L'ambassadeur américain aux Nations unies, Michael Waltz, votant en faveur de la résolution soutenant le plan de Trump pour Gaza, à New York, le 17 novembre 2025. Photo REUTERS/Eduardo Munoz
Au terme d’un vote exceptionnel - 13 voix pour, aucun veto, deux abstentions russes et chinoises - le Conseil de sécurité a adopté lundi soir la résolution 2803, qui entérine le plan américain pour la stabilisation de Gaza après deux années de guerre. Soutenu par plusieurs puissances arabes, ce texte institue une gouvernance internationale transitoire, une force de stabilisation chargée de démilitariser l’enclave, et une reconstruction placée sous supervision internationale. Entre prudence française, triomphalisme américain et réserves russo-chinoises, la résolution ouvre un cadre inédit, sans dissiper l’incertitude entourant l’avenir politique palestinien.
Le plan américain au centre du jeu diplomatique
La résolution 2803 entérine le plan américain en 20 points, négocié par Washington avec les médiateurs égyptiens, qataris et turcs. Le texte prévoit un cessez-le-feu consolidé, un retour progressif des otages, la démilitarisation totale de Gaza et l’établissement d’une administration transitoire appelée « Conseil de la paix » (Board of Peace, BoP, en anglais), présidée par Donald Trump et chargée de superviser la reconstruction et de préparer le retour ultérieur d’une Autorité palestinienne réformée.
Le vote a constitué une rupture diplomatique majeure : la Russie et la Chine, longtemps prêtes à opposer un veto sur Gaza, se sont abstenues. Moscou a pourtant dénoncé un texte « flou » et « imposé ». Son ambassadeur Vasily Nebenzya a parlé d’« une journée triste pour le Conseil », estimant que Washington avait « tordu les bras » de plusieurs délégations. Pékin a exprimé des réserves similaires sur l’absence de garanties explicites concernant l’État palestinien. Les treize autres membres, y compris la France, ont voté pour.
Washington revendique une victoire stratégique
Le représentant américain, Michael Waltz, a présenté le vote comme un basculement historique. « Merci de vous être joints à nous pour tracer une nouvelle voie au Moyen-Orient », a-t-il lancé au Conseil, saluant la coordination avec l’Égypte, le Qatar, la Jordanie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Indonésie et le Pakistan. Selon l’ambassadeur Waltz, la résolution pose « une voie réelle, concrète et opérationnelle vers une paix durable ». Il a insisté sur le rôle central du Conseil de la paix, « pierre angulaire » du dispositif, chargé de coordonner l’aide humanitaire, la reconstruction et la mise en place d’un comité technocratique palestinien apolitique.
Au sujet de la Force internationale de stabilisation, il a assuré qu’elle « stabilisera l’environnement sécuritaire, démantèlera l’infrastructure terroriste, mettra hors d’usage les armes et protégera les civils palestiniens ». M. Waltz a en outre estimé qu'« un vote contre cette résolution aurait été un vote pour un retour à la guerre. » Dans sa déclaration à la presse à l’issue du vote, il a martelé que « l’ONU a prouvé qu’elle pouvait redevenir un phare pour la paix » et que, sous l’impulsion de Donald Trump, « une région stable, sûre et prospère est enfin à portée de main ».
Le président américain Donald Trump a salué l'adoption de la résolution 2803, qui entraînera selon lui « davantage de paix dans le monde ». « Cela restera comme l'une des approbations les plus importantes de l'histoire des Nations Unies », a réagi le président américain sur Truth Social, remerciant les pays siégeant au Conseil de sécurité, y compris la Russie et la Chine.
Guterres appelle à passer aux « actes », la France apporte un soutien prudent
Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a de son côté accueilli la résolution comme « une étape importante » pour consolider le cessez-le-feu, tout en soulignant l’urgence de « traduire l’élan diplomatique en mesures concrètes et immédiates sur le terrain ». L’ONU s’engage à intensifier l’aide humanitaire et à soutenir les mécanismes prévus par le texte.
Dans son intervention, le représentant de la France, Jérôme Bonnafont, a salué « l’engagement des États-Unis » et leurs « efforts décisifs menés avec l’Égypte, le Qatar et la Turquie » qui ont permis un accord de cessez-le-feu, la libération des otages et la reprise de l’aide humanitaire. Paris a voté en faveur de la résolution « afin de répondre aux besoins les plus urgents des populations et de soutenir les efforts de paix en cours ».
Le représentant français a détaillé les priorités de Paris, avec notamment un accès humanitaire « immédiat, massif et sans entraves » ; le déploiement « rapide » d’une force internationale de stabilisation ; la reconstruction durable de Gaza, « aujourd’hui en ruines » ; le désarmement de tous les groupes armés ; et la prise en compte des préoccupations sécuritaires d’Israël, parallèlement aux « aspirations légitimes des Palestiniens à l’autodétermination ». Il a insisté sur la nécessité de replacer la résolution dans un cadre politique solide : solution à deux États selon les lignes de 1967, retour d’une Autorité palestinienne « réformée et renforcée », unité de Gaza et de la Cisjordanie, et rejet de toute modification territoriale ou démographique unilatérale. « En votant cette résolution, la France fait le choix de la responsabilité », a-t-il conclu, en appelant le Conseil à rester mobilisé
Entre espoirs et incertitudes : un cadre nouveau, un avenir encore flou
Malgré le vote massif, plusieurs zones d’ombre persistent : la composition exacte du Conseil de paix, l’acceptabilité d’une gouvernance transitoire dirigée par Washington, les modalités réelles de la démilitarisation, la capacité du Hamas à accepter un tel cadre, et le volontarisme affiché par les États arabes, malgré prudence de leurs opinions publiques.
La rencontre imminente entre Donald Trump et Mohammad ben Salmane devrait éclairer l’engagement saoudien, considéré comme déterminant pour la reconstruction et pour une éventuelle normalisation régionale.
La résolution 2803 ouvre un cadre inédit. Elle ne garantit pas la paix, mais elle redessine les rapports de force et impose une architecture diplomatique qui, pour la première fois depuis des années, associe simultanément Washington, les capitales arabes et, même par abstention, Moscou et Pékin. Reste désormais à savoir si Gaza, éprouvée par deux ans de guerre, pourra devenir le laboratoire de la paix que le Conseil de sécurité prétend désormais dessiner.


Comme disent les anglais: the proof of the pudding is in the eating! Sur le papier, la résolution 2803 semble pouvoir apporter une solution, mais il faut attendre l'application...Après tout, la résolution 1701 apportait beaucoup de promesses en 2006!
19 h 34, le 18 novembre 2025