Le tunnel de Nahr el-Kalb, point d'accès entre le Kesrouan et le Metn, en 2019. Photo Onceinawhile/Wikimedia Commons
Les travaux de construction au-dessus du tunnel de Nahr el-Kalb, ce passage historique reliant le Metn au Kesrouan, ont été suspendus dimanche après que Paul Abi Rached, président de l’ONG environnementale Terre-Liban, et la députée Najat Aoun Saliba ont tiré la sonnette d’alarme.
« Du béton a été coulé et une structure érigée à quelques mètres à peine de panneaux archéologiques gravés, datant de plusieurs millénaires et reconnus par l’Unesco comme patrimoine mondial, afin d’installer un grand drapeau libanais », a déclaré dimanche M. Abi Rached à L’Orient Today.
En 2005, les stèles commémoratives de Nahr el-Kalb ont été inscrites au registre « Mémoire du monde de l’Unesco ». Le site comprend 22 stèles, ou tablettes commémoratives, taillées dans la roche à différentes époques et retraçant l’histoire du Liban. Il constitue un repère culturel et historique en raison des inscriptions laissées par les armées conquérantes depuis le XIIIe siècle av. J.-C.
Absence d'étude de risque
Après la diffusion d’une image des travaux sur Internet, la députée Najat Aoun Saliba a lancé, dans une vidéo publiée dimanche sur X, un appel à une intervention immédiate des autorités. « Nous devons arrêter ces travaux immédiatement. Ce site est un trésor national qu’il faut protéger. Les autorités doivent agir pour préserver l’intégrité historique et visuelle de Nahr el-Kalb. J’ai contacté le Premier ministre Nawaf Salam et le ministère de la Culture. J’en appelle aux autorités pour qu’elles se rendent sur place aujourd’hui et fassent cesser les travaux », a-t-elle déclaré.
Le président du conseil municipal de Dbayé (Metn), Nabih Tohmé, responsable du chantier, a toutefois assuré dimanche que les travaux visaient « à installer un drapeau libanais ». « Avant de commencer les travaux, nous avons adressé une lettre au ministère des Travaux publics, et un ingénieur de la Direction générale des antiquités est venu, il a inspecté le site et nous a donné son accord car les travaux ne mettent pas en danger le site patrimonial. Les travaux se trouvent à une distance suffisante et ne lui portent pas préjudice », s'est-il défendu. Et d'insister : « Les travaux ont été arrêtés sous la pression des réseaux sociaux sur la base d’allégations mensongères. Demain, la Direction générale des antiquités reviendra inspecter le site, et nous espérons pouvoir reprendre les travaux ».
Nous avons tenté de joindre le ministère de la Culture et celui des Travaux publics pour une demande de commentaire, mais aucune réponse immédiate n'a été obtenue de leur part.
Cependant, ce chantier n'a pas fait l'objet d'une étude de risque « nécessaire pour tous travaux à proximité d'un site historique », affirme Paul Abi Rached. « Les travaux sont menés à quelques mètres seulement des panneaux archéologiques, ce qui peut détruire l’intégrité visuelle et historique du site. C’est pourquoi nous exigeons la réalisation des études appropriées avant toute intervention », a-t-il ajouté.
Le président de Terre-Liban a réaffirmé que sa dénonciation des travaux au-dessus de Nahr el-Kalb constituait « un appel à une véritable concertation avec le ministère de la Culture et à une évaluation de l’impact culturel », en soulignant que sa réaction « n’est pas une attaque contre qui que ce soit ». « Il s’agit d’une application littérale de la loi sur la protection archéologique et de la loi sur l’environnement 444/2002 », a-t-il expliqué.
Ce dernier a par ailleurs été appelé à comparaître devant la justice lundi pour s'être récemment opposé avec d'autres activistes aux travaux de construction d'une villa à Amchit (Jbeil), menaçant la grotte du phoque moine de Méditerranée, une espèce menacée. Il a également fait l'objet d'attaques dans un article de la chaîne de télévision MTV, l'accusant d'être un « marchand environnemental » et d'utiliser Terre-Liban « comme un outil pour attirer des financements extérieurs sous prétexte d’activité écologique ».
En 2020, le Courant patriotique libre avait lui aussi défrayé la chronique en voulant construire son siège à proximité du tunnel de Nahr el-Kalb. Après des protestations d’activistes, le parti aouniste avait dû suspendre les travaux.



C’est quoi le but d’implanter un drapeau dans une région pareille? Est ce pour nous rappeler que nous sommes libanais et qu’il serait temps de nous révolter contre tout ce système archaïque qui nous mène droit dans le mur sans que nous ayons notre mot à dire? Une opacité entoure tous les accords, internes comme externes et aucun libanais n’a eu l’idée de réclamer une transparence et la publication dans son intégralité des accords qui se font sur notre dos, alors qu’il s’agit de nos vies et de celles des générations à venir. Quand est ce que le réveil va avoir lieu?
10 h 52, le 18 novembre 2025