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La loi qui tue


Absurde, amèrement risible en dépit de son caractère résolument macabre, est le processus juridique qui vient de démarrer en Israël en vue de l’institution de la peine capitale. Bien entendu, la sinistre innovation vise exclusivement les Palestiniens, même si cet odieux privilège n’est décliné que de manière indirecte.

Le projet de loi qui vient d’être approuvé en première lecture et à une confortable majorité par la Knesset n’en est pas moins d’une glaçante éloquence. Le texte rend passible du châtiment suprême toute personne qui, par haine religieuse ou raciale, se rendrait coupable d’attaques ou d’attentats meurtriers contre des Israéliens. Passible, dit-il ? Pas exactement, puisqu’en certains cas un aussi sévère verdict deviendrait obligatoire pour les tribunaux, les juges se voyant alors dénier toute faculté d’appréciation, toute latitude de commuer la peine. Il est clairement précisé en revanche qu’en aucune circonstance la loi projetée ne s’appliquerait à un Israélien qui tue un Palestinien.

Les élus israéliens en viennent ainsi à nier que tout assassinat, quel qu’en soit l’auteur, représente un affront aux règles célestes aussi bien qu’humaines. Ils font table rase des statistiques prouvant que la peine de mort n’a que très rarement conduit à une baisse effective de la criminalité. Ils refusent de constater que la violence suscite inévitablement la violence. Ils oublient que les tortures, passages à tabac et autres traitements indignes infligés aux prisonniers palestiniens à longueur de décennies peuvent finir par faire passer pour bagatelle une exécution. Ils accentuent l’isolement diplomatique d’Israël et nourrissent la résurgence de l’antisémitisme dans le monde. Ils nourrissent comme à plaisir les accusations d’apartheid et de génocide qui pleuvent abondamment sur cet État et nourrissent stupidement eux-mêmes la résurgence de l’antisémitisme dans le monde. Du haut de leur statut parlementaire ils sapent les derniers ornements en stuc d’une démocratie israélienne qui se s’accommode fort bien de la discrimination entre citoyens de première et deuxième zones.

Le plus étrange cependant est de constater avec quel zèle l’extrême droite israélienne s’évertue à joindre l’inutile à l’abominable, le superflu au déjà accablant. Quelle feuille de vigne judiciaire, politique ou sécuritaire pourrait-elle, par exemple, couvrir l’horreur des massacres délibérés de femmes et d’enfants à Gaza ? Quelle imposture juridique ou pseudo-biblique a-t-elle quelque chance de donner un vernis de légitimité à l’annexion – rampante ou galopante – de la Cisjordanie ? Au regard de la loi internationale toutes les colonies dans les territoires palestiniens sont illégales. Or c’est là qu’Israël croit pouvoir duper le monde en classant ses colonies en légales et illégales : ces dernières n’étant ainsi répertoriées que parce qu’elles constituent des avant-postes, qu’elles sont seulement en sursis d’officialisation et qu’elles ne perdent rien pour attendre que le temps ait fait son œuvre.

Le plus inquiétant est que ce grignotage systématique s’accompagne d’une recrudescence inédite des agressions perpétrées contre les villageois palestiniens. À lui seul, le chaudron de Cisjordanie explique la préparation d’une législation sur la peine capitale littéralement taillée sur mesure. Indulgence promise dès lors pour les colons qui tuent et terrorisent, qui incendient habitations, vergers et même mosquées ; simulacres de sanctions pour les soldats qui les protègent et participent souvent à leurs méfaits ; et condamnations à mort, sinon tirs à vue, pour les Palestiniens qui auraient l’idée folle de se défendre ! Pour inhabituel et tardif qu’il puisse être, le hola lancé aux colons par le président et le chef de l’état-major israéliens ne saurait, lui non plus, faire illusion. Ces cris de vierge effarouchée n’ont probablement d’autre objet que de calmer la contestation internationale ; et décisive demeure surtout l’emprise du duo Ben Gvir-Smoritch sur le cabinet Netanyahu.

Encore plus haïssable que le crime est la légalisation, même factice, du crime. Reste à se demander quel tueur professionnel irait s’embarrasser d’un permis de port d’armes quand il n’a d’autre vocation que de remplir son contrat.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

Absurde, amèrement risible en dépit de son caractère résolument macabre, est le processus juridique qui vient de démarrer en Israël en vue de l’institution de la peine capitale. Bien entendu, la sinistre innovation vise exclusivement les Palestiniens, même si cet odieux privilège n’est décliné que de manière indirecte.Le projet de loi qui vient d’être approuvé en première lecture et à une confortable majorité par la Knesset n’en est pas moins d’une glaçante éloquence. Le texte rend passible du châtiment suprême toute personne qui, par haine religieuse ou raciale, se rendrait coupable d’attaques ou d’attentats meurtriers contre des Israéliens. Passible, dit-il ? Pas exactement, puisqu’en certains cas un aussi sévère verdict deviendrait obligatoire pour les tribunaux, les juges se voyant alors dénier...