement de compétences dans les domaines du programme Cap Innovation », souligne Nathalie Méjean Heneman, coordinatrice de projets Coopération, médias et société civile.Qu’il s’agisse de produits ou de services, les projets des sept lauréats libanais apportent des solutions écologiques, répondant aux divers besoins des communautés, dans différents secteurs d’activités. « Les jeunes Libanais ont beaucoup de projets au service de leurs collectivités locales. De nombreux projets ont été approuvés, notamment ceux liés à l’autonomisation des femmes et aux activités génératrices de revenus. Dans tout l’espace francophone, les besoins en entreprises traitant de l’environnement et d’écologie sont très hauts », explique Nathalie Méjean Heneman.
Rouba Houssami. Photo Rima Houssami
EcoRide, pour un tourisme écologique et durable
Pour la lauréate Rouba Houssami, titulaire d’un master 2 en tourisme et hôtellerie, l’absence de solutions écologiques en termes de mobilité, « l’accès limité à des expériences locales durables et le besoin de valoriser Beyrouth, ainsi que les régions rurales du Liban » l’ont poussée à lancer EcoRide, un vélo électrique capable de transporter plusieurs personnes, alliant « écologie, tourisme et inclusion ». Passionnée par les projets à impact social et environnemental, elle avoue avoir « toujours aimé découvrir, connecter les gens et créer un lien avec les territoires. EcoRide est né de cette envie de concilier voyage responsable, découverte et utilité sociale », précise Rouba Houssami. Quant aux objectifs de son projet, elle compte, « à court terme, lancer les premiers circuits pilotes et tester l’engagement des utilisateurs, et à long terme déployer EcoRide dans plusieurs régions, créer des emplois locaux et sensibiliser à l’écomobilité ».
Marilyne el-Haddad. Photo Rim Chemaly
Rien ne se perd, tout se transforme ou l’art versus les déchets
Quant à Marilyne el-Haddad, chercheuse et assistante en gestion de projets au HM39 Club, elle a voulu répondre, à travers son projet d’ateliers artistiques valorisant les déchets, aux « défis interconnectés » touchant l’environnement, l’économie et le tissu social du Liban. « Le projet contribue à la protection de l’environnement tout en améliorant la situation financière et le bien-être mental de la communauté », explique-t-elle. Animée depuis son adolescence par le désir de protéger la nature, elle s’est rendu compte plus tard que « la protection de l’environnement ne peut mener à un développement durable que si elle s’appuie sur une approche sociale ». Recherchant un modèle de financement viable, elle a conçu son projet de façon à générer « un impact à la fois social et environnemental, tout en assurant sa durabilité à long terme ». Son initiative vise ainsi à doter « les femmes, les jeunes et les personnes en situation de handicap de compétences pratiques, leur permettant de transformer les déchets en œuvres d’art destinées à la vente ou en matériaux réutilisables pour réduire leurs dépenses quotidiennes ». Sur le long terme, Marilyne el-Haddad souhaite que son projet contribue au développement « d’une communauté capable d’allier protection de l’environnement, inclusion sociale et durabilité économique », tout en promouvant la culture du recyclage et de l’entrepreneuriat vert. À l’instar du nom de son projet, « Rien ne se perd, tout se transforme », cette chercheuse rappelle qu’il nous revient « à nous de décider en quoi nous voulons transformer notre réalité : en opportunité, en espoir et en impact durables ».
Rebecca Liane. Photo DR
AlgaFilter, les algues pour purifier l’air
Proposant un biofiltre à base d’algues pour le traitement de la pollution de l’air, nommé AlgaFilter, Rebecca Liane, qui termine son master 2 en génie de l’environnement à l’Université libanaise, souligne que son projet répond à « l’urgence d’améliorer la qualité de l’air au Liban et de protéger la santé des citoyens ». La pollution de l’air est un problème croissant dans le pays, entraînant de nombreux problèmes respiratoires et de santé publique. La lauréate explique que ce système naturel utilise les capacités dépolluantes des algues pour capter le dioxyde de carbone, les particules fines et autres polluants atmosphériques, tout en produisant de l’oxygène. Jeune ingénieure en environnement, engagée et passionnée par les écosystèmes marins, Rebecca Liane explique avoir été particulièrement motivée par l’idée de trouver une solution provenant de la mer pour traiter un problème de l’air. « Cette initiative reflète mon intérêt pour des solutions innovantes et durables qui ont un impact réel sur notre cadre de vie », précise-t-elle. Avec pour premier objectif de développer et de tester un prototype fonctionnel d’AlgaFilter, elle souhaite dans une phase ultérieure le rendre « accessible dans différents espaces publics et industriels au Liban, pour améliorer durablement la qualité de l’air et contribuer à la protection de la santé des citoyens ».
Jar ou les produits du terroir revisités
Dans le secteur de l’agroalimentaire traditionnel, Joëlle el-Haber, titulaire d’un diplôme en biochimie de l’Université libanaise et d’un master du CNAM en génie des procédés chimiques, a axé son projet nommé Jar sur la valorisation des confitures du terroir à haute valeur nutritive, en développant « tant le contenu que le contenant », après avoir constaté un manque d’offre, « en termes de présentation et de choix culinaires innovants ou sains », et remarqué également qu’ils sont parfois « difficiles d’accès ». De nombreuses femmes rurales, expertes dans la préparation de ces produits, rencontrent des difficultés à accéder au marché malgré leur expertise culinaire très avancée. Cette lauréate explique ainsi que la collaboration avec les femmes vise non seulement à mettre en lumière leur expertise, mais aussi à les aider à avoir de nouveaux débouchés, tout en répondant à divers besoins du marché. Son ultime objectif, développer « une marque locale authentique, explorer d’autres produits artisanaux et étendre sa présence à l’international ».
Les formations, un tremplin pour développer les projets
Parmi les autres projets libanais sélectionnés figurent celui de Hassan Malkanany, EcoTank, un système de collecte et stockage d’eau de pluie avec désinfection UV solaire, répondant aux défis de l’accès à l’eau potable ; celui de Joe Fakhry, Cideria, qui soutient la production locale de vignobles traditionnels et les agriculteurs de la région face aux défis du changement climatique ; ainsi que celui d’Edward Sfeir, La Science a la solution, qui forme des jeunes au journalisme scientifique de solution, et qui consacre une rubrique dédiée aux initiatives écologiques locales et créatrices d’emploi, dans le média scientifique libanais « 961 Scientia ».
Durant le mois de septembre, les sept jeunes Libanais ont par ailleurs suivi le programme d’accompagnement de l’initiative #Cap Innovation, bénéficiant de formations en ligne. Axées sur la communication et l’influence, le commercial et le marketing, la finance et la comptabilité, ainsi que sur les ressources humaines, ces quatre grandes thématiques leur ont permis d’acquérir des compétences indispensables pour structurer leurs projets. Dans le cadre de cet accompagnement collectif et individualisé, les lauréats libanais ont également bénéficié d’un appui visant à transformer leurs idées en projets viables. « Au-delà de leur participation aux formations, les jeunes entrepreneurs sont également appelés à produire des livrables qui illustrent leur progression et la maturité de leurs projets », note Nathalie Méjean Heneman. Il s’agira ainsi de préparer une vidéo-pitch de 90 secondes autour de son projet et de son parcours, de concevoir un pitch deck, véritable carte de visite de son initiative, et de fournir des justificatifs relatifs à la création de son entreprise ou attestant des démarches poursuivies. « Ils vont bientôt entrer dans une phase d’accompagnement renforcé afin d’affiner leur stratégie et de consolider le potentiel de leurs initiatives, grâce à un mentorat qui sera mis en place dans les prochaines semaines », conclut-elle.



Bravo, la force et le talent sont au rendez-vous.
21 h 58, le 20 novembre 2025